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Route de nuit - Michel Houellebecq : la possibilité d'une voiture

Dans Faits divers & Insolite / People

Michel Holtz

À l'occasion de la sortie en poche de son dernier roman, Sérotonine, retour sur l'écrivain  que rien, a priori, ne destine à la passion de l'automobile. Pourtant, dans son dernier ouvrage, l'écrivain de la dépression à la française parle de Mercedes Classe G et de Nissan Navara. Une manière, pour l'auteur de la Possibilité d'une île d'appliquer le vieil adage : "dis-moi dans quoi tu roules, et je te dirais qui tu es".

Le Mercedes G350 : la monture du héros de Sérotonine.
Le Mercedes G350 : la monture du héros de Sérotonine.

Tous les soirs du jeudi au dimanche, la Route de Nuit de Caradisiac va passer par la case culture, au sens le plus large du terme. Attendez ! Ne fermez pas votre tablette ! Ne piétinez pas votre smartphone ! Ne cliquez pas sur un autre site qui forcément vous décevra ! Ne fuyez pas. La culture n’est pas synonyme d’ennui et d’élitisme. Nous allons vous montrer qu’elle est intimement liée à la passion - ou au simple intérêt - que vous portez à l’automobile.

Qu’on le veuille ou non, qu’on la vénère ou qu’on la vilipende, l’automobile est omniprésente depuis cent trente ans dans nos sociétés, dans notre vie quotidienne et donc dans la vie culturelle.

Tous les créateurs s’en emparent un jour ou l’autre que ce soit pour l’encenser ou pour la conspuer. On rencontre l’automobile à tous les carrefours : dans la littérature, le cinéma, la mode, la musique, l’architecture, la publicité, la photographie…

Ce sont ces confluences et ces connivences que nous allons évoquer ensemble.

Nous sommes sûrs qu’avec le concours d’une nuée d’artistes iconoclastes, Route de nuit ne rimera pas avec ennui.

La rédaction.

Levons d’emblée le moindre doute : non, l’écrivain français le plus critique envers les travers de nos sociétés modernes n’est pas un anti-bagnole de plus. La preuve par Sérotonine, dorénavant disponible en poche, et par l’ensemble de son œuvre.

Bien que Michel Houellebecq n’arbore pas vraiment le look traditionnel du gentleman driver, il a toujours veillé à doter ses personnages d’autos à leur image. Chez l’écrivain de La carte et le territoire (Goncourt 2010), le choix d’un modèle n’est jamais le fait du hasard, mais la preuve d’une vision juste de l’automobile qui correspond à ses antihéros, et permet de mieux les définir. Une manière de dresser leur portrait avant même de faire leur connaissance.

L'écrivain préfère les autos aux vélos.
L'écrivain préfère les autos aux vélos.

Ainsi, l’ingénieur agronome dépressif (un euphémisme dans l’œuvre houellebecquienne) de Sérotonine, conduit un Mercedes Classe G. Il est aussi fourbu que son propriétaire et jauge 380 000 km. Pourquoi un tel engin ? Parce qu'il exprime mieux qu'un autre qui est son conducteur, ce cadre qui gagne correctement sa vie, dans un milieu qu’il voulait terrien, mais qui au final l’amène à rédiger des rapports pour le ministère de l’agriculture. Comme lui, le Classe G se retrouve plus souvent sur le bitume que dans les champs pour lesquels il a été conçu. Comme lui encore, le lourd 4x4 allemand est en décalage avec l'époque d'aujourd'hui.

Mais Houellebecq a le sens du détail, et son Classe G est un 350 diesel. Et quand il croise un autre modèle, 500 et V8 celui-là, il évoque la « mini-hiérarchie » que les deux autos établissent entre leurs propriétaires. Une hiérarchie, et une sociologie des 4x4, que l’écrivain pousse plus loin. Son personnage principal rencontre l’un de ses amis de jeunesse. D’aristocrate déclassé, celui-ci est devenu agriculteur ruiné. Et sa voiture est un pick-up, un Nissan Navara, qui n'a pas le même statut que le Mercedes, ni le même usage.

Bentley Continental GT : une voiture taillée pour la littérature.
Bentley Continental GT : une voiture taillée pour la littérature.

Ce souci de la voiture juste, Houellebecq le poursuit depuis plusieurs romans et notamment depuis la Possibilité d’une île, en 2005. Son héros, nouvellement riche, s’offre une Bentley Continental GT et l’écrivain détaille sur plusieurs pages la mécanique anglaise, en s’appuyant sur un essai de l’Auto-Journal. Une Bentley qui réapparaîtra quelques années plus tard dans un film, avec, à son volant, Houellebecq lui-même. Dans la dernière scène de l’enlèvement de Michel Houellebecq, il conduit le coupé à près de 280 km/h. Une scène qui, selon le réalisateur, Guillaume Nicloux, n’est absolument pas truquée. Au moment de l’écriture du scénario, ce dernier a demandé à l’écrivain-comédien ce qu’il voulait faire d’exceptionnel dans le film et qu’il ne pouvait pas faire dans la vie. Et de lui suggérer, plutôt que de prendre du LSD, de rouler à 300 à l’heure. L’auteur, enthousiaste, s’est empressé de valider l’idée. Et si la séquence a été tournée à une vitesse légèrement inférieure à la promesse initiale, le réalisateur derrière la caméra n'en était pas moins fébrile.

Parfois l'automobile a une autre qualité que celles qu'on lui reconnaît généralement : elle permet de deviner qui se cache derrière son volant, qu'il soit personnage de roman ou écrivain à succès.

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