Dacia prive-t-il les Français de la meilleure version de son Bigster : le diesel ?
Le Bigster est le dernier hit de Dacia en France, avec un démarrage des ventes tonitruant, à tel point qu’il cannibalise un peu le Duster. Mais chez nous, il n’est proposé qu’en essence et en hybride. Pourtant, une version diesel existe ! Nous sommes allés l’essayer au Maroc pour vous. Alors doit-on regretter qu’il ne soit pas vendu en France ? La réponse est assez claire.

Chez Dacia, le diesel, c’est fini depuis longtemps sur les Sandero et Jogger, et ce carburant est définitivement mort avec la disparition du Duster 2, remplacé par une dernière génération qui ne propose que des motorisations GPL, full hybrides ou micro-hybrides.
Mais ça, c’est uniquement vrai pour l’Europe, et la France. Car il existe encore des pays où le Duster est vendu avec un moteur diesel. Et le Bigster, son émanation rallongée et plus huppée, roule dans les traces de son petit frère. Disponible en France uniquement en full hybride et micro-hybride (et GPL/micro-hybride depuis peu), il ne se prive pas pour autant d’un moteur diesel, mais qui n’a pas trouvé le chemin de l’Hexagone. Il n’est disponible avec ce carburant qu’en Afrique du Nord, et en l’occurrence au Maroc, où nous sommes allés l’essayer pour vous, avec quelques questions en tête.
Déjà, est-ce une bonne version, comparée aux hybrides ? En conséquence, n’est-il pas dommage que Dacia ne l’importe pas officiellement en France ? Et enfin : si jamais on le voulait, peut-on facilement l’importer chez nous par nos propres moyens ?
De cette virée entre Casablanca et Marrakech, nous sommes revenus avec des réponses.

Cette motorisation diesel, vous l’aurez compris, elle est déjà refusée chez nous au Duster de troisième génération. Mais, curieux de savoir ce que ça donnait, nous étions déjà venus ici même au Maroc pour essayer une version dCi. C’est Alexandre Bataille qui vous avait régalé de son essai. Et nous avions senti que chez vous lecteur, il y avait aussi de l’intérêt. Une majorité de commentateurs appelaient de leurs vœux un Duster diesel en France.
Du coup, on s’est dit qu’aller voir ce que donnait son grand frère le Bigster, avec la même motorisation, cela pouvait vous intéresser. Car cette nouveauté du constructeur franco-roumain connaît son petit succès en France. Depuis le début de l’année, quand il se vend 2 Duster, il se vend 1 Bigster, une proportion élevée pour un véhicule plus imposant et vendu en moyenne 2 800 € plus cher…

Le Bigster diesel est avant tout un Bigster : le meilleur modèle de Dacia aujourd’hui
Direction donc Casablanca, la perle du Maroc, la ville blanche, où nous récupérons au parc presse de Dacia un Bigster 1.5 dCi 115 ch en finition Journey. Sans plus attendre, direction Marrakech, la ville rouge, où nous avons prévu de tourner nos images, plus précisément dans le désert d’Agafay.
L’arrivée sur place est grandiose, avec les montagnes aux sommets enneigés du Haut Atlas en toile de fond, et les collines ocres de pierre qui nous accueillent, offrant un décor parfait pour s’y poser et faire le tour de l’auto.

Le Bigster, on le connaît bien. Version rallongée du Duster, il s’étire sur 23 cm supplémentaires, soit 4,57 m, et propose évidemment plus de place pour les passagers (+ 4 cm d’empattement) et pour les bagages (667 dm3, soit + 150 litres vs Duster, et même 1 937 litres banquette rabattue).
Esthétiquement, il adopte la même face avant, avec son nouveau logo et des feux à signature lumineuse en forme de flèche. Seul le bouclier ton caisse et non plus en plastique brut recyclé est différent. Le profil s’orne d’une pièce peinte sur les ailes quand elle est là encore en plastique brut sur le petit frère, et on constate évidemment l’étirement des lignes. Sur le montant arrière, Dacia a apposé le nom de son produit. À l’arrière, on voit apparaître un bandeau noir entre les feux, mais ces derniers sont identiques.


Un habitacle plus cossu et mieux équipé
L’habitacle, lui, est sans surprise calqué sur celui du Duster, à l’exception de l’insert en plastique en face du passager, où la mention « Duster » disparaît, au profit d’une… absence de mention. Mais sinon tout est identique, y compris la profusion de plastiques durs, et la qualité de finition moyenne. Mais c’est solidement assemblé, et ça ne bouge pas.

Ce qui change par contre, ce sont les possibilités d’équipement. Le Bigster n’est pas simplement un Duster rallongé. Il propose aussi d’inédits équipements de confort, comme l’instrumentation numérique 7 ou 10 pouces, le grand toit ouvrant panoramique vitré, le hayon électrique, ou la climatisation bi-zone, des équipements qui lui sont réservés, et qui le rendent bien plus cossu et confortable, d’autant que l’insonorisation a été renforcée, c’est une évidence quand on roule avec.

Mais pour cet essai, l’important se situe sous le capot, soutenu par des vérins et non une simple tige (bien vu). C’est donc le fameux diesel qui nous est refusé ici en France. Il s’agit du bien connu 1.5 dCi, en version 115 ch, et 260 Nm de couple. Il pointe à 180 km/h en vitesse maxi et franchit le 0 à 100 km/h en 10,2 secondes, ce qui n’est somme toute pas ridicule. Il est donné pour 4,7 litres/100 de consommation moyenne et 123 g de CO2 par km. S’il était vendu en France, il écoperait d’un petit malus de 400 €. Et il est accouplé à une boîte mécanique 6 rapports uniquement. Ce moteur on le connaît bien, mais que donne-t-il sous le capot du Bigster, le plus lourd des modèles Dacia (1 425 kg minimum, soit 75 kg de plus qu’un Duster)
Le Bigster est à l’aise sur tous les terrains, et économe en carburant
Les quelques pistes empruntées dans ce quasi-désert d’Agafay permettent déjà de jauger des capacités de ce Bigster diesel hors des sentiers battus. Avec une garde au sol de 22 cm, cela laisse de la marge dans les ornières et permet de passer à peu près partout sans racler. Les 260 Nm de couple du bloc 1.5 dCi permettent aussi de ne pas manquer de force dans les pentes raides, mais il faut parfois revenir en première, qui est assez courte (pas de gamme courte et longue cependant), pour relancer. Et puis, ça secoue un peu mais le Bigster garde un certain niveau de confort. Le débattement des suspensions est correct et ce SUV compact est même capable de petits « croisements de ponts » (voir vidéo), un terme impropre puisque la suspension avant est indépendante, tandis qu’à l’arrière, on a affaire à un essieu de torsion.

Sachez-le également, cette version gazole n’existe pas en 4x4 ! C’est une traction, avec toutes les limites qui vont avec en conduite hors-piste. D’ailleurs, il aura suffit d’un demi-tour un peu large dans le lit d’un oued pour se retrouver enlisés. On s’en est sortis tout seul, mais avec difficulté, quand ça n’aurait été qu’une formalité pour la version 4x4, qui n’existe en France qu’en hybride/GPL.
Le Bigster dCi peut donc se permettre quelques escapades hors bitume, mais il ne faudra pas trop lui en demander, et éviter les sorties sur terrain glissant.
Après nos prises de vue, le soleil se couchant, dans de magnifiques lumières, nous retournons à Marrakech pour une nuit bien méritée, après un somptueux dîner typiquement marocain chez Sahbi Sahbi, un restaurant uniquement tenu par des femmes, et ne proposant que des recettes traditionnelles, transmises de mères en filles depuis des générations. Un véritable délice, pour environ 500 dirhams par personne (environ 46 euros). Mais loin de nous l’idée de jouer les guides du routard, l’adresse méritait juste une bonne publicité.
Sobre et confortable sur autoroute, et maniable en ville malgré son gabarit
Le lendemain, nous reprenons la direction de Casablanca, par l’autoroute. Un ruban noir que ne renierait pas la France, tant cette liaison entre la 1ère et la 4e ville du Maroc est moderne et en bon état. L’occasion de constater que le Bigster est taillé pour faire des kilomètres.

Bien mieux insonorisé que le Duster, il est plus reposant. Confortable, suffisamment performant pour doubler rapidement et en sécurité, il est surtout sobre. À 120 km/h de moyenne, il avale 5,4 litres/100 km. Pas mal vu sa surface frontale. Et en moyenne, il peut descendre sans problème sous les 5 litres/100, et s’approcher des 4,7 l/100 homologués. Décidément ce 1.5 dCi reste un vrai chameau. Et sa consommation moyenne plus basse que celle de l’hybride permettrait à des gros rouleurs (30 000 km par an par exemple) de gagner environ 550 € de carburant chaque année. Mais ça, c’était notre calcul fait avant le début du conflit Iran/Israël/USA, lorsque le gazole était moins cher que le sans-plomb. Aujourd’hui, ce ne serait pas rentable, avec un litre de gazole 15 centimes plus cher que le 95-E10 (sic). Mais on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait.
L’arrivée à Casablanca se fait sans encombre, mais une fois entré dans la ville, la circulation chaotique habituelle des grandes villes marocaine se rappelle à notre bon souvenir. Il faut garder les yeux bien ouverts, et avoir la pédale de frein vive et la direction alerte. C’est chacun pour soi, Casablance est comme une gigantesque Place de l’Étoile parisienne.

Mais dans ces conditions, et hormis une consommation qui s’envole à plus de 6 litres, le Bigster diesel se révèle une fois encore agréable. Il est souple, la boîte de vitesses est agréable à manier et bien étagée. La visibilité périphérique est bonne et la position haute aide à lire le trafic. Enfin, le diamètre de braquage de 10,97 m permet de se faufiler aisément et de faire demi-tour sans trop de manœuvres. Reste que dans ces conditions, les versions full hybrides seront encore meilleures, avec des consommations plus basses et des phases de roulage en électrique qui apaisent encore la conduite. Tout le contraire de la conduite autoroutière en somme.
Et nous rendons bientôt notre vaillante monture, après avoir pu poser quelques questions au directeur de Dacia Maroc, Thibault Paland. L’homme nous explique que le diesel, c’est 72 % de part de marché au Maroc, d’une part parce que les clients aiment cette technologie, et la connaissent bien, et d’autre part parce que là-bas, le diesel est 20 % moins cher que l’essence. Et il n’est pas encore tué par les normes, même si le Maroc avance aussi à ce niveau.
Enfin à la question « est-ce que des importateurs français vous sollicitent pour le faire venir en France », la réponse est un non catégorique. « Ce serait économiquement peu rentable » nous explique Thibault. Il faudrait en effet le faire venir au Maroc depuis l’usine de Mioveni en Roumanie, puis le faire repartir en France. Il y a des taxes à payer pour l’importer. Bref, compliqué.
LE BILAN
Au terme de cet essai, que conclure alors. Eh bien que cette version diesel est pétrie de qualités. Elle est sobre, avec un coût d’utilisation bas. Son agrément est de haut niveau avec ce bloc souple et performant, au fonctionnement plus classique que celui du full hybride. Il est même plus agréable en conduite autoroutière. Selon nous, il trouverait largement son public en Europe et en particulier en France.
Mais pour les plus motivés, serait-il possible et facile de procéder à une importation de sa propre initiative ? Possible, oui. Mais facile, pas vraiment, au contraire. Déjà, il faudrait acheter, ou essayer d’acheter hors taxes le Bigster diesel au Maroc. C’est apparemment difficile, il faudrait alors se faire rembourser les taxes. Puis payer le transport, la TVA à 20 % en France, les 10 % de taxe douanière en sus.

Mais ce n’est pas fini. Car puisque le Bigster dCi ne possède pas de certificat de conformité européen, n’étant vendu dans aucun pays de l’Union, il faudrait procéder à une RTI (Réception à titre isolé) auprès de la DREAL de son département. Pour cela, il faut faire inspecter l’auto, la mettre aux normes le cas échéant en remplaçant ou en ajoutant des pièces, lui faire passer un test de pollution (lequel vaut au minimum 2 000 €). Bref, vous l’aurez compris, cela pourrait renchérir le prix de base de 24 400 € au Maroc d’un montant estimé à près de 8 000 €, et même probablement plus. Pas rentable.
La solution serait que Dacia décide de le proposer officiellement dans sa gamme, participant ainsi à une vague de retour du diesel dans certaines gammes des constructeurs en France. Mais rien, vraiment rien n’indique que ce soit prévu par Dacia.
Cela permet donc de répondre à la question du titre : oui, Dacia nous prive probablement d’une des meilleures versions du Bigster. Une conclusion sans trop de surprise identique à celle de mon collègue Alexandre concernant le Duster diesel. N’hésitez pas à nous dire en commentaire si vous, vous seriez client d’une telle version.
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