Conflit en Iran : petit lexique pétrolier à l’usage des nuls
Brent, baril, ex-TiCPE, Opep + : Depuis trois semaines de drôles de termes se bousculent dans les médias et les conversations. On sait qu’ils ont une incidence sur le prix des carburants, mais que désignent-ils exactement ?

Depuis le 28 février, pas un jour ne se passe se passe sans que des spécialistes ne se demandent, en prenant un air entendu, « si le recours aux réserves stratégiques s’installe dans le monde, ferait-il baisser le cours du brut ? », Ou encore, « si le prix du Brent a encore augmenté ». On se doute bien que ces termes ont, au final, une influence sur le litre de sans-plomb. Mais pour tous ceux qui n’ont pas fait pétrole en LV2, un petit rappel s’impose, en forme de dictionnaire, de B comme baril à W comme WTI.
B comme baril
Il n’est rien d’autre qu’une unité de mesure du pétrole brut avant raffinage et représente la bagatelle de 159 litres. Pourquoi précisément ce chiffre ? Parce qu’au XIXe siècle, en Pennsylvanie, les premiers exploitants ont utilisé des barriques en bois pour stocker leur brut. Or, ces barils étaient taillés à l'origine pour contenir du whisky et jaugeaient 40 gallons américains. Mais la part des anges faisant évaporer le précieux alcool, les fabricants de tonneaux permettaient d’y faire couler 42 gallons. En convertissant ce nombre, on obtient 159 litres
B comme Brent.
On cite souvent ce mot, et son prix sur les marchés mondiaux, mais il s’agit, en fait, d’un type de pétrole extrait en mer du Nord. À l’origine, le Brent est une espèce d’oie des pays froids, mascotte de la compagnie Shell qui, dans les années 70 a baptisé ainsi l’un de ses gisements au large de l’Écosse. Petit à petit, l’oie est devenue la référence en matière de prix, pour l’ensemble du pétrole européen et celui issu des sables du Golfe. Mais le Brent n’est pas seul et se dispute la mainmise de l’or noir avec le WTI (lire ci-dessous).
C comme "chokepoints »
Lorsque l’on évoque ce mot, tous les économistes, diplomates et militaires ont l’œil tourné vers le détroit d’Ormuz et l’île de Kharg. Car le premier est le « point de choc » qui dérègle tout le trafic international puisqu’entre 20 et 30 % du pétrole mondial transite par ce détroit dont l’Iran entend bloquer le passage et il serait aujourd’hui fermé à 95 %. Le second choc, c’est la fameuse île au large des côtes iraniennes. C’est à cet endroit que se trouve le principal terminal pétrolier du pays, d’où part la majeure partie des exportations. Il a été pilonné par les missiles américains et les Iraniens ne donnent aune indication quant aux dégâts subis.

E comme effet cliquet
Les bricoleurs le connaissent par cœur. Pour utiliser leur outil, ils serrent cran par cran, mais tout retour en arrière est impossible, sauf à desserrer totalement ce qui devait être maintenu. C’est exactement ce qu’il se passe pour les prix de l’essence. Les pétroliers comme leurs distributeurs augmentent les tarifs sans encombre, mais se montrent très récalcitrants pour les baisser. De peur de desserrer le cliquet ou de gagner moins d’argent ? Mystère.
O comme OPEP +
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), on connaît. Elle regroupe, depuis sa création en 1960, les plus grands pays producteurs de pétrole de la planète. Elle est née d’une initiative du Shah d’Iran et les mollahs se sont bien gardés de s’en retirer en prenant le pouvoir en 1979. Treize nations y participent, mais en 2016, l’organisation accepte d’intégrer dix nouveaux pays, dont la Russie, sous le nouveau nom d’Opep +.
S comme stocks stratégiques
Ce sont des quantités de brut détenus par les États pour parer aux crises et aux pénuries. La France, comme tous les pays non producteurs, dispose de stocks plutôt élevés permettant de tenir sans approvisionnement pendant trois à quatre mois. On évalue les stocks hexagonaux entre 100 et 120 millions de barils. Ils sont aujourd’hui, en partie, débloqués, comme ils l’ont été au début de la guerre en Ukraine, pour amortir les hausses du brut. Une tentative qui ne vaut que si nombre de nations y participent et si l’Opep + accepte d’augmenter sa production, ce que plusieurs de ses pays membres ont décidé de faire.
T comme TICPE
Ne l’appelez jamais taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) devant un fonctionnaire de Bercy, mais « accise » puisque c’est le terme administratif pour désigner un impôt indirect hors TVA. Elle est fixe et s’établit actuellement à 0,67 cts par litre de sans-plomb. À noter que l’on entend évoquer ces temps-ci l’ex-TICPE, ce n’est pas parce que cette taxe a disparu, mais simplement parce que ce terme est utilisé pour les éventuels remboursements que l’État consent à certains professionnels (qui sont calculés en dehors de la TICPE).
W comme WTI
C’est l’autre de valeur du prix du baril en dehors du Brent. Ce West Texas Intermediate est surtout utilisé aux États-Unis et en Asie. Moins touché par la crise au Moyen-Orient, il suit malgré tout la tendance du Brent à quelques dollars près.




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