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Ce que désigne vraiment le terme « supercar » dans le langage automobile (personne n’est d’accord)

Sportive, supercar, hypercar, d’où vient cette surenchère dans les qualificatifs permettant de designer les voitures les plus performantes et spectaculaires de la planète ? On en perd son latin (ou plutôt, son Anglais). Car cette terminologie varie selon que vous soyez un puriste ou, au contraire, un « progressiste » de la terminologie automobile.

Ce que désigne vraiment le terme « supercar » dans le langage automobile (personne n’est d’accord)
La Praga Bohema semble pouvoir convenir à la définition pure du mot "supercar" : elle est fabriquée en série limitée, coûte très cher et offre des performances hors normes.

« Ce n’est pas une supercar, c’est une hypercar », m’a répondu au téléphone le responsable d’une marque de prestige avec lequel il m’arrive assez régulièrement de débattre. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

De « véhicules extrêmement performants pour leur époque », d’après la courte définition du mot « supercar » donnée par Wikipédia. Il se dit que le terme « supercar » serait apparu en 1920 dans un article du journal anglais The Times, comme le rapporte le Magazine New-York dans une publication datant de 2016. Le terme « supercar » désignait alors l’Ensign 6, une automobile équipée d’un moteur de 6,7 litres produisant alors la puissance faramineuse pour l’époque de… 39 chevaux.

Un document de 1920 montrant l’Ensign 6. Source : gracesguide.co.uk
Un document de 1920 montrant l’Ensign 6. Source : gracesguide.co.uk

Ce terme « supercar » se retrouvait plus récemment à la fin des années 60, pendant la carrière de la Lamborghini Miura, dans des écrits de journalistes à court de mots pour décrire l’allure, les performances et les sensations de cette machine aussi exclusive qu’innovante pour l’époque.

La Ferrari 288 GTO, première supercar au sens « moderne » du terme ?

On le retrouve, dans l’imaginaire collectif, pour désigner les sportives hors normes apparues dans les années 80 qui battaient à leur sortie tous les records de puissance, de performances, de vitesse et d’exclusivité : la Ferrari 288 GTO en 1984, tout d’abord, puis la légendaire F40 en 1987 ou la Porsche 959 apparue un an plus tôt, souvent décrite comme sa rivale directe.

Construites en série limitée, sensiblement plus véloces que les modèles « normaux » des gammes de leurs constructeurs respectifs, inaugurant des technologies de pointe, les voitures de cette race « supercar » n’ont jamais cessé de se renouveler depuis : chez Ferrari avec les F50, puis Enzo, puis LaFerrari et F80. Chez Porsche avec les 911 GT1 « Strassenversion », Carrera GT et 918 Spyder. Sans oublier le plus gros mythe de cette race des supercars, la McLaren F1 de 1993 devenue culte au fil des ans au point de dépasser désormais les 20 millions d’euros sur le marché de la collection.

Et les « hypercars », c’est quoi ?

Mais justement, les performances de ces supercars n’ont jamais cessé de battre des records. Au point que certains ont décidé d’ajouter le terme « Hypercar », entendu par exemple au moment de la présentation de la Bugatti Veyron en 2005. Première voiture de série à dépasser les 1000 chevaux et les 400 km/h en vitesse maximale, elle surclassait toutes les autres sportives à ces niveaux (tout en restant incapable de les suivre sur le terrain des chronos en piste ou du pur plaisir de pilotage !) et nécessitait, d’après certains, l’invention d’un nouveau mot.

Peut-on dire que la Bugatti Veyron (ici en version Grand Sport Vitesse) a inventé le genre « hypercar » ?
Peut-on dire que la Bugatti Veyron (ici en version Grand Sport Vitesse) a inventé le genre « hypercar » ?

Depuis ce temps, on ne sait plus trop comment utiliser tous ces termes. Peut-on se contenter du mot « supercar » pour désigner les remplaçantes spirituelles de leurs ancêtres même si leur puissance a depuis doublé ou triplé ? Et d’ailleurs, peut-on qualifier de « supercars » des voitures de sport produites en grande série dont le niveau de performances laisserait sur place toutes les hypercars du passé ?

Pour les puristes, c’est non

Permettez-moi de donner la définition du mot « supercar », telle que mentionnée par les journalistes Yves Bey-Rozet, Laurent Chevalier et Julien Diez dans l’ouvrage « Supercars : 20 monstres sacrés » publié en 2007, pour complexifier le débat : « une supercar est une voiture ultra-sportive, aux performances extrêmes et hors de prix. Il faut qu’elle offre une technicité, des matériaux ou des solutions réservées à la compétition. Enfin et surtout, il faut qu’elle soit issue d’une production confidentielle, le plus souvent en marge des séries habituelles du constructeur. Qu’elle en soit la représentante ultime, l’ambassadrice de choc, la vitrine technologique. »

Peut-on dire que la Lamborghini Revuelto est une supercar ? D’après les chiffres de sa fiche technique, oui. Mais pas si se réfère au critère d’exclusivité…
Peut-on dire que la Lamborghini Revuelto est une supercar ? D’après les chiffres de sa fiche technique, oui. Mais pas si se réfère au critère d’exclusivité…

D’après cette définition, le terme « supercar » ne peut même pas s’appliquer aux modèles actuels du genre de la Lamborghini Revuelto : malgré ses plus de 1 000 chevaux, sa monocoque carbone et son design extravagant, elle ne fait qu’occuper le poste de la Miura de « grande série » à son époque. Comment faudrait-il appeler les autos de ce genre, dès lors ? De simples « super-sportives » ? Des « supercars junior » ? Et d’ailleurs, comment distingue-t-on les sportives comme la Lamborghini Revuelto de machines comme la Temerario (ou la Ferrari 849 Testarossa d’une 296 GTB), quasiment aussi performantes mais positionnées sur une gamme inférieure ?

Pour les puristes, le mot « supercar » se réserve uniquement aux voitures de sport les plus chères, rares, technologiques et performantes de leurs époques respectives. On ne pourrait donc y faire rentrer actuellement que des machines comme la Ferrari F80, l’Aston Martin Valkyrie (mais pas la Valhalla !), les Koenigsegg, la Bugatti Tourbillon, l’intriguante Praga Bohema, la McLaren W1 ou encore les Américaines de chez Hennessey et SSC. Toute autre utilisation de ce terme représenterait un abus de langage et le terme « Hypercar » serait inutile. Et encore, on n’a pas abordé la pertinence du nom « Megacar » : pour une Devel Sixteen dubaïote aux prétentions frauduleuses, peut-être que ça collerait ?

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