Accidentologie des cyclistes - Droit de réponse du Ministère de l'Intérieur

DROIT DE REPONSE. À la suite de la publication de notre article "Avec la petite reine, le roi sécurité routière est nu", nous avons reçu une lettre du délégué interministériel de la Sécurité routière, Emmanuel Barbe, qui entend réagir. Nous la publions ci-dessous intégralement. 

Paris, le 29 août 2017

Monsieur,

L'article signé d'André Lecondé intitulé « Avec la petite reine, le roi sécurité routière est nu » mis en ligne sur le site de Caradisiac le 25 août dernier, à midi, met gravement en cause la délégation à la sécurité routière que j'ai l'honneur de diriger depuis maintenant plus de deux ans. Compte tenu des attaques personnelles à caractère diffamatoire, voire injurieuses, contenues dans cet article, je vous mets en demeure de publier, sans coupures et sans commentaires, et avec la même visibilité sur votre site, le texte ci-dessous au titre du droit de réponse.

Dans l'article « Avec la petite reine, le roi sécurité routière est nu », André Lecondé, s'obstine à réduire la sécurité routière en deux camps hostiles : d'un côté, de bons automobilistes martyrisés par des pouvoirs publics qui, je le cite, « vouent aux gémonies la voiture » et de l'autre, des cyclistes imprudents pour lesquels tout serait toléré.

La réalité est bien différente, bien loin du schéma simpliste et manichéen brossé par André Lecondé. Encore faut-il avoir le courage de s'y pencher, plutôt que de se satisfaire d'anathèmes de comptoir et de jeux de mots faciles (confèrer le titre de l'article).

Qu'en est-il donc ? En 2016, 162 cyclistes ont été tués sur les routes françaises. C'est 5 fois moins que le nombre d'usagers de deux-roues motorisés, et 12 fois moins que le nombre d'automobilistes tués sur nos routes. Ces chiffres seuls me semblent suffisants pour faire comprendre qu'une politique de sécurité routière responsable pourrait difficilement ne pas tenir compte de ces catégories d'usagers motorisées ?

Ces 162 cyclistes tués ne se sont en général pas tués tout seuls : 86 % l'ont été par un usager de la route motorisé. En cas de décès après collision avec une voiture, le conducteur de la voiture a été reconnu responsable dans 60 % des cas. Personne cependant, et surtout pas la sécurité routière, ne conteste que des imprudences sont commises par les cyclistes. S'ils pouvaient être les seuls...

Vous affirmez que je reste muet devant la mortalité des cyclistes et vous ajoutez : « pire, il est complice de cette mortalité ». Ces propos seraient inadmissibles s'ils n'étaient pas d'abord risibles.

Comme vous le rappelez, les pouvoirs publics ont récemment introduit l'obligation du port du casque pour les moins de 12 ans. C'est la première fois que des obligations d'équipements ont été imposées aux cyclistes. Je ne doute pas que les parents, ainsi sensibilisés à cette protection importante pour leurs enfants, n'en viennent à l'adopter, spontanément ou incités par leur enfant à le faire. Mais il est vrai que l'obligation du port du casque pour tous les cyclistes pose d'autres problèmes. J'observe d'ailleurs que les pays où la pratique de la bicyclette est la plus développée n'ont pas fait ce choix. Il reste que la sécurité routière incite fortement tous ceux qui font de la bicyclette à porter un casque. Enfin, la question de l'acceptabilité des règles est importante pour toute politique publique, et plus particulièrement pour la sécurité routière. Les règles qui aujourd'hui paraissent évidentes, comme par exemple le port de la ceinture de sécurité, étaient considérées en leur temps comme liberticides. Je ne sais pas s'il l'a fait, mais André Lecondé aurait pu l'écrire en son temps...

L’accidentalité des cyclistes, comme celle de tous les usagers de la route, motorisés ou non, est une préoccupation constante de la Sécurité routière. Elle a co-signé cet été avec le Tour de France une vaste campagne intitulée « La route se partage », appelant usagers motorisés et cyclistes à adopter les uns envers les autres un comportement respectueux et prudent.

Contribuer à l'inverse à vouloir dresser les uns contre les autres, comme le propose André Lecondé, est aussi dangereux qu'irresponsable. Il ne vous aura pas échappé, parmi les faits divers de l'été, qu'un automobiliste a poursuivi jusque sur le trottoir un concurrent du Tour de France et a écrasé son vélo, manquant de peu de le blesser. La lecture de votre article est susceptible de favoriser chez certains lecteurs fragiles ce type de comportement. Qui est, dans ces conditions, « complice de la mortalité des cyclistes » ?

Emmanuel BARBE

 

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