Quand le patron de Byd utilise les méthodes d’Elon Musk pour convaincre les marchés
Face à la chute de son cours de Bourse et au coup de mou du marché chinois, Wang Chuanfu sort l’artillerie lourde. Le fondateur de BYD promet de hisser son groupe au premier rang mondial d’ici 2030. Un coup de bluff ultra-optimiste qui rappelle les déclarations péremptoires d’Elon Musk, mais qui se heurte à une réalité bien plus complexe : pour terrasser Toyota, le constructeur va devoir multiplier ses ventes par 4 d’ici 4 ans.

Il est moins loquace, et moins connu que son épouse, Stella Li, vice-présidente de Byd. À elle les relations publiques et l’international, et à lui, Wang Chuanfu, président et fondateur, de se charger des marchés. Et c’est à ce titre qu’il s’est adressé, en début de semaine, à ses actionnaires.
Et le discret s’est soudain transformé en hableur en déclarant sans ambages que son groupe (Byd, Denza et Yangwang) sera, en 2030, le premier constructeur mondial. Rien de moins.
Une méthode, et une manière ultra-optimiste de prédire l’avenir qui n’est pas sans rappeler les déclarations à l’emporte-pièce d’Elon Musk tentant de rassurer les marchés. Une méthode qui a d’ailleurs porté ses fruits et permit une envolée en bourse de Tesla que Wang Chuanfu reproduirait bien.
Objectif : dépasser Toyota
Sauf que ce n’est pas la première fois qu’il annonce ce genre de couleur, puisqu’en 2010 déjà, 7 ans seulement après avoir lancé sur les routes sa première voiture, il se voyait déjà maître du monde en 2015. Onze ans plus tard, il n’est que sixième dans ce classement dominé par Toyota et ne fabrique que 4,6 millions d’autos, alors que le Japonais en produit 11,3 millions.
Mais le patron a la foi, sent que l’électrique est devenu adulte, ou presque, et que la bascule de la fin du thermique se rapproche. Alors il entend enfoncer le clou avec un argument selon lui imparable : le contrôle de toute la chaîne économique, de la mine de lithium jusqu’à l’assemblage des autos avec, notamment, des batteries qu’il fabrique, utilise, et revend à d’autres constructeurs.
Un argument qui peut évidemment faire mouche, d’autant que les ventes de batteries dégagent aujourd’hui plus de marges que la division automobile. Mais le parcours d’obstacles risque d’être ardu pour que Byd accède au sommet puisqu’il doit tout simplement multiplier par 4 ses ventes d’ici 4 ans sans qu’il ne soit aidé par son pays natal.
Car non seulement Pékin a, officiellement du moins, retiré ses subventions aux constructeurs automobiles privés, mais en plus, le marché local n’est pas au mieux. Les ventes ont baissé de plus de 20 % depuis le début de l’année et celles de Byd sont du même tonneau.
L’Europe en point de mire
La Chine est en surproduction et compte notamment sur l’Europe pour se refaire une santé, puisque les États-Unis ont mis en place des taxes douanières de 102,5 % à l’importation. En comparaison, les 27 % exigés par l’UE sont donc une paille. D’autant que pour y échapper, Byd compte bien ouvrir plusieurs usines chez nous. Ce qui nécessitera du temps alors que Wang Chuanfu a lancé son chronomètre pour dominer la planète.
À ces obstacles s’ajoutent une concurrence de plus en plus féroce en Europe, ou les marques chinoises se concurrencent entre elles et d’autres groupes comme Geely, Saic (MG) et Chery (Jaecoo et Omoda) entendent eux aussi rafler une part du gâteau du Vieux Continent.
Évidemment, le patron de Byd connaît toutes ces difficultés. Comme il connaît la versatilité des marchés. Le cours du groupe a baissé de 45 % à Hong-Kong depuis un an et il sait que ses actionnaires n’attendent qu’une note d’espoir pour être rassurés. Quitte à faire replonger le cours dès qu’un vent mauvais souffle à nouveau.












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