1978 : l'ex-Premier ministre italien Aldo Moro assassiné et jeté dans le coffre d'une Renault 4
C'est un jour sombre à jamais gravé dans la mémoire des Italiens. Le 9 mai 1978, l'ancien Président du Conseil Aldo Moro est assassiné par les Brigades Rouges après 55 jours de séquestration. Son corps mitraillé est retrouvé peu après dans une rue de Rome, gisant dans le coffre d'une Renault 4.

C’est l’un des points culminants de la violence aveugle qui sévit à cette époque sur l’Italie depuis une bonne dizaine d’années. C’est un marqueur fort de cette période sombre où les actes terroristes (perpétrés par des groupes révolutionnaires se revendiquant de l’extrême gauche comme de l’extrême droite) font subir à l’Italie « anni di piombo », des « années de plomb ».
9 Mai 1978, en fin d'après-midi. Un modèle de voiture assez inhabituel dans les rues de Rome, une Renault 4 de couleur rouge immatriculée « Roma N5 7686 », est remorqué par la fourrière sous la surveillance de policiers et de carabiniers. Une foule de badauds, encore médusée, assiste à la scène.
Quelques heures plus tôt, c’est ici, dans la tranquille Via Caetani, une ruelle à sens unique du centre historique de la capitale italienne, qu’un corps a été découvert, enveloppé dans des couvertures. En ouvrant le hayon de cette mystérieuse 4L, les enquêteurs ont retrouvé à l'arrière, au milieu du seuil de chargement, le cadavre criblé de balles d’une personnalité politique de premier plan.
Aldo Moro, cible des terroristes

Il s’agissait d’Aldo Moro, 61 ans, ancien Président du Conseil (ndlr : équivalent de Premier ministre), celui qu’un commando des Brigades Rouges avait enlevé le 16 mars précédent. Cela s’était passé Via Fani, dans le nord-ouest de Rome.
Alors que l'ancien chef de gouvernement était en route vers le Parlement à bord d'une Fiat 130 bleue de fonction, précédé par une Alfa Romeo Alfetta blanche qui ouvrait la voie, une Fiat 128 s’était soudain mise en travers de la route.
Aussitôt, plusieurs individus armés jusqu’aux dents étaient sortis de cette berline aux fausses plaques diplomatiques. Ils avaient abattu froidement cinq des gardes du corps d’Aldo Moro puis avaient fait monter ce dernier dans leur second véhicule, une Fiat 132 qui sera abandonnée quelques minutes après, deux kilomètres plus au sud.
A l’enlèvement de Moro et au contexte sinistre de son rapt s’était donc ajoutée ensuite une longue prise d’otage. Une captivité qui avait tenu toute l’Italie en émoi et en haleine depuis des semaines. Personne, pourtant, n’osait imaginer que cette interminable séquestration se terminerait à son tour par une issue sanglante. Et pourtant...
Rapt à l'issue tragique

Le 9 mai, c’est à la suite d’un coup de fil anonyme, revendiqué a posteriori par les Brigades Rouges, que la police est prévenue de la mort de Moro. Les auteurs de cet appel téléphonique indiquent que son corps se trouve Via Caetani, à l’arrière d’une voiture de marque Renault.
Le choix de cette rue, a priori sans importance, ne devait en fait rien au hasard. Il était au contraire tout un symbole aux yeux de l’organisation terroriste. La Via Caetani, en effet, se trouvait à mi-distance entre le siège du Parti communiste et celui du Parti Démocratie Chrétienne, les deux formations qui étaient à ce moment-là à la tête du pouvoir italien avec Giulio Andreotti pour chef de gouvernement.
Or, depuis l’enlèvement de l’ancien Président du Conseil, l’union politique de circonstances à la tête du pays avait refusé de céder au chantage des Brigades Rouges. Ce chantage exigeait la libération de camarades terroristes en échange de la vie sauve pour Moro.
La R4 d'un entrepreneur local

Face à l'inflexibilité de l'Etat, les preneurs d'otages avaient franchi une nouvelle ligne rouge en mettant leur menace à exécution... La 4 L dans laquelle le cadavre du politicien reposait était stationnée juste derrière une Fiat 500. Le long du trottoir d’en face, il y avait plusieurs modèles de berlines Fiat 124 ou 131. La citadine française aux aptitudes utilitaires était datée de 1968, la première génération de Renault 4 à intégrer les phares dans une calandre chromée élargie.
La voiture avait été volée par des membres des Brigades rouges le 1er mars 1978. C’était 15 jours avant que Moro ne soit enlevé. Ses plaques avaient été changées entre-temps. En enquêtant, les policiers ont pu identifier le propriétaire.
Il s'agissait de Filippo Bartoli, entrepreneur du bâtiment. Il avait acheté le véhicule d’occasion en 1971 pour environ 900 000 lires (3200 francs de l'époque, soit un peu moins de 600 euros) et l'utilisait depuis au quotidien pour transporter des matériaux et des outils sur ses chantiers.
Bartoli, qui n'avait aucun lien avec les assassins, avait signalé le vol de sa 4L à la police, espérant revoir sa voiture rapidement. Mais il avait dû se résoudre à rester sans nouvelles, jusqu’à ce dramatique 9 mai, où, comme le reste de l’Italie, il réalisa à quoi sa voiture avait hélas servie...
On apprit que le matin de cette macabre découverte, les preneurs d’otages s’étaient rendus dans un garage de la Via Montalcini, une rue du sud-ouest de Rome, à 8 km de la Via Caetani. C’est dans ce parking qu’ils avaient jeté comme un sac la victime dans le coffre de la 4L. Aldo Moro avait vraisemblablement été tué dans la nuit ou la veille au soir.
Voiture mémorielle au musée

La Renault 4 de la Via Caetani, avec son compteur kilométrique arrêté à 253 839 kilomètres, devint alors malgré elle et pour toujours l’un des symboles des années de plomb en Italie. Après avoir été démantelée par les démineurs puis passée au crible par la police scientifique, elle fut restituée lontgtemps après à son propriétaire, dans un état...hors d'usage.
Filippo Bartoli décida pourtant de la garder précieusement pendant des années, la protégeant sous une bâche sur un terrain privé aux portes de la capitale. Attaché à la mémoire d’Aldo Moro, au respect de l’homme d’Etat, il refusa de se séparer de cet exemplaire devenu un « témoin de l’histoire ». Il alla jusqu’à décliner de nombreuses offres de rachat venues de collectionneurs ou de producteurs de cinéma.
Dans cette logique, peu avant sa mort en 2013, l’entrepreneur choisit de faire don de sa R4 aux autorités. Restaurée avec soin, elle est aujourd'hui exposée pour la mémoire au Musée des véhicules de la police d'Etat, à Rome.
















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