Mais pourquoi le gazole est-il soudain devenu moins cher que le sans-plomb ?
Alors qu’il avait franchi des sommets historiques après le début des tensions au Moyen-Orient, le prix du diesel a perdu 7 centimes en une semaine. Même si le gazole augmente à nouveau, sa baisse s’explique par un cocktail surprenant : entre (légère) accalmie géopolitique, fiscalité plus avantageuse et, plus étonnant, l’extinction des chaudières à travers l’Europe.

On avait fini par s’habituer à son prix élevé. Pourtant, historiquement, en France du moins, le tarif du gazole était inférieur à celui du sans-plomb. Et puis, petit à petit, le bon vieux mazout a vu sa valeur grimper, pour atteindre celle de ses compères 95 et 98, et finalement le dépasser, dès le début des frappes en Iran, qui ont été entamées le 28 février dernier.
Mais voilà que l’espace d’une semaine, ses prix ont dégringolé, baissant de 7cts du litre, alors que l’essence lui, a pris cher et augmenté encore. Pourtant en l’espace de 24 heures, le gazole a de nouveau rattrapé le sans-plomb, ou presque. Il s’affiche, le 27 mai, à 2,121 euros, selon carbu.com alors que le 95 est à 2,125 à la même date.
Un marché du gazole tendu comme un élastique
Des tarifs, s’ils se maintiennent, qui ne devraient pas pousser les consommateurs de mazout à se ruer sur les stations TotalÉnergies, sauf durant les week-ends de la fête des Mères et de celle des pères. Pendant ces périodes, les 30 et 31 mai puis les 20 et 21 juin le pétrolier a annoncé qu’il maintenait ses plafonnements et vendait son gazole à 2,09 euros au maximum. En revanche, sur l’ensemble de la période, jusqu’à la fin juin, le diesel sera, au pire, à 2,25 euros, soit plus que sa côte moyenne actuelle. En revanche, le sans-plomb 95, plus intéressant, est plafonné à 1,99 euro.
Reste que si les deux carburants ont fini par se rejoindre Mais l’espace de plusieurs jours, le mazout a spectaculairement baissé et l’on peut se demander quel miracle explique ce cadeau fait au carburant chouchou des réservoirs français. Car l’âge élevé du parc aidant, une courte majorité des autos hexagonales carburent toujours au mazout. Cette baisse est en fait liée à une conjoncture d’événements.

L’Europe est en effet un gros consommateur mondial de gazole. Et à ce titre, le premier importateur. Du coup, pourquoi ne pas le raffiner chez nous ? Car jusqu’à présent, il était beaucoup plus rentable de le faire venir des raffineries du monde entier, et notamment ceux situés dans les pays du Golfe.
Sauf que la fermeture d’Ormuz, et les attaques des raffineries des émirats ont raréfié le précieux mazout. Et notre gazole, dont le marché était déjà tendu comme un élastique s’est encore un peu plus crispé, et ses tarifs ont grimpé. Mais la semi-trêve des bombardements, et la (petite) baisse du prix du baril sont passé par là et ont détendu quelque peu l’élastique. Mais ce n’est que la première lame de la baisse spectaculaire.
C’est là qu’intervient un autre effet : l’amortisseur des taxes. En France, le gazole est moins ponctionné par l’État que le sans-plomb. L’accise, nom fleuri de l’ex-TICPE est de 61 cts pour le premier, et de 67 cts pour le second par litre. Du coup, en cas de baisse, elle est accentuée par cet effet. Mais jamais deux effets de baisse sans une troisième, plus surprenante, mais tout aussi importante.
Par la grâce des radiateurs éteints
À tous ceux qui ne l’auraient pas remarqué, il fait beau et chaud et tous les radiateurs de France sont aujourd’hui coupés. Ce n’est pas spécialement lié aux fortes chaleurs de ces derniers jours, mais à une pratique généralisée : celle de l’extinction des feux, ou plutôt des chaudières à fioul à la mi-mai à travers l’Europe.
L’usage du mazout est certes en régression sur le continent, chez les particuliers et surtout dans les collectivités. Mais selon l’Ademe, 2,6 millions de foyers se chauffent toujours ainsi, et brûlent, en moyenne, 2 000 litres chaque année. En plus, la France figure plutôt dans le milieu de tableau européen, puisque la consommation de fioul est dominée par les Allemands, pays plus froid, ou l’électricité est plus chère.
Ces chaudières à l’arrêt expliquent également la baisse de tension de l’élastique du diesel sur les marchés internationaux, et comme ce qui est rare et cher, ce qui l’est moins devient plus abordable. Reste que si le souffle d’air du diesel constaté entre le 15 et le 25 mai a déjà tendance à se raréfier et que les prix augmentent à nouveau, l’UFIP (Union française de l’industrie du pétrole) estime qu’un écart même léger pourrait subsister plusieurs mois. Jusqu’à l’arrivée des premiers frimas, et au rallumage des chaudières du moins.




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