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Faut-il soumettre les automobilistes au contrôle technique ?

Dans Pratique / Sécurité

Pierre-Olivier Marie

Selon un sondage publié cette semaine, une large majorité de français est favorable à la mise en place de visites médicales pour les conducteurs de 65 ans et plus, ainsi qu’à l’évaluation de leur conduite par des professionnels. Mais pourquoi commencer si tard ?

Faut-il soumettre les automobilistes au contrôle technique ?

C’est un sujet sensible, presque tabou, mais qui nous concerne tous : faut-il soumettre les conducteurs âgés à des tests de conduite menés par des professionnels, éventuellement assortis d’une visite médicale ?

Selon une étude OpinionWay pour Dekra publiée cette semaine, 79% des Français sont favorables à une évaluation de la conduite des 65 ans et plus sur un parcours routier, et 75% le sont à un contrôle médical. Dans cet esprit, 59% approuvent l’idée que le permis de conduire soit accordé pour une durée déterminée, et bien sûr renouvelable.

On relève que la population dont il est question accueille plutôt positivement ces mesures : 69% des seniors acceptent l’idée d’une évaluation de leur conduite, et 58% disent oui à une visite médicale obligatoire. Par contre, 72% refusent l’idée de disposer d’un permis de conduire à durée déterminée à partir d’un certain âge.

En d’autres termes, et sans surprise, les contrôles sont d’autant mieux acceptés qu’ils ne revêtent qu’un caractère informatif. Mais à en juger par les différentes statistiques disponibles, leur instauration serait déjà profitable à tous, surtout dans un contexte de vieillissement de la population.

En effet, les 65 ans et plus représentent 26,2 % de la mortalité pour 20 % de la population (chiffres 2019). En 2010, ce taux de mortalité s’élevait à 19,1 % « seulement ».

Les seniors en première ligne

De même, les statistiques de la Sécurité routière montrent que les seniors ont une responsabilité légèrement supérieure à la moyenne dans les accidents mortels : « les conducteurs des tranches d’âge extrêmes 18-24 ans et 65 ans et plus sont nettement plus souvent présumés responsables, avec des taux dépassant 78 % » détaille le bilan 2020 de la Sécurité routière (1).

Par ailleurs, l’étude Cosera (Ifsttar/Sécurité routière) de 2018 rappelle que la proportion de personnes âgées de 75 ans ou plus augmentera de 31 % entre 2020 et 2030, et de 57 % entre 2020 et 2040. Et ses auteurs de préciser que « si la mobilité locale est restée stable 1994 et 2008, passant en moyenne de 3,16 à 3,15 déplacements par jour, celle des personnes de plus de 75 ans a augmenté d’environ 20 % chez les hommes et 33 % chez les femmes, celles-ci étant de plus en plus nombreuses à accéder à la conduite (23 % en 1994,  45 % en 2007). »

Les seniors, qui sont de plus en plus nombreux et se déplacent toujours davantage, constituent aussi la population la plus vulnérable : on déplore 12 séniors tués pour 100 blessés, contre 4 sur 100 pour les moins de 65 ans. « La fragilité s’accroît proportionnellement avec l’âge : à blessure égale, une personne jeune survit, une personne plus âgée décède », résume un dépliant édité par la Sécurité routière.

Or, selon une étude publiée en octobre dernier par l’assureur Generali, 6 conducteurs sur 10 de plus de 65 ans ont exprimé la volonté d’être mieux informés des nouvelles règles du code de la route et des nouveaux panneaux. De plus, près de 50% des seniors interrogés se sont dit intéressés par des formations de remise à niveau, qui peuvent d’ailleurs aussi se faire en ligne.

La balle est maintenant dans le camp des pouvoirs publics, qui pourraient organiser des campagnes de remise à niveau généralisées. Par ailleurs, le sondage Generali évoqué plus haut indique que 8 seniors sur 10 pensent que les assureurs doivent avoir un rôle actif dans la sécurité routière.

"Les contrôles médicaux des seniors n'ont pas démontré leur efficacité."

Interrogée sur l'intérêt qu'il y aurait à mettre en place des contrôles des aptitudes des seniors à la conduite, la Direction de la sécurité routière a apporté à Caradisiac la réponse suivante:

"Les contrôles médicaux systématiques de l’aptitude à la conduite des seniors n'ont pas démontré leur efficacité dans l’immense majorité des pays où il a été mis en place (2). Aujourd'hui, la Délégation à la sécurité routière examine des solutions alternatives pour garantir la mobilité la plus durable et la plus sûre des personnes âgées. Nous mettons notamment en place des actions permettant d’identifier les pathologies incompatibles avec la conduite quelque soit l’âge du patient en lien avec le corps médical. Ainsi, la DSR poursuit la mise en place d’un dispositif de sensibilisation de tous les médecins traitants au repérage précoce de symptômes en particulier cognitifs ou de traitements nécessitant une prudence ou un arrêt de la conduite. Une convention avec le Collège de médecine générale a été signée avec la DSR au printemps 2021. Le 2 septembre, la DSR a signé une convention avec la fédération des centres mémoire dont l’objectif est de poser un diagnostic lié aux pathologies qui pourraient avoir des effets sur l’aptitude à conduire, au-delà de l’âge du conducteur. Depuis le début de l’année 2021, un comité scientifique multidisciplinaire a été mis en place ; il est composé notamment d’un professeur gérontologue, d’une docteure en neurosciences, de représentants de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, de l'Association des maires ruraux de France, du Réseau francophone des villes amies des aînés. Ce comité a participé aux tables rondes territoriales organisées début 2021 dans 6 départements pilotes ainsi qu’au colloque national du 29 juin dernier relatif à la mobilité des aînés, abordée de manière globale. Les aînés représentent une population plus fragile, pour laquelle un accident aura des conséquences plus graves que pour des plus jeunes. Les aînés sont plus souvent des victimes que des responsables d’accidents mortels sur la voie publique." Bref, les pouvoirs publics tiennent à temporiser: ce n'est pas demain que les seniors seront soumis à une visite médicale obligatoire.

Bon pied et (surtout) bon œil

On se gardera bien ici de stigmatiser les seniors, pour qui l'automobile est un incomparable outil de liberté, et qui sur la route représentent avant tout un danger pour eux-mêmes. Et on plaidera plutôt en faveur de la mise en place de contrôles de santé réguliers, qui pourraient être mis en place dès 50 ans, par exemple.

Des contrôles de santé qui commenceraient par les yeux, ainsi que le préconise l’AsnaV (Association Nationale pour l'Amélioration de la Vue) : « On constate un nombre important de conducteurs qui présente un défaut visuel non ou mal corrigé (20 % environ,) et ce, toutes tranches d'âges confondues.», commente l’organisme.

Celui-ci rappelle aussi dans son dernier baromètre annuel que 34% des Français « oublient » leurs lunettes pour conduire. La sécurité routière commence pourtant par là, et ce quel que soit l’âge du conducteur.

Faut-il soumettre les automobilistes au contrôle technique ?

 

(1) on parle ici de la part des conducteurs et piétons présumés responsables dans les accidents mortels parmi les conducteurs de véhicules de tourisme, selon la classe d'âge

(2) Etude menée par l’ETSC (Transport Safety Council) dans 32 pays dont les 27 membres de l’UE sur les outils de sécurité routière dont le rapport a été publié en mars 2021).

 

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