Voiture autonome : l’Europe en passe de devenir une colonie des États-Unis et de la Chine
Alors que les robots-taxis américains et chinois se déploient, l’Europe semble rangée sur le bas-côté. Un rapport cinglant du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan dénonce un retard d’abord réglementaire, puis technologique, abyssal, au point d’évoquer une colonisation imminente de notre continent par les géants étrangers. Le réveil sera-t-il trop tardif pour sauver notre souveraineté industrielle ?

L’Europe a (partiellement) raté le virage de la voiture électrique au profit de la Chine. Elle est aussi passée à côté de l’IA, phagocytée de la même manière par ces deux pays. Se serait-elle, sur la même lancée, laissée distancier par les deux grandes puissances mondiales en ce qui concerne la voiture autonome ?
C’est en tout cas ce qu’indique une étude du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) parue ce 11 mai. Pour l’organisme et son Haut-Commissaire Clément Beaune, la voiture autonome reste, en Europe, un bel exploit de Géo Trouvetout, un fantasme relégué à la science-fiction.
De la science-fiction ?
À l’inverse, en Chine, comme aux US, c’est une réalité quotidienne, commerciale et industrielle. Rien que l’Américain Waymo revendique déjà 500 000 « courses » par semaine aux US avec ses 3 000 Jaguar I-Pace. Il n’est plus seul et Zoox (filiale d’Amazon) a lui aussi lancé des robotaxis qui circulent désormais à Las Vegas et San Francisco. Tesla a également commencé à déployer ses autos sans chauffeurs.
Les Chinois, on s’en doute, n’ont aucune envie de se laisser distancier par leur grand ennemi. Et, selon Goldman Sachs, le déploiement, déjà largement entamé à Shanghai, Shenzen et Guangzhou, devrait atteindre 1,9 million de voitures autonomes qui sillonneront l’empire du Milieu en 2035.
Et pendant ce temps, que fait l’Europe, coincée entre les deux superpuissances ? Elle a pris du retard, en raison de sa réglementation jugée trop complexe par les acteurs de l’affaire. Résultat : elle est aujourd’hui en passe de se faire « coloniser » selon les termes mêmes de Thomas Matagne, l’auteur du rapport.
L’UE commence petit à petit à s’ouvrir aux autos sans conducteur, et les opérateurs historiques s’y engouffrent. Des historiques qui, du coup, sont tous, sauf Européens. Waymo se lance à Londres dès cette année, alors que les rois du VTC Uber et Lyft ont également commencé à investir le marché continental en utilisant des véhicules chinois.
Les Européens, quant à eux, sont en phase de test, comme Stellantis, avec le Chinois Pony AI au Luxembourg. Mais si nos constructeurs sont engagés, un peu, dans cette voie, nos entreprises de la tech en sont totalement absentes et que le sujet est, selon le Haut-Commissariat, quasi absent du débat public.
Alors, son texte ventile, à la sulfateuse, et évoque une Europe coincée au creux de la courbe de l’innovation, entre 2015 et 2022. Il fustige une absence de prise de conscience qui se retrouve dans le comportement des pouvoirs publics (élus et administrations locaux) mais aussi dans celui des investisseurs, qui – sauf quelques exceptions – ne considèrent pas le sujet sérieusement.
Le réquisitoire continue, en parlant d’acteurs publics ou privés qui en sont restés à « des véhicules qui circulent à 8 km/h et s’arrêtent à la moindre feuille sur la chaussée ». Thomas Matagne ironise, et explique que « ce sont les investissements européens qui ont été bloqués face à la première feuille d’arbre, pas le véhicule autonome. »
À la campagne plutôt qu’en ville
Comment se tirer de ce mauvais pas ? En investissant pour faire émerger deux ou trois champions d’Europe de l’auto autonome, évidemment. Un vœu pieux, bien sûr. Mais là ou le rapport diffère quelque peu de toute la littérature trop souvent éditée sur la question, c’est en insistant sur l’effort qui doit être fait sur le déploiement de la conduite autonome et les lieux de ce déploiement.
Elle ne doit pas uniquement se focaliser sur les zones urbanisées ou d’autres modes de transport existent et fonctionnent, mais dans l’espace rural ou la voiture est indispensable. C’est une évidence, mais personne avant le Haut-Commissariat au plan ne l’avait rappelé.
















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