Votre navigateur ne supporte pas le code JavaScript.
Logo Caradisiac    

Téléchargez nos applications

Disponible sur App StoreDisponible sur Google play
Publi info

Efficacité des 80 km/h : la guerre des chiffres est déclarée

Efficacité des 80 km/h : la guerre des chiffres est déclarée

La Sécurité Routière dit que la baisse la limitation de vitesse a permis d'épargner 116 vies au second semestre 2018. Un chiffre que conteste un comité indépendant mis en place par 40 millions d'automobilistes, qui pointe les incohérences de la Sécurité Routière dans sa méthode d'analyse.

Fin janvier, le chiffre est tombé : selon un bilan certes encore provisoire, 3 259 personnes ont perdu la vie sur les routes en 2018, soit 5,5 % de moins par rapport à 2017. C'est le résultat le plus bas de l'histoire de la Sécurité Routière. Mais dans la publication des données officielles, le plus important était ailleurs et se résume en une simple question : cette embellie est-elle liée aux 80 km/h ?

Forcément, pour la Sécurité Routière et le gouvernement, oui. Elle met déjà un chiffre en avant : 116 vies épargnées grâce aux 80 km/h lors du deuxième semestre 2018. D'autres ne sont pas d'accord. Pour le Comité indépendant d'évaluation des 80 km/h" (CIE), mis en place il y a quelques mois sous l’impulsion de l’association 40 millions d’automobilistes, la réponse est non seulement un peu trop rapide, mais selon tout vraisemblance infondée, a-t-il avancé au cours d’une conférence de presse ce vendredi. Pour le justifier, il explique notamment que les données manquent tout bonnement pour estimer et surtout quantifier aussi vite l’impact de l’abaissement de la vitesse autorisée sur le réseau secondaire.

Efficacité des 80 km/h : la guerre des chiffres est déclarée

Efficacité des 80 km/h : la guerre des chiffres est déclarée

 

 

Le président de ce Comité, Jean-Luc Michaud, déclare : "On a les ‘BAAC’ [Base de données accidents corporels de la circulation] des années antérieures, mais pas celles de 2018… Donc, on ne peut pas dire qu'il y a eu 116 tués de moins au second semestre puisqu'on ne connait pas le nombre de tués sur ce réseau au deuxième trimestre !"  En effet, le nombre de tués sur les départementales au second semestre 2018, "n'existe pas, il n'est pas public", renchérit l'économiste Rémy Prud'Homme, auteur d'une première évaluation des 80 km/h pour le CIE. "Ou bien, ils l'ont et ils le cachent, ce qui n'est pas très joli, ou bien ils ne l'ont pas, et ils l'inventent !"

Comment le résultat de la Sécurité Routière (116 vies épargnnées) a-t-il été calculé ? Elle l'explique simplement ainsi : "en comparaison des cinq dernières années, 116 vies ont été épargnées au second semestre 2018 sur le réseau concerné par la baisse à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée". La méthode n'est pas vraiment détaillée. Elle n'hésite pas à souligner que la baisse a connu "un décrochage" en fin d'année, "dans la période qui correspond à la forte dégradation des dispositifs de contrôle automatiques". D'ailleurs, Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité Routière, n'a pas hésité à dire au micro de RMC fin janvier : "On estime à 60 morts le nombre de morts liés à la dégradation des radars". Pas vraiment de doute, les 80 km/h sont donc efficaces pour le gouvernement.

Efficacité des 80 km/h : la guerre des chiffres est déclarée

Efficacité des 80 km/h : la guerre des chiffres est déclarée

 

 

Fin janvier déjà, le CIE déclarait que mesure n'a pas prouvé son utilité car la mortalité routière était à la baisse avant la mise en place des 80 km/h, avec par exemple un recul de 4,3 % au second semestre 2017 et de 6,9 % au premier trimestre 2018. Un argumentaire qui a mis en colère la Sécurité Routière, qui n'a pas hésité à répondre avec un communiqué de presse au ton virulent, nommé "stop à l'infox".

Elle contestait la méthode, basée seulement sur une analyse de courbes à court terme, sur des chiffres globaux, concernant tous les réseaux. La Sécurité Routière écrivait carrément : "l’accidentologie n’est pas une opinion. Elle est une science. Les prétendus experts du comité indépendant en ignorent les rudiments".

En clair, aucune rigueur scientifique dans le travail du CIE. Mais l'argument de la Sécurité Routière peut faire sourire. Son chiffre de 116 vies épargnées est lui même basé sur une analyse purement statistique et sa méthodologie est floue. On se souvient par ailleurs que dans les arguments employés par la Sécurité Routière dans la campagne de communication avant les 80 km/h, il y avait déjà des chiffres exagérés voire erronés. Donc pour faire une leçon sur la rigueur scientifique, la Sécurité Routière est mal placée, surtout quand son représentant officiel va dire à la radio "on estime".

En réponse du berger à la bergère, le CIE vient d'en remettre une couche en donnant une conférence pour signaler les incohérences de l'analyse de la Sécurité Routière. Le CIE pointe notamment du doigt que le chiffre de 116 vies épargnées fait référene au "réseau concerné par les 80 km/h", hors agglomération et autoroute, dans sa globalité. Il toucherait donc des axes à 70, 80, 90 ou 110 km/h ! Comment tirer alors une conclusion sur le 80 km/h ?

Le CIE souligne aussi que la différence du nombre de décès entre le second semestre 2017 et le second semestre 2018 n'est que de 81 et s'étonne que la Sécurité Routière fasse sans cesse évoluer les périodes de référence, avec des comparaisons parfois basées sur une moyenne de cinq ans, parfois sur l'année d'avant.

Une chose est claire, la Sécurité Routière n'a absolument pas montré que la réduction de 10 km/h a sauvé à elle seule des dizaines de vies. Elle se défendra en avançant que c'est trop tôt. Mais dans sa communication, elle n'hésite pas à faire un lien unique entre 80 km/h et baisse de la mortalité, alors que d'autres raisons peuvent être évoquées, comme les progrès d'équipements des voitures ou une plus simple baisse du trafic.

Reconnaissons que déterminer l'impact précis des 80 km/h est une mission quasi impossible. On en est donc réduit à une bataille de chiffres entre deux camps, aux buts assez manichéens. La mesure reste en tout cas très impopulaire comme peut le constater le Président de la République à l'occasion du grand débat national. Un aménagement devrait être proposé au printemps, en donnant plus de pouvoir de décision aux élus locaux.

SPONSORISE

Dernières vidéos

Toute l'actualité

Commentaires ()

Déposer un commentaire

Pour déposer un commentaire, veuillez vous identifier ou créer un compte.

Identifiez-vous

Se connecter ou S'inscrire

Lire les commentaires

Déposer un commentaire

Pour déposer un commentaire, veuillez vous identifier ou créer un compte.

Identifiez-vous

Se connecter ou S'inscrire