Moins d’ingénieurs, versions « bêta » sur la route : les constructeurs européens vont-ils imiter les Chinois ?
Face à une déferlante chinoise qui ne repousse plus les jeunes acheteurs, l’industrie automobile européenne est au pied du mur, selon une étude du cabinet AlixPartners. Pour survivre, les constructeurs d’ici n’auraient plus le choix : ils doivent copier les méthodes radicales de leurs rivaux. Quitte à tailler dans les effectifs de R&D et à lancer sur nos routes des véhicules connectés pas tout à fait terminés.

N’est-il pas trop tard ? C’est la question que l’on peut se poser à la lecture de la 23e édition de la traditionnelle étude sur le secteur automobile du cabinet conseil AlixPartners. Trop tard pour que l’Europe se ressaisisse, trop tard avant que la Chine n’écrase définitivement l’ancien monde de l’automobile : le nôtre.
D’après un sondage réalisé par le cabinet, l’effet repoussoir chinois est derrière nous. Pour la première fois, une majorité de jeunes européens de moins de 35 ans ne verraient absolument aucun problème à acheter une auto chinoise, pas plus qu’ils renonceraient à s’offrir un smartphone ou un ordinateur importé de là-bas.
25 % de progression à venir
Et ça tombe bien : les autos se vendent de moins en moins bien dans le monde entier (-4 % prévus en 2026 selon AlixPartners), et surtout en Chine (-10 %). D’où la nécessité vitale pour les constructeurs de là-bas d’écouler leur production ici.
Alors l’empire du Milieu avance, et pas qu’un peu. Les autos chinoises devraient encore progresser de 25 % en Europe cette année pour atteindre 2,3 millions d’unités à la fin du mois de décembre. Au train où va la déferlante, le score devrait être de 3,2 millions en 2030. Côté parts de marché, elles devraient attaquer la future décennie à 16 %.
Ironie du sort : l’automobile européenne perdant des murs entiers du château automobile qu’elle détenait, se trouve désormais en sous-production et ses usines tournent largement en deçà de leurs capacités. D’où leur intérêt, et la nécessité, de les ouvrir aux marques chinoises comme Dongfeng chez Stellantis, ou Chery avec Nissan. Une situation qui arrange les marques traditionnelles, mais surtout les Chinoises, puisque de cette manière, elles taillent une brèche dans le mur de taxes que leur dresse l’UE à l’importation sur le continent.
Une fabrication au-delà de la muraille de Chine qui, toujours selon le cabinet conseil va plus que doubler. L’an passé, 1,2 million de voitures de l’empire étaient assemblées à l’extérieur du pays, mais dans quatre ans, elles seront 3,4 millions.
Alors, chacun cherche une solution pour freiner l’hémorragie. L’Europe veut durcir les règles, et taxer les PHEV en provenance de Chine, en plus des 100 % électriques. Quant à AlixPartners, par le biais de son directeur associé Alexandre Marian, il conseille plutôt aux marques européennes de faire comme leurs homologues chinois et d’accélérer. La conception d’une auto en deux ans doit devenir la norme, en réduisant les process complexes, et la taille des équipes de R&D pour qu’elles soient plus réactives.
Moins d’ingénieurs, plus de mises à jour
Une démarche que Renault semble avoir bien comprise et assume en annonçant ses 800 suppressions d’emploi d’ingénieurs. Le losange assume-t-il aussi un autre process mis en place par les constructeurs chinois et qui permet de gagner du temps de conception ?
Il consiste à mettre sur la route des autos pas totalement achevées, du moins dans leur partie digitale. À la manière des logiciels de bureautique, un domaine ou le procédé est courant, ces autos, en version bêta, s’améliorent, et terminent leur développement au fur et à mesure et à distance, sans même que leur conducteur ne s’en rende compte.
Des fins de conceptions en cours de route qui devraient être cantonnés à des fonctions de détail, car un bug sur un PC n’a pas exactement les mêmes conséquences que sur une auto.













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