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DESIGN BY BELLU - Egocentrisme : quand "des concepteurs patentés" imaginent " des véhicules adaptés à l’homo sapiens du XXI siècle, ce schizophrène retranché derrière son smartphone, sa tablette...

Dans Futurs modèles / Design

Sur plusieurs concept-cars récents, le poste de conduite est fiché en plein milieu du véhicule. Isolé, solitaire, majestueux… Ce n’est pas fortuit : ces monoplaces sont bâties autour du nombril de leur pilote, autour de son ego.

DESIGN BY BELLU - Egocentrisme : quand "des concepteurs patentés" imaginent " des véhicules adaptés à l’homo sapiens du XXI siècle, ce schizophrène retranché derrière son smartphone, sa tablette...

Avec qui partager le huis clos d’une automobile ? C’est une vraie question qui se pose aux automobilistes, surtout en ces temps qui préconisent la promiscuité de l’auto-partage. L’interrogation taraude bien sûr les designers, ces personnages ténébreux, habillés en noir, chaussés de sneakers et sachant aujourd’hui ce dont rêvera le bon peuple dans dix ans.

Ils sont capables de deviner tous les scénarios du futur juste en surveillant les frémissements de nos styles de vie, en débusquant nos travers. Ainsi ont-ils misé longtemps sur les familles nombreuses, avec des enfants qui gesticulent, braillent et demandent si c’est encore loin Palavas. C’est pour ces tribus que les monospaces certifiés manif pour tous se sont multipliés dans les années 1980…

Puis les augures du marketing ont vu débouler dans les villes des aventuriers de pacotille qui voulaient montrer à leur voisin qu’ils avaient une plus grosse (voiture) que la leur. Les créateurs, toujours au taquet pour faire plaisir, leur ont concocté les crossovers urbains… Preuve qu’ils sont capables de tout et n’importe quoi…

Il était donc prévisible que les concepteurs patentés allaient un jour préparer un véhicule adapté à l’homo sapiens du XXI siècle, un schizophrène retranché derrière son smartphone, sa tablette ou son ordinateur.

D’où la prolifération actuelle de concept-cars monoplaces, des supercars réservées à un seul et unique utilisateur, à un misanthrope débarrassé des nuisibles, libéré des parasites qui l’empêchent de savourer pleinement le goût de la conduite. Engoncé comme dans un bobsleigh, l’impétrant n’a plus personne pour le distraire, pour lui dire qu’il roule trop vite, ou pas assez, pour lui rappeler qu’il est tard et qu’on aura du mal à trouver une table à Saulieu… Enfin seul à bord. Comme un vrai pilote ; mais en plus tranquille, sans le team principal hurlant dans la radio qu’il faut laisser passer son coéquipier mieux placé au championnat. Le bonheur absolu. L’onanisme autoroutier…

En marge du concours d’élégance de Pebble Beach, fin août, trois concept-cars présentés en première mondiale exploitaient le thème de la GT monoplace : la Mercedes Vision EQ Silver Arrow, l’Audi PB18 et l’Infiniti Prototype 10.

La première s’inspire esthétiquement d’une voiture de record des années 1930, mais dont on a ôté les autocollants qui vantaient le régime du moment, il est vrai un peu autoritaire.

Mercedes Vision EQ Silver Arrow.
Mercedes Vision EQ Silver Arrow.
Mercedes Vision EQ Silver Arrow.
Mercedes Vision EQ Silver Arrow.

L’Audi a l’air d’une berlinette normale sauf que son habitacle qui aurait pu être accueillant ne renferme qu’un fauteuil.

Audi PB18.
Audi PB18.

L’Infiniti se présente sous la forme d’un spider sur lequel la place du passager existe, mais elle a été bouchée. Du cynisme pur…

Infiniti Prototype 10.
Infiniti Prototype 10.
Infiniti Prototype 10.
Infiniti Prototype 10.

Il n’y a pas de hasard. Le fait que les grands constructeurs réfléchissent à de telles architectures est symptomatique de l’époque. Ces concepts renvoient à une vraie dérive de la société vers un individualisme forcené qui vire à l’égoïsme.

Audi PB18.
Audi PB18.

On peut admettre que, du point de vue du pilotage, l’emplacement idéal du volant se trouve au centre du cockpit, mais il existe des solutions qui concilient cette exigence tout en s’accommodant de la compagnie de ses contemporains. Il y eut en effet dans le passé des modèles comportant trois places de front, des voitures dûment adaptées aux ménages à trois, aux triplettes, aux triades. Réprouvés par Christine Boutin, mais récurrents dans la littérature et le cinéma (de L’invitée de Simone de Beauvoir au Design for living d’Ernst Lubitsch), les foyers élargis permettent (façon de parler) toutes les associations : une femme et deux hommes, deux femmes et un homme, trois femmes, trois hommes, trois journalistes, etc. L’industrie automobile a négligé ce fait de société, cet art de vivre libertin, ces dérives frivoles. Il convient donc de saluer les rares initiatives qui les ont pris en compte…

Panhard Dynamic (1936).
Panhard Dynamic (1936).
DESIGN BY BELLU - Egocentrisme : quand "des concepteurs patentés" imaginent " des véhicules adaptés à l’homo sapiens du XXI siècle, ce schizophrène retranché derrière son smartphone, sa tablette...

La France, souvent pionnière en matière d’automobile et de mœurs, a été visionnaire. La digne firme Panhard, malgré ses allures de douairière janséniste, fut la première à planter le volant au centre de la planche de bord ; c’était sur la Dynamic en 1936. Puis Jean-Pierre Wimille, excellent pilote tricolore et grand séducteur, imagina au lendemain de la guerre un prototype avant-gardiste caractérisé par sa conduite centrale flanquée de deux sièges. Le projet - génial dans son ensemble - fut abandonné à la suite de la disparition prématurée de son initiateur.

Pininfarina reprit l’idée en 1966 sur deux Ferrari 365 P très spéciales, les « tre posti », dont une était destinée à Giovanni Agnelli, sémillant patron de Fiat et don Juan invétéré.

Ferrari 365 P Tre Posti par Pininfarina (1966).
Ferrari 365 P Tre Posti par Pininfarina (1966).
DESIGN BY BELLU - Egocentrisme : quand "des concepteurs patentés" imaginent " des véhicules adaptés à l’homo sapiens du XXI siècle, ce schizophrène retranché derrière son smartphone, sa tablette...

 

Plus tard, au début des années 1990, l’ingénieur Gordon Murray, soucieux d’offrir au quidam lambda l’impression de conduire une Formule 1, créa la McLaren F1 routière autour du schéma de la symétrie. Ainsi, tout en croyant piloter avec la finesse de Senna, le conducteur pouvait apprécier les commentaires admiratifs de ses passagers assis de part et d’autre.

McLaren F1 (1992).
McLaren F1 (1992).
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Au XXI siècle, tout s’est effondré. Rideau sur les fêtes galantes ; terminé le temps de la gaudriole motorisée. En 2013, pour fêter son cinquantenaire, Lamborghini se radicalise, vire les importuns et pond un manifeste intitulé « Egoista » à bord duquel il n’y a qu’une place. Au diable l’illusion bien pensante du partage, exit la bienveillance, fini d’inviter les copains et les copines à vivre un moment d’émotion, à assister aux dérapages mal contrôlés. Dans sa tour d’ivoire, ou plus exactement sous son cockpit vitré, le conducteur du concept-car Egoista est seul à bord, seul avec son désir, seul avec son plaisir.

Lamborghini Egoista (2013).
Lamborghini Egoista (2013).

C’est le même sentiment d’exquise solitude que la Mercedes Vision EQ Silver Arrow, l’Audi PB18 et l’Infiniti Prototype-10, après la Techrules Ren RS vue en mars au salon de Genève, offrent aujourd’hui à leurs cavaliers.

Ces machines n’ont aucune vocation à s’inscrire dans des compétitions, bien qu’elles soient résolument sportives en apparence. Elles signent simplement le baroud d’honneur d’une industrie automobile contestée, malmenée, menacée.

À bord de ces monoplaces, le conducteur reprend la main, retrouve son aura, restaure son prestige, autant de privilèges qu’il perdra avec l’avènement de la conduite autonome.

Dans ce monde effrayant qu’on nous promet, où les volants s’éclipseront, où les commandes s’esquiveront, le solitaire n’aura plus sa place ; dans les habitacles condamnés à la convivialité forcée, il devra échanger des banalités, taper le carton et prendre l’apéro avec ses équipiers. Ce sera aussi coercitif que la fête des voisins, mais pas seulement une fois par an : tous les jours. Ce sera terrible.

Alors, pitié pour les égoïstes et qu’on les laisse jouer une dernière fois avec leur monoplace.

 

 

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Commentaires (29)

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Je pense qu'il s'agit plutôt d une evolution. en effet auparavant une voiture sportive était évoquée par un long capot puis par des appendices aérodynamique, le nombre de sortie d'échappement...

avec les moteur électrique comment justifier un long capot, tandis que les voitures bodybuildes sont politiquement incorrecte, et les échappements synonyme de pollution il ne reste plus qu une vague évocation aux monoplace pour suggérer des performances plus qu usurpée.. je ne crois pas qu il s agisse du paroxysme de l'individualisme

Par

Et ben on est pas habitué à des articles aussi engagés, perso j'aime ça

Le monde devient de plus en plus égoïste, ça c'est clair et net et moi le premier sans doute par mimétisme même si j'essais de me débattre comme je peux. Mais clairement je le sens tous les jours

Apres je pense aussi qu'il ne faut pas tirer la moindre conclusion sur des concept-car en dehors de la forme des phares

Ces concept-car ne représentent que le possible devenir des voitures d'exception à plus de 200 000€, toutes les voitures en dessous de ce genre de prix resterons à 2-4 places un peu comme aujourd'hui. La voiture est un bien trop chère pour n'avoir qu'une place, pour 90% des gens en tout cas

Et je parle même pas des problèmes de bouchons et de pollution locale qui en découlerai. Les gouvernements finiraient par faire quelque chose.

A mon avis c'est un peu alarmiste cet article, même si il y a un fond de vérité.

Par

pour m'être installé au volant de la mclaren F1 et de la Mia, 2 extrêmes; bien la position au milieu est ideale, naturelle. sauf pour sortir de ces autos.

Par

Excellent article. Interessant et bien écrit... Chapeau!

Par

Pourquoi partir sur d'un point de vue aussi négatif fils Bellu ?

Les automobiles sportives ont longtemps été produites avec le conducteur au plus près de la courbe ( comprendre à droite sur le continent ), car on considérait que pour soigner une trajectoire, il vaut mieux visualiser parfaitement le point de corde...

Y'avait aussi le frein à main, disposé généralement à droite et à l’extérieur de la caisse, et on considérait que la main droite était généralement la plus forte et la plus habile pour en faire usage.

Et puis, ce fameux frein à main migra vers l'intérieur de l'habitacle, et la main droite habile et forte resta, donc zou, le siège partit vers la gauche...y'avait aussi de plus en plus de gens à doubler au fil des ans... d'où l'intérêt de voir un peu mieux où l'on comptait mettre les roues.

Mais dès lors, toujours sur une auto sportive, voir ultra sportive, quel souci que de vouloir répartir au mieux le poids d'un conducteur, en choisissant le centre...François Bayrou serait il tricard à ce point ?

Et si d'aventure il est accompagné, eh bien, deux personnes seront aux premières loges au spectacle, ça vaut toujours mieux qu'une non ?

Et puisque l'on cause de voitures sportives, eh bien, il me semble qu'elles doivent être pilotées par des gens méritant également ce qualificatifs, et pas des ploutocrates bedonnants, souvent possesseurs de ce type de caisses.

Ces pilotes aux fesses étroites ( sont souvent faits comme ça ces gars là , hein Soheil ) n'auront aucun mal à se glisser dans le baquet, malgré la distance.

Bref, faut pas voir que la coté du verre qui est vide...

Par

comme référence cinématographique, z'auriez pu évoquer aussi Jules et Jim de Truffaut, film sans doute un peu plus connu que votre proposition.

Par

En réponse à chef chaudart

Excellent article. Interessant et bien écrit... Chapeau!

Et ça a eu le mérite d'avoir endormi le Zemik.... rien que pour ça, chapeau ! :bien:

Par

Comme souvent avec les article du velu Serge, j'ai toutes les peines du monde à savoir où il veut en venir.

"L'automobile d'avant était conviviale, accueillante, libertaire. C'était le bon temps ma bonne dame !"

"Mais aujourd'hui, décadence oblige, ce n'est plus le cas parce que : individualisme, misanthropie, smartphone, toussa toussa."

"Mais en même temps, aujourd'hui : autophobie, voiture autonome, tout fout le camp, toussa toussa. Donc faut les comprendre aussi.

J'ai bon ? Ou j'ai juste rien pigé ?

Il y a des moments, où j'ai l'impression que le velu Serge ne sait juste pas où il va. Comme ce moment où, après avoir dénoncé le nombrilisme et l'individualisme misanthropiques de notre société, il conclu son article avec çà :

"Dans ce monde effrayant qu’on nous promet, [...], le solitaire n’aura plus sa place ; dans les habitacles condamnés à la convivialité forcée, il devra échanger des banalités, taper le carton et prendre l’apéro avec ses équipiers. Ce sera aussi coercitif que la fête des voisins, mais pas seulement une fois par an : tous les jours. Ce sera terrible."

C'est pas monumentale comme contradiction, çà !?

Bref, comme pour l'article écolo de la veille, critiquer la société de consommation sur un site auto me semble toujours bien téméraire dans la mesure où l'automobile est sans doute le secteur qui a le plus profité de ses effets.

Est-il vraiment nécessaire de rappeler que certains concepts fondateurs de nos sociétés de consommation, tels que l'obsolescence psychologique, nous viennent précisément de l'industrie automobile ?

Allez, prenez soin de vous, mes doudous. :coucou:

Par

En réponse à roc et gravillon

comme référence cinématographique, z'auriez pu évoquer aussi Jules et Jim de Truffaut, film sans doute un peu plus connu que votre proposition.

Ami du triolisme, un souci avec Lubitsch ? (qui, d'ailleurs, n'a rien d'une chiennasse) :biggrin:

Par

Il est sympa cet article, et ces concept-cars bien inutiles. De plus que penser de l'arrière en forme de suppositoire de l'audi …

Pour les trois places frontales il est injuste par contre de ne pas avoir cité Matra (Matra-Simca puis Talbot-Matra) qui proposa en série cette formule sur ses Bagheera et Murena.

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