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110 sur autoroute : une polémique surréaliste

Dans Economie / Politique / Politique

Jean Savary

Mercredi, j’ai reçu un mail de la Ligue de défense des conducteurs qui commençait par : « Madame, Monsieur, Nous n’avons pas un seul instant à perdre. »

110 sur autoroute : une polémique surréaliste

Diantre, de quoi s’agit-il ? Anne Hidalgo a été nommée ministre des Transports ? EELV projette d’agrandir les nids-de-poule ? Emmanuel Macron veut que nous roulions au gazole « et en même temps » au super ? Zemmour demande le renvoi des voitures allemandes de l’autre côté du Rhin ? Mélanchon exige la collectivisation de nos garages ?

Non, c’est encore plus grave : « La menace d’abaissement de la vitesse sur autoroute se précise. La nouvelle première ministre Élisabeth Borne, nommée hier par Emmanuel Macron, est ouvertement « favorable à titre personnel », au 110 km/h sur autoroute. Elle l’a dit dans les médias. » écrit la Ligue.

Et c’est également dans les médias que l’intéressée dément le vendredi suivant, invitée vedette du 20 heures de TF1 : Mes propos ont été déformés » a affirmé la première ministre.

C’est quand même dommage ce manque de courage chez LA personne en charge de nous gouverner, surtout pour sa première grande intervention dans les médias.

110 sur autoroute : une polémique surréaliste

Une diminution de 4 à 5 % de la consommation du parc automobile

Tenez, moi qui gagne une partie de mon pain sur un site d’information automobile fréquenté par des passionnés de voiture, je n’hésite pas à l’écrire et à le répéter ici (c’est la troisième fois) : la limitation à 110 km/h généralisée à toutes les autoroutes, j’y suis personnellement et même radicalement favorable. Et on peut bien me traiter de tous les noms dans les réactions en queue d’article, ça me fera de la peine (parfois pour les auteurs) mais je n’en démordrai pas.

Évidemment qu’elle aussi l’est pour le 110. Et comment ne pas l’être ?

Voici une mesure qui permettrait de réduire de 20 à 30 % la consommation des voitures sur l’autoroute - tous les tests le confirment.

Si l’on croise ce chiffre avec celui de la répartition de nos kilomètres, on obtiendrait une diminution de 4 à 5 % de la consommation du parc automobile français et donc de ses émissions de C02. Sans compter les camions qui pourraient être dans la foulée limités, eux, à 80 km/h.

Je l’ai déjà écrit ici, cette baisse de la consommation équivaudrait à supprimer les trois quarts de notre trafic aérien intérieur, vous savez, ces vols Paris-Brest, Lille-Strasbourg ou Toulouse-Grenoble que l’on adore dénoncer quand quelqu’un dit du mal de nos SUV.

110 sur autoroute : une polémique surréaliste

Inutile d’expliquer, juste appliquer

Bref, une femme qui a fait Polytechnique, a le grade d’ingénieur général des Ponts et Chaussées, a été ministre de la transition écologique et a dans son portefeuille à Matignon la planification écologique ne peut qu’être favorable au 110 km/h sur autoroute, à titre personnel, professionnel, situationnel et même transformationnel. Car voilà une mesure qui ne coûterait rien à l’État, quelques millions en panneaux vite compensés par une ou deux dizaines de tués et blessés graves en moins par an. Et elle rapporterait 3 à 4 €/100 km aux usagers moyennant un léger allongement de leurs temps de trajet : sur un Paris Lyon, en comptant 400 kilomètres limités à 130 km/h, c’est une grosse trentaine de minutes de plus en trafic fluide – ce qui est rare — voire une vingtaine si consommer moins évite un ravitaillement.

C’est d’ailleurs la limite de l’argumentation de la Ligue de défense des conducteurs, je cite : « Comme si on avait besoin que le gouvernement nous tienne par la main pour nous expliquer comment moins consommer d'essence… »

Justement, il est inutile d’expliquer, il faut juste appliquer : chacun sait que pour consommer moins, sauf à rouler moins ou à changer de voiture pour une plus sobre, il n’y a pas d’autre méthode que de lever le pied et réduire sa vitesse. On peut aussi ioniser le carburant pour positiver les atomes de carbone ou même vérifier que le mécano n’a pas oublié son chiffon crasseux dans le filtre à air, mais cela donne rarement un résultat.

Jouer à saute-camion

Qu’une mesure permettant d’économiser tant de carburant en perdant moins de 10 minutes aux 100 km puisse faire débat quand le gazole tutoie les 2 € me sidère. Qu’un gouvernement qui se donne la réduction des émissions de CO2 parmi ses principaux objectifs n’ose pas prôner et adopter cette simple mesure de bon sens me laisse perplexe. La vitesse à laquelle défile le paysage est-elle inscrite dans la constitution ?

« Les millions de Français qui ont du mal à boucler leurs fins de moins, notamment en raison des taxes scandaleusement élevées sur le carburant » pour reprendre les mots de la Ligue, devraient manifester pour pouvoir rouler à 110 km/h en toute sécurité. Et au premier rang, ceux qui se sont fait fourguer un gros SUV par la publicité, et un moteur essence par la bien-pensance. Pour eux, le 110 sur autoroute, c’est carrément cinq à six euros de moins aux cent km…

Car pour contrer un argument éculé, aujourd’hui, certes il est permis de le faire, mais avec en permanence un œil sur le camion de devant et l’autre dans le rétroviseur, avec parfois des frayeurs et souvent la sensation de gêner. C’est ce que j’éprouve à chaque fois que je traîne ma remorque porte moto à 110 km/h (à 130, c’est 9 l aux cent). Des frayeurs et sensations que découvrent les adeptes de plus en plus nombreux de la file de droite à 110 qui jouent comme ils peuvent à saute-camion.

Sur route comme sur autoroute, les différentiels de vitesse sont accidentogènes et, on ne peut pas, en plus des camions à 90 et des cadors à 160, faire cohabiter un flux à 110 et l’autre à 130. Déjà qu’entre ceux qui roulent à « 130 compteur » et ceux qui sont à 134 km/h (la marge de tolérance du radar) au GPS.

Une insulte à l’intelligence des Français

Mais revenons à l’écologie puisque ce serait, avec la réduction de nos importations de pétrole russe, la motivation de la mesure.

J’ai la flemme de calculer le nombre de tonnes de C02 économisées par an, mais je parie qu’il faudrait dépenser un paquet de milliards de subventions pour obtenir le même résultat en isolation de bâtiments ou renouvellement de chaudières.

Qui veut gagner des milliards ? Pas Élisabeth Borne… En fait, elle aimerait bien, mais elle n’ose point.

Car voilà, il y a le traumatisme de la fronde des gilets jaunes qui aurait résulté, entre autres, de la limitation des routes à 80 km/h. Du coup, on n’ose plus toucher aux panneaux.

Croire que le 110 km/h aurait le même explosif résultat est à mon sens pire qu’une sottise, une insulte à l’intelligence des Français. Le 80 km/h a été mal vécu car il concernait chaque matin et chaque soir et même entre les deux, des millions de gens qui utilisent leur voiture pour se rendre à leur travail, lequel, à cause du boom de l’immobilier, est toujours plus lointain. Et qui l’utilisent d’autant plus qu’on leur a supprimé les petites lignes de trains et transféré des campagnes aux villes nombre de services publics, hôpitaux, maternité, poste, perception, ce qui leur impose de longs trajets incessants.

Rouler à 80 au lieu de 90, ça ne fait certes pas perdre beaucoup de temps, mais ça n’économise pas grand-chose et surtout ça mange les nerfs au quotidien.

Qui prend l’autoroute sur plus de 50 km tous les jours ?

Et au fait, le 110 km/h s’applique depuis déjà un bail sur les autoroutes du littoral Sud-Est de la France et dans le Grand Est : y a-t-on constaté un traumatisme collectif ? Des pathologies associées ? Une augmentation des dépressions ? Une déprime économique ?

110 sur autoroute : une polémique surréaliste

 

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