Les concept-cars néo-rétro du Mondial de l'auto 2026, symboles du déclassement de la France ?
Lors du Mondial de Paris 2026 qui vient de fermer ses portes, les constructeurs français ont présenté plus de concept-cars néo-rétro que jamais. Le grand public les a appréciés, mais il n’est pas sûr que ce soit une bonne nouvelle…

Déclassement. Quiconque a visité le Mondial de l'automobile avant le Covid ne peut qu’éprouver ce sentiment en voyant ce qu’il est devenu. Fini les stands plus démesurés et imaginatifs les uns que les autres, l’abondance voitures, le personnel pléthorique, les attractions savamment animées, voire tout simplement les allées couvertes de moquette.
La voilure a été terriblement réduite, et je crains que ce ne soit à l’image de l’industrie automobile européenne. Certains constructeurs ne veulent plus payer, ni même y exposer leurs nouveautés, un mouvement commencé certes voici plus de dix ans. Pour autant, réjouissons-nous que le Mondial existe toujours, sachant que le salon jadis le plus couru du monde, celui de Genève, a été purement et simplement supprimé. Il n'en demeure pas moins que tout ceci est révélateur d’un secteur en crise profonde, ce qui se reflète sur ce qu’exposent les marques.

Cette année, une fois n'est pas coutume, les constructeurs français ont produit une palanquée inédite de concept-cars inspirés du passé. Ils bossent, et on s'en félicite ! Par exemple, Peugeot livre une e-T16, inspirée de la 205 T16, et une très improbable RCZ Vision. A ma connaissance, c’est la première fois qu’on se sert pour créer un proto d'une voiture dont la production a cessé voici une dizaine d'années seulement. Les temps ont changé bien vite ! Cela dit, chez Stellantis, c’est encore la resucée de 2cv qui occupe le devant de la scène. Elle sera commercialisée, ce qui change tout !

Chez Renault, on avait pris de l'avance sur Peugeot question rétro, et on le confirme avec une stupéfiante R8 Gordini Concept, une étonnante Alpine A310 Vision, traitées plus en subtilité, selon moi, que les protos du groupe rival. Seul l'E-Space Concept me laisse dubitatif.
Le grand public réagit différemment d'un journaliste blasé : il adore. On le voit sur le marché : à la différence de l’ex-groupe PSA, Renault commercialise déjà des autos néo-rétro, dont une remporte un grand succès : la R5 E-tech. La Twingo e-Tech semble suivre la même voie, à la différence, certes, de la R4, bien trop chère.

La clientèle apprécie, les constructeurs lui donnent ce qu'elle veut, tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pas tout à fait. A côté de ces concepts empreints de nostalgie, Stellantis et Renault exposent aussi des prototypes plutôt futuristes, et ce n'est pas eux qui font la une.
Surtout, aucune des françaises exposées à Paris n’apporte quoi que ce soit de déterminant d’un point de vue technique. Pas d’avancée déterminante, pas d’autonomie ravageuse, pas de temps de recharge comprimé, ni même d'idée inédite. Rien. Le Fiat Multiplay et le Renault e-Space n'apportent rien face aux Multipla et Espace, datant pourtant des années 90 et 80.

De son côté, le néo-rétro n'a rien de nouveau non plus. Au contraire, il est commercialisé depuis une quarantaine d'années au Japon (Nissan BE-1), et Renault qui s’y est aventurée en 1996 avec l’adorable Fiftie a attendu près de trente ans pour commercialiser un modèle au look un peu vintage, en l’occurrence la R5. Quant à Peugeot, le constructeur sochalien n'a pas osé industrialiser sa ravageuse e-Legend de 2018.
Pourquoi toutes ces créations inspirées du passé arrivent-elles maintenant de façon si massive ? D'une part, chez Peugeot-Citroën, il semble qu'on se bouge enfin un peu pour rattraper son retard sur Renault sur le terrain du rétro. D'autre part, on pourrait se dire qu’il s’agit d’un mouvement de repli assez classique : les constructeurs français se mettent à revisiter leur passé parce qu’ils ne savent plus se positionner face à la concurrence chinoise.

Un peu comme un pays qui se reprend de passion pour ses vieilles gloires à un moment où il n’a plus de projet, où les parents n'imaginent plus donner à leurs enfants une vie meilleure que la leur. Les e-T16, 2 CV, Alpine, Gordini, par le repli qu'ils symbolisent, incarnent bien leur époque, faite de peur de l’avenir, de sentiment de déclassement de la France, de manque de confiance en soi et de fascination pour un passé où notre pays était en pointe (automobile, mais aussi nucléaire, spatial, rail, informatique...).

Que ces créations censées annoncer l’avenir montrent que celui-ci se trouve derrière nous est une chose, que le public les apprécie autant, oubliant les protos futuristes, c'est plus inquiétant. Car pendant qu’en France, on se passionne, au lieu d'inventer, pour un thème de design inventé par les Nissan voici plusieurs décennies, les Chinois, les Coréens et les Américains écrivent le futur à vitesse grand V...








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