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Quel est le bilan des voitures radar "privatisées" ?

Dans Pratique / Radars

Quel est le bilan des voitures radar "privatisées" ?

Alors que l'activité des voitures radar était attendue en hausse, elle ne fait que baisser depuis quatre ans. Selon nos calculs, en 2019 et 2018, elles ont ainsi verbalisé deux fois moins qu'en 2015. De quoi remettre en question la décision de les retirer des gendarmes et policiers pour les confier au privé ? Pas du tout ! Il est urgent d'attendre, à en croire le ministre de l'Intérieur. Le premier bilan officiel ne sera établi qu'en fin d'année. Au mieux ! À moins que la Cour des Comptes, qui selon nos informations a commencé un travail d'évaluation de la politique de la Sécurité routière n'en fasse mention d'ici-là dans ses conclusions.

"Il demeure encore prématuré de s'interroger sur l'impact de cette mesure d'externalisation de la conduite des voitures radars", a donné pour seule et même réponse, à la fin janvier, le ministre de l'Intérieur à une députée et une sénatrice qui l'avaient interrogé sur le sujet… près d'un an plus tôt pour l'une et neuf mois pour l'autre* ! Pour rappel, ces voitures radar peuvent contrôler en roulant, dans le flot de la circulation, et depuis 2017, leur conduite est progressivement confiée à des entreprises privées.

En l'occurrence, c'est Mobiom, une filiale de la société de nettoyage et de sécurité Challancin, qui fournit pour l'instant les chauffeurs dans les régions où les appels d'offres pour les recruter ont été attribués. Cela a commencé en Normandie où le processus a d'abord été expérimenté durant plus d'une année à partir de février 2017, puis où les contrôles sont devenus effectifs en avril 2018, avec officiellement 26 véhicules actifs aujourd'hui. Et là, le procédé est en train de s'étendre à la Bretagne, les Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire. Puis, quatre autres régions devraient être concernées d'ici la fin 2020.

Pas de bilan officiel avant la fin 2020

Or, d'ici-là, aucune précision ne serait à attendre sur l'impact de l'externalisation de ces dispositifs, si l'on en croit les réponses de Beauvau aux deux parlementaires citées plus haut, et les récentes déclarations du délégué à la Sécurité routière dans la presse régionale. Emmanuel Barbe, dans Le Télégramme, le 5 janvier, espère ainsi "un premier bilan à la fin de l'année" seulement, car selon lui les chiffres sont "encore difficilement interprétables", même si ceux de "l’Eure, premier département équipé, semblent néanmoins encourageants". Précision du ministre de l'intérieur, dans ses réponses aux parlementaires : le nombre de voitures radar "privatisées" actives "n'est pas encore significatif" pour permettre une quelconque évaluation, puisqu'il n'y a pour l'instant que les 26 de Normandie réellement en circulation sur un parc total de 409 unités.

Reste que sa réponse à la députée de la majorité Corinne Vignon contient d'autres informations qu'on n'espérait plus avoir et qui permettent d'avoir une idée de ce que valent ces voitures radar ! Cela fait maintenant quatre ans en effet que le ministère de l'Intérieur refuse de communiquer les statistiques complètes des radars automatiques, en particulier le nombre de PV dressés via les différents types d'automates. Au mieux, et de manière de plus en plus tardive, il ne livre plus que des chiffres globaux et le nombre de messages d'infraction (Mif), c'est-à-dire de flashs enregistrés par les différents appareils. Or, ces "Mif" ne se transforment pas tous en avis de contravention, et ce taux de conversion varie grandement d'un type de radar à un autre, d'où l'intérêt de disposer de ces deux statistiques.

Et voilà donc que Beauvau se décide à lever un tout petit coin du voile, en fournissant à Corinne Vignon le nombre de PV comptabilisés en 2018 et, pour une bonne part, en 2019, avec les seules voitures radar. On apprend ainsi (voir notre tableau ci-dessous) qu'il y a deux ans celles-ci "ont envoyé 1 048 710 messages d'infractions ayant donné lieu à 760 013 avis de contraventions", et que pour l'an dernier, "au 31 octobre 2019, déjà 1 013 320 messages d'infractions [ont] été envoyés et 733 634 avis de contraventions". Soit un taux de conversion (de Mif en PV) dans les deux cas d'environ 72 %, contre 75 % plus tôt.

Les chiffres des voitures radar depuis 2015

Statistiques /année

2015

2016

2017

2018

Ev par / à 2015

Projection 2019 (au 31/10)

Ev par / à 2015

Nombre d'appareils

259

383

383

403

56 %

409

58 %

Nombre de Messages d'infraction (Mif)

1 527 453

1 936 706

1 813 261

1 048 710

-31 %

1 215 984 (1 013 320)

-20%

Moyenne de Mif/radar

5 898

5 057

4 734

2 602

-56 %

2 973

-50 %

Nombre de PV

1 140 268

NC

NC

760 013

-33 %

880 361 (733 634)

-23 %

Moyenne de PV/radar

4 403

  -

  -

1 886

-57 %

2 152

-51 %

Taux de conversion

75 %

 - 

  -

72 %

-3 %

72 %

-3 %

Source : selon les données publiées par le ministère de l'Intérieur

Et là où il y a tout de même matière à s'interroger, c'est que ce bilan est largement en deçà de celui de 2015 – dernière année où tous ces chiffres avaient été communiqués. En 2018, et ça tend à se confirmer en 2019, les voitures radar ont dressé chacune en moyenne moitié moins de PV. Le déclin n'aurait même pas commencé en 2018, avec les manifestations des gilets jaunes et le réquisitionnement des forces de l'ordre pour les encadrer, mais dès 2017, l'année même de l'annonce de cette externalisation…

Des autos flasheuses plus redoutables… à l'arrêt !

Comment expliquer cette évolution à la baisse, alors que la durée d'utilisation de ces voitures radar, du fait de cette externalisation, serait en hausse ? Selon le rapport annuel de 2017 de la Cour des Comptes, la "durée moyenne quotidienne d'utilisation" des voitures radar par les forces de l'ordre est de "1h47". Celle-ci tourne même plutôt autour d'une heure seulement selon le gouvernement. Or, dans ses réponses aux parlementaires, le ministre de l'Intérieur se félicite car "même si le parc de voitures radars à conduite externalisée ne représente actuellement avec la seule région Normandie que 6,36 % du parc total [26 autos sur un total de 409, pour rappel NDLR], il a été observé en octobre 2019 que plus du tiers des heures de contrôle sont actuellement réalisées par ces véhicules qui contrôlent en moyenne chacun 5 heures par jour". Conclusion, la "durée moyenne quotidienne d'utilisation" des voitures radar est en progression, grâce à cette externalisation.

Avec ce contrôle accru, on aurait donc pu logiquement s'attendre à des statistiques en hausse… À moins que les conducteurs n'aient dans le même temps respecté davantage les limitations de vitesse. Que nenni, si l'on en croit encore les déclarations officielles de ces derniers mois ! À entendre les responsables de la Sécurité routière, la flambée du vandalisme enregistrée sur le parc de radars fixes a conduit les conducteurs à se relâcher et à relever leur vitesse. Partant de là, on aurait donc là aussi pu s'attendre logiquement à des verbalisations en hausse via ces voitures radar, ces véhicules banalisés difficilement détectables dans le flot de la circulation… Ce qui ne s'est pas produit.

De fait, quand ils roulent, ces engins seraient bien moins redoutables qu'à l'arrêt sur le bord de la route, ce qui avait été déjà constaté il y a fort longtemps dans les années 90 avec le tout premier radar mobile homologué en France, le cinémomètre type Cerva, possiblement couplé à un appareil photographique.

Le problème, c'est que le contrôle en mode stationnaire avec ce genre d'appareils n'est pas une option ouverte à des chauffeurs salariés du privé. Seuls les agents des forces de l'ordre sont habilités à l'installer ainsi. On comprend mieux l'intérêt d'évaluer les différents modes de contrôle… Interrogée sur le sujet, la Sécurité routière a refusé de nous répondre. Il faudra donc se borner à ces réponses quasi identiques fournies aux deux parlementaires et à la communication officielle, en attendant les conclusions de la Cour des Comptes qui, selon nos informations, s'est attaquée à l'évaluation des politiques de la Sécurité routière.

* L'article 135 du Règlement de l'assemblée nationale dispose pourtant que : "Les réponses des ministres doivent être publiées dans les deux mois suivant la publication des questions". Le délai est le même au Sénat.

 

Pour aller plus loin

Radar, la machine à cash : ce documentaire révèle notamment qu'une enquête judiciaire est ouverte concernant le marché public de ces nouvelles voitures radar qui ont été automatisées afin de pouvoir les confier au privé, à la suite d'une plainte d'Anticor.

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