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Un président peut-il polluer ?

Dans Economie / Politique / Politique

Jean Savary

La DS 7 à bord de laquelle notre nouveau président s'est fait introniser était équipée d'un moteur HDI. La même semaine un rapport confirmait à nouveau que les diesels français sont à la traine en matière de pollution. Que doit faire le nouveau gouvernement ?

Un président peut-il polluer ?

Rien ne manquait : la foule enthousiaste perchée aux barrières, l'escorte motocycliste et même l'averse baptismale. Il était magnifique notre nouveau président émergeant du toit de sa Citr... pardon, de sa DS7 pour sa prise de fonction. Beau comme un spot de pub, mais en plus long et avec plus de téléspectateurs. Pour PSA, cette intronisation de la DS7, c'était de l'or en barre, mieux qu'une victoire en WRC : le plus jeune président qu'ait jamais eu la France parrainant le nouveau -et même futur- modèle de la plus récente et pourtant plus illustre marque automobile française.

Certains commentateurs ont noté la couleur "bleu encre", en référence aux velléités littéraires de l'élu, d'autres ont moqué les dorures à l'or fin sur les rétroviseurs, royal détail pas vraiment en phase avec le concept de renouvellement. Mais quasiment personne n'a relevé qu'Emmanuel Macron s'est fait applaudir à bord de ce que tout écologiste bon teint voit comme une monstruosité : un gros SUV diesel, un machin aérodynamique comme une pelleteuse et doté d'un moteur forcément bidouillé.

Un président pro diesel ?

Un président peut-il polluer ?

Quelques heures plus tard, lors de son discours de réception à la mairie de Paris, la maire Anne Hidalgo promettait au président, à peine descendu de sa DS HDI et pas encore remonté dans son Espace dCi, de bouter le diesel hors de la capitale d'ici trois ans. 

Emmanuel Macron, lui, ne veut pas la peau du diesel. Il s'était, l'an passé, déclaré hostile à la politique d'exclusion de la mairie de Paris et en aout 2016, un mois avant de quitter le gouvernement pour fonder En Marche, il avait chanté les louanges du moteur sans bougies. "L'avenir du diesel passe par l'innovation, avait-il alors affirmé, il reste au cœur de la politique industrielle française (...) et du projet industriel français de la mobilité environnementale."

Même si ce jour là, en visite dans une usine Bosch de l'Aveyron, il plaidait d'abord pour la défense de l'industrie automobile française, il n'avait pas tort en ce qui concerne l'environnement.

 

 

Le diesel propre existe, mais il est allemand 

Un président peut-il polluer ?

C'est ce que vient de démontrer le rapport Equa Air Quality de l'organisme Emission Analytics, qui se présente comme "une société totalement indépendante des constructeurs automobiles, des associations professionnelles et des gouvernements". Ce palmarès (http://fr.equaindex.com/indice-equa-qualite-de-lair/) qui classe, de A à H les voitures diesels - et essence - en fonction de leur propreté en condition réelle de circulation est la preuve que le diesel peut-être propre.

Sur la base de tests assez semblables à ceux effectués par la commission Royal, quatorze modèles, tous de technologie allemande, et très majoritairement du groupe... VW obtiennent la note Asignifiant qu'ils respectent strictement, "en condition réelle de circulation", les limites d'émission de NOx de la norme Euro 6. Et cela sans recours au coefficient multiplicateur "conduite réelle" désormais prévu par la réglementation. Les meilleures françaises, Citroën C4 Cactus et Peugeot 308, obtiennent un D (conforme à Euro 4) et aucun modèle PSA n'obtient moins que E (Euro 3). A l'inverse, toutes les Renault, Dacia et Nissan - et même une Mercedes à moteur Renault - écopent de G et H : respectivement 8 à 12 fois et plus de 12 fois la limite de la norme Euro 6. La moitié des quatorze modèles qui obtiennent ces deux notes sont issus du groupe Renault Nissan, les autres se répartissant entre une BMW, une Porsche, deux Subaru, une Ssang Youg, une Fiat et une Opel.

Estampillée H, la voiture de fonction du président, l'Espace à bord du quel le nouveau président est reparti de la mairie de Paris le 14 mai...

 

Remplacer des diesels sales par des diesels sales ? 

Un président peut-il polluer ?

 

Même si ce classement n'a pas valeur d'évangile, il est désormais clair que nos diesels ont des progrès à faire, notamment ceux de Renault qui, bidouillage ou déficience, sont un véritable défi à la réglementation. Le nouveau gouvernement ne pourra l'ignorer. Il ne s'agit pas seulement de santé publique mais aussi des emplois de la filière : on ne pourra plus longtemps vendre des diesels sales. Les six-cent ouvriers de l'usine Bosch visitée en aout dernier par Emmanuel Macron peuvent en témoigner. En avril, ils ont subi quatre jours de repos forcé faute de commandes. Et les ventes de diesel baissent encore...

Au fait, qu'en pense Nicolas Hulot ? Comme le président, le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire n'est pas hostile par principe au diesel qu'il sait moins émetteur de CO2. Et comme lui, il souhaite une prime de mise à la casse des diesels les plus anciens, conditionnée à l'achat d'une voiture, neuve ou d'occasion, de normes Euro 5 ou 6. Mais quel en serait l'intérêt si ces voitures ne respectent pas ces normes, voire polluent d'avantage que celles qu'elles remplacent ? Les émissions de NOx étant directement corrélées au rendement des moteurs, un diesel 1,5 l de 110 chevaux, mal dépollué, peut en cracher plus qu'un vieux 2.0 l de 90 ch correctement entretenu.

Surtout, quelle attitude adopter vis à vis de ces constructeurs qui ont pris leurs aises avec la loi et lâché dans la nature des millions de diesels viciés ? Faudra t-il exiger leur rappel pour mise en conformité ? Les condamner à de lourdes amendes comme l'a fait - pour moins que ça - la justice américaine ? Ou simplement, exiger l'arrachage des badges à petite feuille verte que certains arborent sur leur malle ?

 

Tradition ou rénovation ?

Entre le réalisme économique et la vertu écologique, quel parti prendra le nouveau gouvernement ? En d'autres termes, faut-il accabler Renault, le faire cracher au bassinet ? La tradition française commande de fermement condamner, passer l'éponge puis parler d'autre chose, exercice parfaitement maitrisé par le prédécesseur d'Emmanuel Macron.

A ce propos, personne n'a relevé que la marque DS n'avait pas porté chance à François Hollande, président français le plus impopulaire depuis l'invention des sondages, qui le 15 mai 2012, remonta les Champs Elysées à bord d'une DS5. A moins que ce ne soit lui qui ait porté la poisse à la DS5 qui n'aura pas eu la carrière que promettait son style spectaculaire, sa silhouette originale et son intérieur raffiné. On ne peut s'empêcher de penser que personne n'a voulu de la bagnole à Flanby... Espérons qu'en 2018, tout le monde aie envie de se payer la caisse à Manu.

Un président peut-il polluer ?

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