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Avec " France Batterie ", Paris sonne la riposte face à l’ogre chinois et interpelle Bruxelles

Lancée officiellement ce mardi par Sébastien Martin, le Ministre délégué chargé de l’industrie,          " France Batteries " entend regrouper tous les acteurs de la filière au sein d’une organisation professionnelle unique. De quoi parler d’une seule voix face à Pékin et permettre de mieux se faire entendre de Bruxelles.

Avec " France Batterie ", Paris sonne la riposte face à l’ogre chinois et interpelle Bruxelles
La nouvelle association " France Batteries " réunit tous les acteurs de la filière pour parler d'une seule voix face à l'ogre chinois © Voix du Nord Maxppp

C’est dans le cadre hautement symbolique de l’usine ACC de Billy-Berclau, près de Douvrin dans du Pas-de-Calais que le gouvernement a choisi de poser la première pierre de sa nouvelle architecture industrielle.

Ce mardi 24 mars, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, a officialisé la création de " France Batterie ". Cette structure de coordination, inspirée de la Plateforme de l’automobile (PFA), a pour mission de réunir tous les acteurs de la filière au sein d’une même structure. Et ainsi d’unir la constellation de projets émergents en un bloc industriel cohérent et influent.

Un instrument de lobbying au cœur du réacteur européen

Le premier défi de la nouvelle organisation professionnelle est d’ordre diplomatique et financier. L’association intervient au moment où Paris pousse le programme " Battery Booster ". Ce dispositif, destiné à soutenir la création d’une industrie de la batterie sur le sol Français, prévoit le versement d’un prêt de 1,5 milliard d’euros pour l’industrialisation lourde. Or, pour l’instant la Commission européenne tarde à donner son aval. L’urgence pour la France est donc de convaincre Bruxelles de lever les verrous sur les aides d’État d’ici l’été, afin de permettre des injections de capital allant jusqu’à 500 millions d’euros par projet.

Cette force de frappe financière est jugée vitale pour s’aligner sur l’Inflation Reduction Act (IRA) américain, dont les subventions massives menacent de siphonner les investissements prévus sur le sol européen.

La norme environnementale comme bouclier commercial

Au-delà des capitaux, France Batterie entend peser sur la régulation. Face à l’insolente domination des géants chinois CATL et BYD, qui contrôlent plus de 55 % du marché mondial, la France ne peut lutter sur les seuls coûts de production. La stratégie repose donc sur l’imposition de standards environnementaux drastiques, regroupés sous le concept de " passeport batterie ".

L’idée est de valoriser le mix électrique français, largement décarboné grâce au nucléaire et aux renouvelables. En durcissant les règles sur le contenu carbone des cellules, l’association espère transformer une contrainte écologique en une barrière protectionniste légitime contre les batteries produites en Asie à partir d’électricité issue du charbon.

Le défi de la sécurisation des approvisionnements

Pour que les quatre gigafactories tricolores (ACC, Envision-AESC, Verkor et ProLogium) ne restent pas des coquilles vides, l’organisation pilotera également la sécurisation des approvisionnements. Un protocole d’entente stratégique a d’ailleurs été signé ce jour avec la Norvège, pays riche en ressources minérales et en expertise minière durable. Cette coopération doit garantir l’accès aux métaux critiques — lithium, nickel, cobalt — indispensables à la chimie des cellules.

Enfin, France Batterie devra répondre à un défi humain. L’association aura pour tâche de calibrer et d’harmoniser les besoins des industriels (20 000 emplois prévus d’ici à 2030) avec l’offre de formation régionale, évitant ainsi une éventuelle surenchère interne pour capter les talents.

Affirmer sa souveraineté et assurer la survie de la filière

Si cette " union sacrée " est saluée par les industriels, elle intervient dans un moment de bascule technologique incertain. Le leader français ACC (Stellantis 45 %, Mercedes-Benz 30 %, TotalEnergies 20 %) traverse une zone de turbulences, sa montée en puissance s’avère plus complexe que prévu.

Surtout, à un moment où le marché glisse de la technologie NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt utilisés dans l’usine Française ACC) vers le LFP (Lithium-Fer-Phosphate moins chère à produire) où la Chine possède une avance considérable, la nouvelle organisation professionnelle ne sert pas seulement de levier de défense de la souveraineté nationale, c’est le laboratoire de la résilience française. Dans un secteur où la rentabilité -viabilité- des gigafactories dans l'Hexagone reste encore à prouver, France Batterie s’affiche comme un outil de survie nécessaire, faut de pouvoir garantir l’échéance d’une réussite finale.

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