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Limiteur de vitesse obligatoire : « 95% de fiabilité, ce n’est pas tant que ça ! »

Dans Pratique / Sécurité

Dans une interview exclusive pour Caradisiac, le patron des systèmes d’aide à la conduite du groupe Stellantis évoque les difficultés que pose la mise au point du « super-limiteur » de vitesse obligatoire à partir de juillet 2022.

Limiteur de vitesse obligatoire : « 95% de fiabilité, ce n’est pas tant que ça ! »

Vincent Abadie, Vice-Président et Maître-expert ADAS (aides à la conduite) et conduite autonome du groupe Stellantis, évoque avec Caradisiac le développement du système d’Adaptation Intelligente de la Vitesse (AIV), ce « super-limiteur » qui sera obligatoire en Europe sur toutes les voitures homologuées à partir de juillet 2022.

Même si cette aide à la conduite, à laquelle Caradisiac a récemment consacré une enquête, ne fait « que » combiner des technologies déjà existantes, en l’occurrence la lecture des panneaux par caméra et la localisation de la voiture par puce GPS, sa mise au point représente un défi d’ampleur pour les constructeurs automobiles. « Quoiqu’il arrive, en aucun cas le système ne doit faire courir de risques aux occupants du véhicule », avertit Vincent Abadie.

Limiteur de vitesse obligatoire : « 95% de fiabilité, ce n’est pas tant que ça ! »

Caradisiac: L’AIV, cette aide à la conduite que l’on désigne comme un super-limiteur de vitesse, sera installée sur les voitures homologuées à partir de juillet 2022. Le choix de sa définition technique appartient à chaque constructeur, mais pouvez-vous nous dire vers quoi le groupe Stellantis se dirige ?

Limiteur de vitesse obligatoire : « 95% de fiabilité, ce n’est pas tant que ça ! »

Vincent Abadie: Nous installerons un système combinant la lecture des panneaux par caméra et les informations du GPS. Les données fusionnées de la sorte sont plus complètes que celles de la seule cartographie, sachant que nous visons un taux de fiabilité supérieur à 95%. Nous cherchons à réduire au maximum le risque de donner une mauvaise info au conducteur.

Or, ces mauvaises infos peuvent avoir pour origine une cartographie pas à jour, des travaux, des signalisations temporaires diverses, des limitations qui évoluent pour diverses raisons. Il y a aussi le jeu des vitesses implicites, avec des évolutions des limitations comme récemment le passage de 90 à 80 km/h ou inversement, sans que ce soit matérialisé comme il le faudrait. 

 

La façon de régler cette question des infos erronées est-elle du seul ressort des constructeurs ?

Plus de 95% de fiabilité, ça peut paraître beaucoup, mais ce n’est pas tant que ça. Et cela signifie que vous pourriez avoir à circuler pendant quelques dizaines de secondes avec une mauvaise info. Même si cela est rare, nous devons faire en sorte qu’il n’y ait pas de désagrément pour le conducteur.

Pour autant, nous considérons que le véhicule ne peut pas tout porter et que la qualité de l’infrastructure routière joue un rôle primordial. Nous avons actuellement pas mal de discussions avec le législateur sur ce thème, et nous pensons aussi que les autorités publiques et gestionnaires d’infrastructures doivent être très impliqués.

Il y a par exemple des zones où les variations de vitesse sont très nombreuses, notamment en ville. Il y a aussi des cas où les limitations sont ambiguës, avec des panneaux mal orientés. Dans certains pays européens avec une infrastructure routière moins bien développée, on a une signalisation assez complexe qui ne facilite pas les choses pour le système.

Cela est aussi vrai en France, même si c’est dans une moindre mesure. Or, si la voiture délivre de mauvaises informations visuelles et sonores au conducteur, c’est à la fois un problème technique, un problème de sécurité, et un problème d’agrément.

 

Concrètement, comment fonctionneront vos alertes ?

Il y aura d’abord des avertissements visuels au tableau de bord en cas de vitesse excessive, et ceux-ci seront complétées par des alertes sonores. Nous menons de très nombreuses études sur l’acceptabilité de ces systèmes, sachant que le choix du mode de déclenchement des alertes, en particulier sonores, est encore en cours de définition pour arriver à la meilleure solution

Nous devons prendre en compte que si l’alerte sonore est trop forte ça peut être gênant. Si de plus elle arrive de manière intempestive, inopinée, c’est désagréable et ça va poser des problèmes de qualité vis-à-vis du client. Il faut que nous définissions une alerte sonore légère, perceptible mais pas agressive.

 

Le texte de loi évoque aussi une pédale d’accélérateur qui vibrerait légèrement en cas de dépassement des limitations. C’est envisageable ?

Cette solution présente l’avantage de ne concerner que le conducteur, contrairement aux alertes sonores dont tous les passagers profitent. C’est très ciblé, mais on peut se poser de la question de l’efficacité réelle, en particulier quand on circule au régulateur.

Il y a aussi la solution du limiteur de vitesse qui rendrait la pédale d’accélérateur moins réactive de manière automatique. Mais cela nous gêne un peu car ça peut être dangereux, comme par exemple quand vous vous trouvez sur une voie d’accélération pour l’autoroute.

Imaginez le cas où le dernier panneau aperçu par la caméra de la voiture, au début de cette voie, indiquait une limitation à 50, et que le dans le même temps le GPS ne localise pas suffisamment précisément le véhicule, ce qui est possible compte tenu de la précision d’un GPS qui est de plusieurs mètres. Et là, il n’y a pas de panneau qui fait la jonction avec les 130 km/h. C’est une phase où vous devez accélérer pour vous insérer dans le trafic, et il ne faudrait pas que votre véhicule estime le contraire !

Par ailleurs, on peut considérer les utilisateurs habituels du Limiteur de Vitesse Volontaire (LVV) connaissent bien le kick-down, qui impose d’appuyer à fond sur la pédale pour outrepasser la consigne de vitesse, mais ce n’est pas forcément le cas de tout le monde.  En cas d’urgence, un conducteur pourrait se trouver démuni pour pouvoir accélérer. Quoiqu’il arrive, en aucun cas le système ne doit faire courir de risques aux occupants du véhicule. Et ce, quel que soit le conducteur.

 

Vous tâtonnez encore ?

Nous sommes en train de finaliser la conception du système pour trouver les compromis à faire. Nous devons traiter pas mal de cas de figure, comme par exemple le cas des routes adjacentes. Là, inutile d’aller loin pour constater les difficultés : sur l’A86 dans le secteur de Vélizy, à côté des locaux de Stellantis, vous avez des routes avec des panneaux 90 et 50 adjacents qui représentent un véritable « piège » pour le système AIV.

Ce type de sujet fait l’objet d’algorithmes spécifiques que nos ingénieurs développent. Nous devons nous assurer que c’est le cas pour le maximum de cas de ce type et qu’en toute circonstance on assure la sécurité et la qualité.

Je vais vous donner un autre exemple : si vous regardez le texte de loi adopté en novembre, vous y trouvez la liste de tous les panneaux de toutes les routes d’Europe où le système doit être en mesure fonctionner. Le problème, c’est que nous avons circulé dans certains des pays concernés sans jamais y croiser certains des panneaux concernés !

 

Le système sera-t-il au point en juillet ?

Oui il le sera et nous y travaillons, avec le constant souci des retours qualité de la part des clients. Il faut savoir par ailleurs que ces recherches exigent d’énormes travaux de développement pour les constructeurs, ce qui coûte extrêmement cher sans que cela ne doive se répercuter sur le prix final des véhicules.

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