Leapmotor: cheval de course ou cheval de Troie pour Stellantis?
Croissance fulgurante, ventes en hausse de 150 % en France et production bientôt relocalisée en Espagne : boosté par son alliance stratégique avec Stellantis, le constructeur chinois Leapmotor casse les prix et trace sa route à vitesse grand V en Europe. Mais à trop lui ouvrir la porte, le géant euro-américain ne prépare-t-il pas son propre rachat ?

Quoi de neuf dans l’automobile ? Leapmotor, un chinois qui affiche une croissance que peuvent lui envier bien des concurrents. Le constructeur livrait en effet sa toute première voiture en juin 2019, pour atteindre 500 000 immatriculations mondiales cumulées en octobre 2024, 1 million en octobre 2025, puis 1,5 million en juin 2026 : si les productions signées Leapmotor n’ont pas vocation à faire rêver, force est de constater qu’elles conviennent à un nombre croissant d’automobilistes.
Il faut dire que Leapmotor n’est pas tout à un constructeur chinois comme les autres, ceci en vertu d’un accord le liant au groupe Stellantis. A l’automne 2023, le groupe américano-européen est en effet devenu actionnaire de la marque à hauteur de 21%, et les deux entités ont créé la coentreprise "Leapmotor International", gérée par Stellantis à 51%. Celle-ci gère la fabrication, l’exportation et la vente des produits Leapmotor en dehors de la Chine.
Avec des résultats pour le moins enviables en Europe, en premier lieu en Allemagne, mais aussi en France où elle appuie son développement sur un réseau de 126 points de distribution (quasi-exclusivement des concessionnaires Stellantis). Ce jeudi, Les Echos précisaient que Leapmotor a enregistré une croissance de 150 % de ses ventes dans l’Hexagone sur les 7 premiers mois de l’année, pour dépasser les 4000 immatriculations (valeur certes peu élevée dans l'absolu, mais la dynamique est là), soit un rythme comparable à celui de BYD (+156 % à 16 500 unités).

L’offre se compose chez nous de 6 modèles électriques ou hybrides, de la citadine au SUV familial, qui ont pour point commun un style assez fade que compensent des tarifs extrêmement compétitifs. Leapmotor permet à de nombreux automobilistes d’accéder à de voitures neuves alors que leur budget devrait plutôt les cantonner au marché de l’occasion, à l’instar d’un Dacia...qui d’ailleurs commence à pratiquer des promotions en raison de la concurrence chinoise.
Côté industriel, Leapmotor va devenir de plus en plus européen avec à partir d’octobre la production du B10, un SUV citadin à moteur électrique, dans l’usine Stellantis de Saragosse aux côtés notamment de la future Peugeot 208 électrique. Un modèle Opel partageant l’essentiel de la base technique du B10 y sera lui aussi assemblé. Leapmotor devrait aussi récupérer en 2028 la propriété de l’usine Stellantis de Madrid, ce qui lui permettrait d’asseoir une image plus internationale…et d’être éligible à l’éco-score qui conditionne l’accès au lucratif marché des flottes d’entreprises. Dans le même temps, Stellantis affiche sa volonté de tirer parti "de l'écosystème chinois des véhicules à énergie nouvelle, tout en mobilisant les capacités de la chaîne d'approvisionnement européenne."
Une stratégie gagnant-gagnant, donc ? Il faut l’espérer, même si l’on ne peut s’empêcher de songer aux propos tenus par l’ex-patron de Stellantis Carlos Tavares, dans une interview au Point l’an dernier: "Je me suis toujours demandé pourquoi le chinois Leapmotor avait accepté le deal selon lequel Stellantis prenait 21% de la société et 51% de son business en dehors de la Chine. Je n’ai qu’une seule réponse : un jour, si Stellantis va mal, il sera dans la place pour le racheter."










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