Course-poursuite en Australie : la voiture de service d'une prison pistée et percutée pour libérer un détenu
Retour en 2021, sur un fait divers glaçant qui a fait la une des journaux australiens. Dans les rues de Canberra, une voiture de la prison Maconochie est soudain prise en chasse par un énorme 4x4 qui la percute à plusieurs reprises pour faire libérer le détenu qu'elle transporte.

On se souvient de « Bullit », en 1968. Le long-métrage de Peter Yates filme pour la première fois au cinéma une course poursuite sur la longueur. 10 minutes et 53 secondes d’un run angoissant dans les rues de San Francisco entre la Dodge Charger de tueurs à gages harcelant sans pitié la Ford Mustang du lieutenant de police Frank Bullitt, alias Steve McQueen.
Une scène d'une intensité similaire à ce thriller, mais bien réelle hélas, s'est produite il y a cinq ans, à Canberra, la capitale fédérale de l’Australie. Des agents pénitentiaires transportant un détenu ont en effet subi ce mode opératoire terrorisant. Une « scène jamais vue, sortie d’un film hollywoodien », confiera la police canberrienne.
Une histoire de pile...
Nous nous sommes procurés le rapport de l’Inspection générale de l’Administration pénitentiaire australienne, l’ICS (Inspector of Correctionnal Services). Le document décrypte ce fait-divers du 9 juillet 2021qui n'a pas fait de victimes, mais dont les conséquences auraient pu évidemment être dramatiques.
C'est un vendredi, début d'après-midi. Depuis sa cellule du centre de détention Maconochie (AMC), un homme de 29 ans, Kane Quinn, condamné en 2015 à 14 ans de prison (pour cambriolage aggravé entre autres) et libérable en 2024, demande l’assistance des surveillants.
Il dit avoir avalé une pile usagée. Après l'avoir examiné, le médecin de garde recommande que le détenu soit transféré vers l’hôpital de Canberra (TCH), situé à 10 minutes de voiture.
Une escorte de trois agents est mise en place. A 16 heures, le détenu quitte l'AMC pour l’hôpital à bord d'une Toyota Camry. Il s'agit d'un des modèles de voitures utilisés par la direction de l'établissement carcéral pour les extractions. Il est à noter qu'aucune autre escorte, pénitentiaire ou policière, n’est sollicitée pour ouvrir la route ou surveiller les mouvements depuis l’arrière.
Une Wrangler aux trousses

Kane Quinn est menotté, assis sur la banquette arrière, encadré par deux agents pénitentiaires. Précisons que conformément à la procédure réglementaire australienne (à cette époque en tout cas), les agents ne sont pas autorisés à porter une arme lorsqu’ils sont en mission à l’extérieur.
La berline japonaise entame le trajet sans encombres. Mais alors que le véhicule approche de l’hôpital, il est soudain violemment percuté à l'arrière par une Jeep blanche équipée d'un pare-buffle. La scène se déroule au croisement entre Hindmarsh Drive et Mugga Lane, à seulement deux minutes du lieu d'arrivée.
Les agents croient d’abord à un simple accident de la circulation. Pourtant, le conducteur de cette Jeep Wrangler 4xe à toit amovible sait très bien ce qu’il fait… Avec allégrement 300 chevaux sous la pédale, il vient percuter l'arrière de la Camry une deuxième puis une troisième fois, finissant par venir à sa hauteur pour percuter lourdement l'avant-gauche... Cette dernière charge fait perdre le contrôle au véhicule de service , qui part aussitôt en tête-à-queue...
Craignant que les suspects à bord de la Jeep ne soient armés, le pilote parvient instinctivement à reprendre la main avec sang froid. Objectif : fuir à tout prix et rejoindre comme il le peut le QG de la Police fédérale australienne, situé à Barton (à 5 km plus au nord), en empruntant des rues secondaires afin de minimiser les risques de dommages collatéraux pour la population.
Terreur et grosse frayeur
Mais rien à faire… La Jeep est toujours collée aux basques… Elle va d’ailleurs continuer à se déchaîner sur la Toyota. Jusqu'à ce que l’escorte soit définitivement obligée de stopper, sur Oxley Street (à 2 km du commissariat central), suite à l'éclatement d'un pneu, et alors que le tout-terrain américain s’acharne dorénavant sur le flanc droit et sur l’aile avant droite du véhicule.
Bloqués entre le Wrangler et le trottoir, les gardiens n'ont plus de solutions... Ils sont contraints de s’extraire sans résistance, calmement mais hagards, toujours sans savoir si les occupants de la Jeep sont armés ou non. Le détenu menotté en profite pour s’échapper puis saute à l’intérieur du 4x4 qui redémarre en trombe. Malgré la violence de la situation, aucun coup de feu n’est à déplorer. L’enquête révèlera que le conducteur de la Jeep, une jeune femme de 28 ans (Lila R. W), est la fiancée du détenu.
Les trois personnels pénitentiaires s’en sortent presque miraculeusement. Ils s’en tirent avec une grosse frayeur et quelques blessures dues aux chocs successifs. Ils sont soignés sur place puis orientés par les secours vers l’hôpital TCH de Canberra pour des examens complémentaires.
Pendant ce temps, Kane Quinn et ses acolytes sont parvenus à rejoindre le quartier pavillonnaire de Nares Crescent Forrest, dans l'ouest de la capitale. Vers 17 heures, soit quelques dizaines de minutes après leur fuite sur Oxley Street, ils ont abandonné la Wrangler puis l’ont incendiée, avant de se planquer dans une habitation. C’est ici, dans la soirée, cachés dans des combles, que le fugitif et ses complices ont finalement été interpellés.
Recommandations et polémique

Le rapport de l’ICS revient sur l’attaque. Il explique qu’après le premier choc à la voiture-bélier sur Hindmarsh Drive, les agents d'escorte auraient déclenché un « Code Bleu 4 » par radio. Cependant, dans un premier temps, l'appel aurait été mal interprété par le poste de contrôle du Centre de détention.
L’un des agents aurait alors utilisé un téléphone portable pour contacter lui-même la police. « Si bien que lorsque l’équipage de l'AMC a dû se résoudre à quitter la Camry sur Oxley Street, les forces de police étaient déjà sur place… », explique le rapport. Sauf que des vidéos viennent contredire cette thèse. Capturées par les caméras de surveillance d'un parking d'hôtel voisin, elles montrent en effet clairement l'équipage pénitentiaire désemparé et ne pouvant compter que sur lui-même. La police, en réalité, est parvenue sur zone bel et bien après coup.
Dans son rapport, l’ICS a tenté de faire bonne figure vis-à-vis du tollé soulevé par cette affaire. Il a appelé les autorités de Canberra à mieux prévenir ce type d’attaques. Il a requis des directives claires de la part de l’administration. Il a exigé parallèlement une évaluation complète des risques avant toute extraction (dangerosité des profils, potentielles embuscades, etc.), y compris pour motif médical ou prétendument médical.
Il a souligné l’opportunité pour les surveillants pénitentiaires d’être armés lors des missions extérieures, et exigé l’utilisation quasi systématique de véhicules sécurisés, a fortiori lorsqu’il s’agit de berlines de service. A ce sujet, après ce grave incident, la ministre découvrant le dossier aurait quant à elle déclaré qu'il était « stupéfiant » que les Services correctionnels de la capitale australienne (ACT) approuvent encore l'utilisation de modèles de VP ordinaires pour de telles opérations, arguant du fait que les personnels doivent être protégés et véhiculés de façon optimale.
Pourtant, plusieurs semaines avant l’attaque du 9 juillet, un syndicat de gardiens de prison avait alerté sa hiérarchie du danger encouru. Il avait indiqué que les voitures mises à leur disposition n’étaient définitivement pas compatibles avec le transport de détenus. Sa remarque avait alors été balayée d'un revers de la main, jugée non prioritaire et non prise en compte.













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