Renault supprime 800 emplois d’ingénieurs en France : la faute à la Chine et à l’IA ?
Michel Holtz , mis à jour
Pour résister à l’offensive des constructeurs chinois et s’aligner sur leur rythme de développement, Renault supprime 800 postes d’ingénieurs dans l’Hexagone d’ici à 2027. Des départs volontaires de 15 % des effectifs sur fond de délocalisation de la R&D et de montée en puissance de l’intelligence artificielle.

Depuis 30 ans, désindustrialisation oblige, les suppressions d’emploi concernaient surtout les ouvriers. Mais c’est désormais au tour des cadres de connaître des charettes. En l’occurrence, chez Renault, ce sont 800 ingénieurs français qui vont faire les frais de la lutte qui oppose le losange à ses concurrents chinois.
C’est en tout cas ce qu’explique la direction de l’ingénierie du groupe pour justifier les 15 à 20 % de coupes dans les effectifs d’ingénierie mondiaux qui sont aujourd’hui de l’ordre de 11 000 salariés.
La France plus touchée que les autres pays
La moitié de ces ingénieurs étant basée en France, l’hexagone est donc particulièrement touchée par cette vague de départs et 800 personnes devront quitter le navire Renault d’ici la fin 2027, notamment au Technocentre et sur le site de Villiers Saint Frédéric qui doit d’ailleurs fermer ses portes.
L’ensemble de ces départs seront volontaires et excluront les métiers en lien avec l’IA, l’électrification et la cybersécurité. De plus, Renault prévoit l’embauche ultérieure de 150 à 200 nouveaux ingénieurs, la reconversion de près de 2 000 autres salariés et 200 000 heures de formation.
Ce vaste chamboule tout est avant tout, et toujours selon la direction, destiné à enrayer l’irrémédiable emprise de l’automobile chinoise en Europe, précisément les plates-bandes de Renault. Le directeur général groupe, François Provost, l’avait annoncé lors de la présentation de sa stratégie au mois de mars dernier : il faut rattraper le retard sur la Chine en matière d’ingénierie et concevoir, comme elle, les voitures en deux ans plutôt qu’en trois longues années comme nous. En somme : généraliser le tour de force que le losange a réussi avec sa Twingo.
Le made in China pour lutter contre la Chine ?
Mais comment accélérer en réduisant les effectifs ? La nouvelle Twingo a été, en grande partie, conçue à Shanghai dans le centre de recherche de Renault malicieusement baptisé ACDC (Ampere China Development Center) et qui emploie nombre d’ingénieurs chinois.
Assiste-t-on à une délocalisation, voire une externalisation de la R&D destinée de rattraper le retard technologique occidental ? La tendance est en tout cas présente, au-delà de l’automobile, dans tous les secteurs manufacturiers.
Si l’on y ajoute l’omniprésence de l’IA dans les process de développement, on comprend mieux les chiffres de l’Apec (Agence pour l’emploi des cadres) qui a observé, pour la première fois, un recul du recrutement des ingénieurs R&D de 6 % l’an passé. Quand la robotique risque, à terme, de réduire les effectifs des cols bleus, l’IA s’occupe de ceux des cols blancs.


















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