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Chauffeurs VTC : un nouveau type de contrat professionnel pour mettre fin aux dérives d’un secteur rongé par la précarité et les fraudes 

Dans Flottes auto / Mobilité pro

Lionel Bret

Face à une explosion du nombre de chauffeurs et une fraude qui pèse lourdement sur les comptes de l’État, de nouveaux modèles émergent pour tenter de réguler un secteur aux frontières du salariat.

Chauffeurs VTC : un nouveau type de contrat professionnel pour mettre fin aux dérives d’un secteur rongé par la précarité et les fraudes 
Manifestation des chauffeurs de VTC à Lyon le 10 juin 2025 pour protester contre les pratiques de certaines plateformes ©Le Progrès Maxppp

Ils sont le visage de la mobilité urbaine contemporaine, pourtant leur réalité quotidienne se dessine souvent dans l’ombre d’une précarité croissante.

En 2024, la France comptait quelque 71 300 chauffeurs VTC  actifs, marquant une progression fulgurante de 27 % en un an. Mais derrière ce dynamisme, la profession s’enfonce dans une crise structurelle profonde, mêlant insécurité juridique et dérives systémiques.

Le « Far West » juridique de l’ubérisation

Le statut des chauffeurs VTC, officiellement indépendants, demeure une zone grise permanente. Si en 2020, la Cour de cassation avait jeté un pavé dans la mare en qualifiant de « fictif » le statut d’un chauffeur Uber, la haute juridiction a opéré une volte-face remarquée en 2025. En refusant cette fois de requalifier des chauffeurs de la même société Uber, en salariés. Le lien de subordination, n’avait cette fois pas été caractérisé.

De quoi prolonger une insécurité juridique dénoncée par les syndicats VTC comme un véritable « Far West numérique ».

Face à cette instabilité, le ministère des Transports a dû se résoudre à lancer une mission d’inspection. L’objectif est double : étudier un moratoire sur le nombre de véhicules et durcir les contrôles des sociétés gestionnaires de flottes.

Un gouffre financier pour les finances publiques

Au-delà de la question sociale, l’ampleur de la fraude alerte les autorités. Le Haut Conseil du financement de la protection sociale (HCFIPS, 2022) révèle qu’environ 90 % des chauffeurs sous-déclarent leurs revenus à l’Urssaf. Plus inquiétant encore, un quart d’entre eux ne déclarerait absolument rien.

L’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) estime le manque à gagner à 70 millions d’euros en 2022. Les pertes pourraient dépasser 100 à 150 millions d’euros en 2025. L’ampleur de la fraude fiscale (TVA et impôt sur le revenu) serait quant à elle de l’ordre de 200 millions d’euros annuels.

Les mécanismes identifiés par la commission sénatoriale (rapport Alain Duffourg, novembre 2025) montrent un système organisé : contournement du registre VTC, travail dissimulé, recours à des chauffeurs irréguliers, sociétés éphémères et absence de cotisations, souvent au détriment de la sécurité publique (véhicules non conformes, conducteurs non assurés).

Le salariat-indépendant une voie viable ?

Dans ce paysage, une alternative tente de s’imposer : le modèle de l’« entrepreneur-salarié », soutenu notamment par la startup française Stairling. Celle-ci, structurée autour d’une coopérative d’activité et d’emploi, propose un contrat en CDI qui concilie l’autonomie de l’indépendant et la protection du salarié (maladie, chômage, retraite). Pour les chauffeurs, le prix de cette sérénité est une commission de 20 % reversée à la structure.

Selon les estimations de Stairling, la bascule de 30 000 chauffeurs vers ce modèle permettrait à l’État de recouvrer jusqu’à 210 millions d’euros de recettes fiscales et sociales par an. Une mutation qui, si elle se généralise, pourrait apaiser les tensions d'un secteur en quête de respectabilité.

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