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Fin des voitures essence et diesel : faut-il déjà s'inquiéter ?

Dans Economie / Politique / Politique

Florent Ferrière

L'Europe compte interdire la vente de voitures à moteur essence et diesel dès 2035. Une décision brutale et radicale qui suscite des interrogations et des craintes. Caradisiac éclaircit les zones d'ombre.

Fin des voitures essence et diesel : faut-il déjà s'inquiéter ?

L'Europe veut réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre d'au moins 55 % d'ici à 2030, par rapport aux niveaux de 1990. Pour y arriver, la Commission a présenté le 14 juillet son "Pacte vert", un ensemble complet de mesures. L'une d'elles condamne la voiture à moteur thermique dès 2035 !

Selon le projet, qui va être débattu par les États membres dans les prochains mois, à cette date, seules les autos zéro émission seraient autorisées à la vente. Un choix radical, qui pose de nombreuses questions économiques, industrielles et sociales. Caradisiac fait le point.

Pourra-t-on encore rouler avec sa voiture thermique ?

Heureusement, oui ! L'objectif est d'interdire la vente de voitures neuves thermiques en 2035. Ce n'est donc pas interdire leur circulation. Les véhicules essence et diesel ne seront donc pas à mettre à la casse. Toutefois, l'Europe, qui part du principe qu'un modèle a un cycle de vie moyen de 15 ans, évoque un transport totalement décarboné en 2050 !

Les propriétaires d'un modèle thermique vont surtout être gênés par la multiplication des zones à faibles émissions, avec des restrictions qui vont rapidement être contraignantes. En France, tous les diesel seront interdits à Paris en 2024, à Lyon en 2026, à Strasbourg en 2028…

Sur le marché de l'occasion, les thermiques vont-elles fortement décoter ?

C'est un risque. Chaque évolution du marché et donc des recherches de la clientèle influe sur la valeur des véhicules d'occasion. C'est ainsi déjà le cas des modèles diesel, qui vont être de moins en moins recherchés au cours de cette décennie en raison des ZFE. La bascule vers le tout électrique peut donc ensuite plomber l'essence… Mais pour les modèles carburant au sans-plomb, l'heure n'est pas encore à la panique. 2035, c'est dans 14 ans ! De plus, comme on l'a dit au-dessus, la circulation des modèles thermiques ne sera pas interdite avant au moins 2050 !

Est-ce destructeur d'emplois ?

La voiture électrique va créer de nouvelles activités, avec notamment les usines de batteries.
La voiture électrique va créer de nouvelles activités, avec notamment les usines de batteries.

La filière automobile française avait déjà tiré la sonnette d'alarme lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron en début de semaine. Après l'annonce de la Commission Européenne, François Roudier, président du CCFA, a donné un chiffre alarmant au micro de France Info : "dans le pire des cas, on a un risque sur 150 000 emplois en France : 100 000 dans la filière industrielle et 50 000 dans les services, qui disparaîtraient complètement". Il faut en effet moins de personnel pour assembler les moteurs électriques, réaliser l'entretien…

La filière a plaidé pour un nouveau plan d'investissements afin d'assurer la transition de l'industrie vers l'électrique, une requête à laquelle a répondu favorablement l'État. Ce plan devrait être présenté à la rentrée. L'électrique représente heureusement d'autres opportunités d'emplois, avec notamment plusieurs projets d'implantations d'usines de batteries (pour Renault à Douai, pour Stellantis à Douvrin), l'installation et l'entretien des bornes de recharge, la création d'un réseau de distribution d'hydrogène… Pas sûr toutefois que cela suffise à équilibrer la balance. Le plan doit intégrer des aides pour de la reconversion.

Le réseau de recharge sera-t-il au niveau ?

C'est le point qui suscite le plus d'inquiétudes. À ce jour, le réseau n'est pas du tout au niveau. Rien qu'en France, l'objectif d'avoir 100 000 bornes sur le réseau public en fin d'année 2021 ne sera pas tenu, puisqu'au dernier pointage, réalisé début juillet, on en était à 43 700. Point positif, le rythme s'accélère, avec 5 000 bornes installées en mai et juin. La loi va donner le coup d'accélérateur. Déjà dans l'Hexagone, toutes les aires d'autoroutes devront avoir une recharge rapide en 2023. Et l'Europe compte obliger les États membres à "installer des points de recharge et de ravitaillement à intervalles réguliers sur les grands axes routiers : tous les 60 kilomètres pour la recharge électrique et tous les 150 kilomètres pour le ravitaillement en hydrogène".

Le problème sera toutefois le nombre de points d'accès, qu'il faudra calibrer pour être adapté à la demande. On pense notamment aux jours de grands départs ! La recharge ultra rapide a beau se développer, faire le plein d'électricité prendra toujours plus de temps que faire le plein d'essence, même si quelques minutes suffiront pour retrouver 100 à 200 km d'autonomie. Mais peut-être faudra-t-il limiter le temps de passage à la borne pour faire défiler au plus vite les clients ?

Les stations de recharge rapides seront présentes sur toutes les aires d'autoroutes d'ici 2023.
Les stations de recharge rapides seront présentes sur toutes les aires d'autoroutes d'ici 2023.

Le réseau électrique va-t-il tenir ?

La question revient déjà chaque hiver, lors des vagues de froid ! En France, le gestionnaire du réseau électrique (RTE) s'est toujours montré rassurant. Une étude réalisée en 2019 indiquait que le réseau serait capable de faire face en 2035 à un parc composé de 40 % de véhicules électriques. Un parc national composé de 15,6 millions de véhicules branchés représenterait une consommation de 35 à 40 TWh, soit 8 % de la production électrique totale française. Reste que la réglementation européenne pourrait bien accélérer l'électrification du parc… sans compter que cette électrification va se faire dans toute l'Europe ! L'équation est évidemment complexe, car à côté, d'autres besoins en électricité devraient baisser, avec par exemple des maisons neutres en besoin énergétiques. La solution V2G, qui permet aux voitures de remettre dans le réseau de l'énergie stockée dans leurs batteries, sera aussi très importante pour éviter le black-out.

La voiture électrique sera-t-elle vraiment abordable ?

La R5 électrique sera affichée à partir de 20 000 €, sans bonus.
La R5 électrique sera affichée à partir de 20 000 €, sans bonus.

Trop chère la voiture électrique ? Les constructeurs promettent une baisse rapide des prix. Renault et Stellantis pensent ainsi avoir des électriques au prix des thermiques d'ici 2026. Et cela sans les aides à l'achat, qui sont vouées à disparaître. Cela va notamment passer par une chute du coût des batteries. Chez Stellantis, l’objectif est de réduire les coûts des modules de batteries de plus de 40 % sur la période 2020-2024 et de plus de 20 % supplémentaires d'ici 2030. Il va aussi y avoir les effets de la production de masse, avec des plateformes et moteurs partagés par plusieurs marques et modèles.

Reste que de manière générale, les constructeurs s'attendent à une hausse des prix des voitures dans les années à venir, en raison notamment de la hausse des matières premières comme l'acier. Un aspect qui pourrait jouer sur les matériaux nécessaires aux batteries !

Faut-il craindre de nouvelles taxes ?

Selon l'ACEA, en 2019, les automobilistes ont rapporté 86,4 milliards d'euros de taxes à l'État. La moitié provient des carburants, soit 43 milliards d'euros ! 60 % du prix d'un litre de carburant correspond à des taxes. Alors avec le développement du tout électrique, cette manne financière pour l'Était va chuter. Assurément, il va falloir la retrouver !

Dans un premier temps, on imagine que les taxes sur les carburants fossiles vont augmenter, pour inciter à prendre une électrique au plus vite. L'Europe a d'ailleurs évoqué la taxe carbone dans son pacte vert. Après, une fois que l'électrique sera majoritaire et incontournable, les gouvernements en place trouveront assurément des moyens de les imposer ! On imagine une taxe pour installer une borne, un forfait sur l'électricité consommée, une vignette pour rouler…

Gamme, autonomie : les constructeurs auront-ils ce qu'il faut en concession ?

Ne soyons pas inquiets, la réponse est oui. Même si certains ont pu être surpris par un délai si court, les constructeurs savaient bien que le tout électrique allait être imposé par l'Europe. Et les normes étant déjà sévères, avec notamment la réglementation CAFE qui fixe des quotas de CO2 à ne pas dépasser, toutes les marques ont déjà pris le virage de l'électrification. Plusieurs ont déjà prévu de ne proposer que du 100 % électrique en Europe dès 2030, notamment Fiat, Ford et Opel. Pour Audi et Volkswagen, ce sera d'ici 2033 !

Les produits font déjà de gros progrès en matière d'autonomie et de recharge. Alors d'ici là, ce sera encore mieux. Stellantis prépare ainsi des véhicules compacts avec jusqu'à 700 km d'autonomie. Pour les urbains, afin d'avoir des prix qui restent acceptables, l'autonomie sera de 400 à 500 km. De quoi inquiéter pour partir en vacances ? La recharge rapide se développe. Stellantis vise ainsi 32 km par minute !

Au final

A-t-on vraiment pris conscience de l'annonce ? Si le projet est acté, dans 14 ans, les concessions ne proposeront que des modèles électriques ! C'est une révolution. Mais à ce moment-là, la voiture électrique aura gommé ses gros défauts, à savoir les prix élevés et les autonomies problématiques. Et elle sera devenue une habitude pour bon nombre d'automobilistes (elle atteint déjà 7 % des ventes en France en 2021). Il va falloir en revanche rapidement adapter le réseau de recharge. Et pas d'inquiétude pour ceux qui viennent d'acheter un modèle essence ou diesel, les modèles thermiques déjà sur la route ne sont pas près d'être bannis !

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