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Avant la Luce, ces drôles de Ferrari agressaient déjà le regard…

Si le cheval a cabré a produit quelques-unes des autos les plus fabuleusement belles de l’Histoire, certaines ont au contraire déconcerté les passionnés… ce qui ne les a pas empêchées de se vendre correctement !

Avant la Luce, ces drôles de Ferrari agressaient déjà le regard…

Ferrari vient certainement de battre un record. Celui de la notoriété la plus rapide pour un nouveau modèle, en l’occurrence la Luce. Plus que sa motorisation électrique, c’est son look que ce modèle fait réagir parfois viscéralement les observateurs, passionnés de la marque de Maranello ou pas. Mais quand on réexamine l’histoire de Ferrari, on note que ce n’est pas une première. En réalité, dès le début, des autos frappées du cheval cabré ont arboré un look étrange, même si une précision s’impose. Dans les années 40, 50 et 60, principalement, on pouvait faire carrosser sa Ferrari chez des spécialistes, qui ont pu produire des dessins disons… improbables. Non, carrément moches !

Prenez une Ferrari 166, soufflez dedans, et vous obtenez cette étrange MM Panoramica carrossée par Zagato en 1949.
Prenez une Ferrari 166, soufflez dedans, et vous obtenez cette étrange MM Panoramica carrossée par Zagato en 1949.

On pense par exemple à la 166 MM Panoramica Zagato de 1949, dont le pavillon est tellement bulbeux qu’il semble avoir été déformé par IA (il n’en est rien). Immense avantage de cette… voiture, il n’en a été fabriquée qu’une avec cette carrosserie. Il en va de même pour 410 Superamerica habillée par Ghia en 1956, affublée de moustaches rappelant un silure et d’ailerons pointus pas du tout harmonisés avec les flancs rebondis.

Cette Ferrari 410 SA Ghia compile caricaturalement les gimmicks des années 50, et s'affuble bouche de silure, moustaches comprises !
Cette Ferrari 410 SA Ghia compile caricaturalement les gimmicks des années 50, et s'affuble bouche de silure, moustaches comprises !

Si on se concentre sur les modèles en carrosserie « usine », on se rappellera que la 330 GT 2+2 ne s’est pas attiré que des compliments. Mais au moins son look était-il équilibré, au contraire de celui de sa remplaçante, la 365 GT 2+2. Sortie en 1967, elle manifeste une grave crise identitaire. Alors que son museau arrondi tel celui de la décriée Alfa Spider Duetto est très typé années 60, sa poupe totalement anguleuse annonce la décennie 70. Comme si deux équipes ennemies avaient bossé sur la même voiture ! De plus, l’arrière démesuré déséquilibre la silhouette : cette 365 est aussi homogène qu’une Renault Vel Satis… Bravo Pininfarina ! 800 unités

Poupe anguleuse et démesurée, avant tout en rondeurs pas du tout accordé, ensemble tout sauf harmonieux : la Ferrari 365 GT 2+2 de 1967 montre que Pininfarina savait se planter.
Poupe anguleuse et démesurée, avant tout en rondeurs pas du tout accordé, ensemble tout sauf harmonieux : la Ferrari 365 GT 2+2 de 1967 montre que Pininfarina savait se planter.

Le carrossier italien produira aussi en 1971 la 365 GTC/4, pensée comme une Daytona adoucie, comportant quatre places et une direction assistée. Hélas ! Sa poupe bêtement rectangulaire rappelle celle de la 365 GT 2+2 alors que le museau s’orne d’un parechoc noir en synthétique qui fait le tour de la calandre. Mais qui a dit : « oui, elle est belle, on va la faire » ? Il a dû avoir des problèmes car la carrière de cette GT terne et lourde visuellement n’a duré que 18 mois. Le temps d’en vendre 500…

Pesante et peu inspirée, la Ferrari 365 GTC/4 coûtait pourtant plus cher en 1971 que la sublime Daytona !
Pesante et peu inspirée, la Ferrari 365 GTC/4 coûtait pourtant plus cher en 1971 que la sublime Daytona !

En 1973, la Dino 308 GT4 ne fait pas l’unanimité, mais elle a le mérite d’une ligne cohérente et équilibrée. Ce qui ne sera pas le cas de sa successeure, la Mondial 8, en 1980. Ferrari a récupéré l’architecture originale de la GT4 (moteur central, 4 places) mais voulu augmenter l’habitabilité arrière. Cela donne une silhouette étrange, marquée par un empattement démesuré et un pavillon dont la longueur excessive a été dissimulée de façon plus ou moins adroite. Sans oublier ces horribles grilles, telles des croûtes sur les flancs.

Rien ne fonctionne dans la Ferrari Mondial 8, en 1980. Empattement trop long, proportions étranges, roues trop petites, prise d'air latérale très mal intégrée...
Rien ne fonctionne dans la Ferrari Mondial 8, en 1980. Empattement trop long, proportions étranges, roues trop petites, prise d'air latérale très mal intégrée...

Elle sera restylée avec plus ou moins de succès en 1985 et tuée en 1993. Juste avant la commission, en 1994, d’un véritable crime esthétique, nommé F512M. Evolution de la 512TR qui actualisait discrètement le look de la Testarossa aux angles typiquement eighties, elle y incorpore de façon naïve des accessoires des années 90 : petits clignos et calandre arrondis, projecteurs sous glace fixe, bref, l’air menaçant de la Testarossa laisse la place à un sourire sympa. Quant à la poupe, elle expose sans trop se soucier de l’harmonie des lampes rondes et protubérantes, façon tuning bon marché.

Mais comment peut-on défigurer une Ferrari Testarossa de la sorte ? La F512M tente caricaturalement d'intégrer des éléments esthétiques des années 90...
Mais comment peut-on défigurer une Ferrari Testarossa de la sorte ? La F512M tente caricaturalement d'intégrer des éléments esthétiques des années 90...

La F512M précède de peu une hypercar au museau à peu près aussi agressif que celui d’une  Twingo : la F50. Certes, la décennie 90 est celle du cocooning et des voiture gentilles, mais là, il s’agit pratiquement d’une Formule 1 de route ! Le pare-brise beaucoup trop vertical qui casse le profil n’arrange rien à l’affaire, bien au contraire. Dommage, car mécaniquement, il s’agit de la première Ferrari de route à V12 central. On peut préférer la McLaren F1...

Imaginez une hypecar techniquement proche d'une Formule 1 et dotée d'un fabuleux V12 central. Lui donneriez-vous un avant façon Renault Twingo, l'air tristouille en plus ? C'est le tour de force de la F50, en 1995...
Imaginez une hypecar techniquement proche d'une Formule 1 et dotée d'un fabuleux V12 central. Lui donneriez-vous un avant façon Renault Twingo, l'air tristouille en plus ? C'est le tour de force de la F50, en 1995...

2003 voit l’arrivée de la 612 Scaglietti, à peu près aussi racée qu’une savonnette (quelle tristesse pour une GT aussi merveilleuse !), qui sera remplacée par une FF à la drôle d’allure façon break de chasse. Votre serviteur adore, mais connait bien des fervents de Ferrari qui la détestent.

Je tairai pudiquement ce que m’inspirent les Ferrari qui suivent, sachant qu’elles se vendent très bien, donc plaisent. Mais dans ce contexte, la Luce ne paraît plus si inexcusable, à ceci près que tous les modèles mentionnés (sauf peut-être la Mondial 8) bénéficient d’une mécanique envoûtante...

Rondouillarde et pas très bien proportionnée, la Ferrari 612 Scaglietti  vend mal ses immenses qualités dynamiques. Ici en 2003.
Rondouillarde et pas très bien proportionnée, la Ferrari 612 Scaglietti  vend mal ses immenses qualités dynamiques. Ici en 2003.

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