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Selon Bercy, et de nombreux experts, l’État ne profite absolument pas de la hausse des carburants

Dans Economie / Politique / Budget

Michel Holtz

Blocage des prix, baisse de la TVA ou réduction de la TICPE : les solutions réclamées par la société civile et l’opposition politique se heurtent au mur budgétaire de Bercy. Si les critiques fusent contre un État accusé de « se gaver », Bercy au contraire, se réfugie derrière une baisse de ses revenus liée à une baisse de la consommation et un risque de croissance en berne. Plongée dans les coulisses d’une stratégie de la montre et des chiffres qui pèse lourd sur le portefeuille des Français.

Selon Bercy, et de nombreux experts, l’État ne profite absolument pas de la hausse des carburants
Le ministre de l'économie, Roland Lescure est à l'offensive pour expliquer que l'État ne se "gave" pas.

Les critiques fusent depuis le début de l’envolée des prix du carburant. Quand LFI réclame le blocage des prix, de l’autre côté du spectre politique, Marine Le Pen, accuse l’État de se « comporter comme un profiteur de crise qui perçoit des recettes indues », alors que Pierre Chasseray, le délégué général de l’association 40 millions de consommateurs, demande un « stop au hold-up fiscal », carrément.

De leur côté, les transporteurs, comme les autocaristes ont mené une opération escargot sur les grands axes menant à la capitale, sur le périphérique parisien et dans la Marne au matin du 30 mars. Ce qui a créé d’évidents bouchons. Argument avancé par ces professionnels : l’enveloppe dégagée par Bercy pour leur venir en aide est de quatre fois inférieure à ce qu’elle était en 2022, lors du déclenchement de la guerre en Ukraine et « du quoi qu’il en coûte » cher au ministre de l’économie de l’époque : Bruno le Maire, Ce dernier avait débloqué une enveloppe de 400 millions d’euros à leur intention.

Selon le ministère de l’économie, l’État ne se « gave » pas

Mais qu’en est-il réellement, alors que de tous bords, les politiques comme la société civile réclame de l’aide ? Alors même que le gouvernement, par le biais de son ministère de la transition écologique, en rajoute en affirmant que l’essence atteint son niveau le plus élevé depuis 1985 (une date liée à sa première statistique en la matière, qu’en est-il ? Est-ce que l’État se « gave » vraiment en ne bougeant pas, en ne bloquant pas les prix, en ne baissant pas le taux de TVA sur les carburants, qui est de 20 %, et en ne réduisant pas le montant de la TICPE ? Car cette fameuse « accise », comme ont dit en technocratie, est fixe. Elle est de l’ordre de de 61 centimes par litre de gazole et de 67 centimes sur un litre d’essence.

Pour le patron de Bercy, Roland Lescure, comme pour le Premier ministre, l’État ne s’en met pas plein les poches grâce à la flambée des prix, bien au contraire : elle va entamer encore plus une croissance déjà faible et comme la consommation de carburant se réduit dans les moments de hausse des carburants, la TICPE, puisqu’elle est fixe, est moins rentable et le maintien de la TVA ne compenserait même pas le manque à gagner.

Vrai ou faux ? Selon l’Insee (Institut national de la statistique) une hausse des prix induit bien une baisse de la consommation d’essence. L’organisme a noté que, en cas d’augmentation des tarifs de 1 %, les volumes de carburant achetés par les automobilistes diminuent de 0,21 % à 0,40 %. Donc, logiquement, lorsque la hausse atteint 30 %, ce volume de carburant devrait diminuer entre en cas d’augmentation des tarifs de 1 %, diminuer de 6,3 % à 12 %, d’où le manque à gagner pour l’État.

25 cts de baisse des prix à la pompe permettraient de financer 150 000 autos à travers le leasing social. Crédit photo : MaxPPP.
25 cts de baisse des prix à la pompe permettraient de financer 150 000 autos à travers le leasing social. Crédit photo : MaxPPP.

Mais cette baisse s’entend surtout pour les petits rouleurs. Ceux qui ont besoin de leur auto au quotidien ne peuvent diminuer leur consommation que pour les activités de loisirs, ce qui fait bigrement baisser ce taux. D’ailleurs l’institut le reconnaît, « cette sensibilité aux prix est trois fois plus forte pour les petits que pour les gros rouleurs ».

Sauf que la TVA sur l’essence, selon Bercy n’est payée que par 60 % des automobilistes. Les 40 % restants sont des professionnels qui récupèrent cette taxe. La TICPE quant à elle, est acquittée par tous.

Mais ce manque à gagner de l’État, ou cet effet zéro sur ses finances se heurte à un effet domino qui risque de jouer à plein si le prix de l’essence reste élevé. La plupart des produits livrés par la route pourraient bien augmenter et donc se vendre de manière plus limitée, faisant baisser ainsi le montant de la TVA versée sur lesdits produits par les consommateurs.

Et qui dit hausse générale de tous les prix, dit inflation, comme ce fut le cas au moment de la crise ukrainienne. Autant d’éléments qui pourraient conduire, selon plusieurs économistes, à une augmentation des taux d’intérêt des milliards que l’État emprunte sur les marchés.

Le gouvernement joue la montre

Bercy a visiblement choisi de ne rien lâcher sur la TVA et la TICPE, et ce, pour une raison qu’il convient d’ajouter à ceux énoncés par le ministère de l’économie et r Matignon. C’est que l’État semble jouer la montre. Car en cas de fin rapide du conflit au Moyen-Orient, les baisses engagées pour arranger le porte-monnaie des automobilistes, seraient perdues, puisque la situation redeviendrait rapidement normale à la pompe, ce qui est pourtant loin d’être avéré.

Or, l’exécutif n’a ni les moyens, ni l’envie, de perdre 1 milliard d’euros, correspondant, au bas mot, à la somme que coûterait une aide massive permettant de faire baisse le litre de 25 centimes, même si Sébastien Lecornu vient d'avouer qu'il pourrait faire un geste supplémentaire si la crise s'enlise. Un attentisme économique d'1 milliard permettrais en tout cas d'économiser une somme qui permettrait de financer, entre autre, 150 000 voitures électriques au travers du leasing social.

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