Municipales : la France du vélo contre celle du gazole
D’un côté, Emmanuel Grégoire déambulant à vélo, de l’autre, une France rurale étranglée par un carburant à plus de 2 euros. Entre ces deux mondes, le fossé se creuse et la voiture n’est plus un simple moyen de transport : elle est devenue le totem d’une fracture politique explosive. Décryptage d’une « archipélisation ».

L’image est frappante. Dès son élection connue, le nouveau maire de Paris a parcouru les rues de la capitale juché sur un Vélib. Bien sûr, son équipe avait préparé le terrain et sélectionné une vingtaine d’engins en bon état dans la capitale. Mais le plus saisissant, ce n’est pas de voir défiler le vainqueur sur un engin parfaitement opérationnel, mais justement de le voir à vélo, au moment même où un nouveau choc pétrolier, avéré ou non, s’empare de la France.
Ce contraste, l’analyste et directeur du département « opinions » de l’ifop, Jérome Fourquet, l’a remarqué lui aussi, et fait remarquer au micro de Marc-Olivier Fogiel sur RTL. L’homme se penche depuis longtemps sur les fractures françaises, et sur l’ « archipélisation » du pays, comme il les nomme dans son ouvrage en 2019.
Chacun vote pour son intérêt
Il ne juge pas les vilains « bobos » qui carburent au vélo électrique en snobant les méchants « gueux » qui roulent au diesel. Il montre le fossé qui sépare ces deux France. Et comment juger des Parisiens, dont deux tiers n’ont pas la moindre voiture ? Comment leur reprocher de voter en faveur d’une ville sans autos puisqu’ils n’en ont pas besoin ? Par plaisir de se déplacer dans des bouchons sans fin sans jamais pouvoir se garer, ou à des tarifs prohibitifs, alors qu’ils disposent de transports en commun ou, donc, de Vélibs ?
Peut-on reprocher aux Parisiens de négliger, au moment de glisser leur bulletin dans l’urne qui décidera de leur nouvel édile, ces banlieusards qui ont besoin de circuler en voiture, même pour se rendre dans la capitale ?
Autant demander aux citoyens à la campagne, ou dans une zone périurbaine, de voter en faveur d’un candidat anti-voiture alors qu’il ne leur propose pas la moindre alternative. Dans une élection municipale, chacun vote pour ses propres intérêts, au pire, ou ceux de sa cité, au mieux, et aucun électeur ne se tire une balle dans le cale-pied ou dans le pneu. C’est d’une logique imparable.

Mais le souci, c’est que ce nouveau clivage politique, qui a remplacé le bon vieil antagonisme gauche – droite, ne s’applique plus simplement à une position locale, mais elle devient nationale, ce sont les fameux archipels chers à Jérôme Fourquet.
Cette radicalisation des deux France, ou même des trois, puisque le politologue distingue les banlieues des deux autres silos hexagonaux, ne serait pas tellement problématique si elle n’était que le fait des électeurs citoyens, car, après tout, le bon vieil antagonisme Paris – province est à peu près aussi vieux que la pose de la première pierre de Lutèce.
Elle est désormais le fait, et le programme, des partis politiques. Pour résumer, et caricaturer, les urbains voteraient pour des partis dits « républicains », du PS à LR en passant par EELV ou Renaissance et la campagne et les villes moyennes pour le RN. Quant à LFI, il aurait pris fait et cause pour la banlieue.
Cette position, si elle est tenable aux municipales, ne l’est pas dans une élection nationale et on le voit à l’Assemblée depuis la dissolution de 2024. Elle sera encore moins jouable lors de la présidentielle de 2027.
La voiture, totem de la Présidentielle ?
Quel rapport avec l’automobile ? Elle est devenue, et risque de l’être encore plus avec un carburant à plus de deux euros, un véritable totem, un point de ralliement de tous les populismes. Parce que les militants, et leurs partis farouchement pros ou anti-voitures, adoptent une posture politique non seulement simpliste, mais totalement désastreuse à ce moment clé, car excluant par ici les cyclistes, et par là les adeptes de la bagnole.
Aujourd’hui, les premiers comme les seconds n’arrivent plus à établir un début de ligne politique commune, même à ce tout petit niveau. Et quand une élection de cette importance est symbolisée par la bagnole, on n’ose imaginer les points de clivage sur d’autres sujets. La faute à qui ? À des électeurs dépassés qui grognent et à des partis qui surfent sur ce mécontentement. Quand le personnel politique tousse, c’est tout le pays qui s’enrhume.




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