L’offensive du "Made in Europe" chinois s’apprête à dynamiter l’éco-score et le marché des flottes
En implantant leurs usines directement sur le sol européen, les constructeurs asiatiques s’apprêtent à faire sauter le verrou fiscal de l’éco-score. Une menace directe pour le duopole franco-allemand sur le marché des véhicules de fonction, et plus largement sur l’ensemble des voitures de société.

Jusqu’à présent le protectionnisme environnemental à la française fonctionnait à la perfection. En conditionnant à l’éco-score, l’abattement fiscal de 70 % sur l’avantage en nature des voitures de fonction, Paris a réussi à ériger une digue pour contenir l’entrée massive de voitures chinoises en flottes. Les constructeurs asiatiques, pénalisés par le coût carbone du transport de leurs véhicules, restaient jusqu’alors sur la touche, exclus des grilles de choix (car policies) des grandes entreprises.
Cette ligne de défense est sur le point de voler en éclats. Face au protectionnisme de l’éco-score et la menace des droits de douane de l’Union Européenne, les constructeurs chinois, ont activé la riposte. En devenant des constructeurs européens.
La contre-attaque industrielle
Pour que leurs modèles soient éligibles à l’éco-score, les états-majors asiatiques ont décidé de déployer une force de frappe industrielle sans précédent sur le Vieux Continent. Profitant au passage de la sous-exploitation des unités de productions européennes des constructeurs historiques.
BYD achève son unité de production de Szeged en Hongrie, d’où doivent sortir les premiers modèles de la marque en fin d’année. Grâce à son alliance avec Stellantis, Leapmotor assemble déjà sa citadine T03 en Pologne et sa B10 à Saragosse en Espagne. Chery a repris l’ancienne usine Nissan de Barcelone, SAIC Motor (MG) va installer sonr prochain site à Ferol, toujours en Espagne et Dongfeng localisera la production de ses modèles électriques dans l’usine Stellantis de Rennes. Enfin, Xpeng déjà present en Autriche (Magna Steyr) est en discussion avec VW.
Ce n’est plus une montée en puissance, c’est un raz-de-marée face auquel la digue de "Made in Europe" va être submergée de modèles chinois. Le Vieux Continent va malgré lui abrité et arbitré une concurrence mondialisée directement sur son sol.
Le défi des batteries
L’éco-score est hautement sensible au mix énergétique des pays où sont produites les cellules de batteries. Si la France et l’Allemagne ont massivement investi dans leurs "Gigafactories", le retard pris dans l’entrée en production et la sécurisation des matières premières pourraient certains modèles à sourcer des composants plus lointains, Et de fait, être confronté à améliorer leur score environnemental par rapport à leurs rivaux asiatiques.
Une aubaine pour les gestionnaires de flottes
L’arrivée sur le marché de modèles chinois labellisés par l’Ademe va provoquer un choc de compétitivité. À équipement et autonomie équivalents, les chinois affichent souvent des tarifs inférieurs de 15 % à 20 % à ceux de leurs rivaux équivalents. Eco-scorés, leurs coûts de possession (TCO) deviendrait imbattable. Avec des technologies logicielles et de batteries souvent plus avancées.
L’Europe peut encore renforcer ses critères
L’Europe n’a peut-être pas dit son dernier mot. Elle pourrait imposer aux constructeurs asiatiques qui s’installent sur le Vieux Continent une nouvelle batterie de contraintes, exiger le transfert de technologie, se fournir auprès de sous-traitants locaux ou instaurer un prix de vente plancher de leurs véhicules.
En voulant imposer ses critères environnementaux à la planète entière, la France et l’Europe ont atteint leur but. Celui de relocaliser la production automobile en Europe. Mais l’ironie de l’histoire retient que l’éco-score initialement conçu pour protéger l’industrie locale, a finalement permis d’installer les constructeurs asiatiques au cœur des entreprises françaises et européennes.






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