Les voitures puissantes interdites aux jeunes conducteurs : véritable action de sécurité routière ou mesure inachevée ?
Promulguée mi-juillet, la loi RIPOST interdit les voitures surpuissantes aux jeunes conducteurs détenteurs d’un permis probatoire. Ce texte est-il réellement efficace face à la réalité de l’accidentologie routière globale ?

Outre les rodéos urbains et la conduite sous protoxyde d’azote, le volet routier de la loi RIPOST (Réponse Immédiate aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité, la Tranquillité), dans son article 3, interdit aux néoconducteurs la possibilité de conduire « une voiture puissante ».
Cette réforme législative se veut une réponse à de récents faits dramatiques impliquant la mise à disposition de bolides surpuissants à de très jeunes conducteurs.
Le spectre de récents drames
En juin 2022, sur l’A7 au niveau de Loriol (Ardèche), un jeune conducteur de 19 ans envoyait dans les glissières une Ferrari 488 GTB louée pour un mariage. En 2024 dans la région lyonnaise une jeune automobiliste de 20 ans au volant d’une Mercedes AMG C63 de location fait plusieurs blessés. Plus récemment En février 2025, une Volkswagen Golf R de 333 chevaux lancée à plus de 100 km/h dans une zone limitée à 30 km/h percute mortellement une jeune femme de 23 ans…
"On ne met pas une Formule 1 entre les mains d’un pilote qui vient d’obtenir son volant. C’est de l’inconscience pure" tonne le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.
Ce que prévoit le dispositif
L’article 3 de la loi RIPOST interdit tout jeune conducteur de prendre le volant d’un bolide. Il est désormais interdit d’attribuer, de mettre à disposition ou de louer à un conducteur durant la période probatoire du permis de conduire « une voiture puissante ».
Même avec un permis valide, le contrevenant est considéré comme circulant sans titre de conduite valide pour cette catégorie de véhicule et encourt une sanction de 15 000 € et un an d’emprisonnement.
La loi vise également les loueurs et les plateformes d’intermédiaires. En cas d’infraction ces services de location s’exposent à une contravention de 5ᵉ classe, pouvant atteindre 1 500 euros, et le double en cas de récidive.
Reste que pour l’heure la puissance maximale autorisée n’est pas définie. Elle devrait l’être officiellement, par décret, à l’automne. De quoi entretenir un floue juridique jusqu'à cette date.
La sécurité routière par le petit bout de la lorgnette
Au-delà des intentions politiques, l’examen des données chiffrées de l’Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière (ONISR) montre qu’une infime minorité des véhicules de forte puissance sont au quotidien entre les mains de néophytes. La puissance moyenne des voitures conduite par des jeunes impliquées dans un accident est de 94 chevaux (2022) et les deux-tiers conduisaient une voiture de moins de 90 chevaux. Seul 1 jeune conducteur sur 5 se trouve au volant d’un véhicule de plus de 110 chevaux lors d’un sinistre. En revanche, 35 % des néoconducteurs impliqués dans un accident mortel, étaient au volant d’une voiture âgée de 15 ans ou plus.
Une mesure pertinente mais largement insuffisante
Compte tenu de la réalité sur les routes, la loi aura un impact marginal sur le volume global des accidents quotidiens. Son utilité réside dans la neutralisation d’un phénomène de surrisque accidentogène.
La loi Ripost fait le choix du durcissement pénal en faisant l’impasse sur le volet formation/prévention. Certes la conduite accompagnée ou supervisée permet aux apprentis d’engranger de l’expérience sur les routes et après obtention du permis d’avoir moins d’accidents. Mais cela ne concerne que 30 % des élèves conducteurs. La majorité passe le permis en suivant le cursus « classique », une formation minimale de 20 heures de conduite, davantage axée sur le respect des règles théoriques sue sur l’appréhension des situations à risque, contrairement à plusieurs de nos voisins européens.
Le surcoût de la formation en question
En Finlande et Suède (entre 20 et 27 décès par millions d’habitants VS 44 pour l’UE et 46 pour la France), avant de pouvoir se présenter à l’examen du permis, les candidats doivent obligatoirement suivre un apprentissage à la conduite sur piste glissante (Halkbana). Il y expérimente le freinage d’urgence avec et sans ABS, la perte d’adhérence et l’évitement. Au Luxembourg et en Autriche, les jeunes conducteurs doivent, dans les mois qui suivent l’obtention du permis, effecteur une journée de stage obligatoire sur circuit fermé, pour tester les limites physiques de son propre véhicule.
En France, le stage « post-permis » optionnel (depuis 2019) permet de réduire la période de probation. Mais la pédagogie, tournée vers la sensibilisation aux risques rotiers et à la surconfiance au volant se faite exclusivement en salle, sans aucun exercice physique à bord d’une voiture.
Pour être pleinement efficace, la loi RIPOST aurait gagné à être accompagnée d'un volet formation et prévention poussée dès le cursus d’apprentissage. Cette mesure entraînerait inévitablement un surcoût financier de la formation que personne ne semble prêt à endosser, ni à aider. Pourtant l’investissement apparaît pleinement légitime au nom de la sécurité.













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