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Carlos Tavares et Luca De Meo : les duettistes dos au mur

Dans Economie / Politique / Personnalités

Michel Holtz

Les patrons de Renault et de Stellantis se sont rencontrés à l’initiative de nos confrères du Parisien. L’occasion pour les deux hommes, très souvent sur la même longueur d’onde, de fustiger la bascule programmée vers le tout électrique, tout en l’acceptant. Un paradoxe ou une fatalité ?

Carlos Tavares et Luca De Meo : la rencontre au sommet.
Carlos Tavares et Luca De Meo : la rencontre au sommet.

Ils se sont retrouvé à Versailles, une destination logique pour les deux rois de l’automobile française. D’un côté Carlos Tavares, directeur général de la galaxie Stellantis et de ses quinze marques, de l’autre, Luca De Meo, DG du groupe Renault et ses cinq marques. Concurrents, ils ont pourtant laissé leur rivalité au vestiaire pour 1 h 30 d’échange, à l’invitation de nos confrères du Parisien.

Au cours de cet entretien croisé, les deux hommes ont abordé tous les sujets du moment, du Mondial de l’automobile qui démarre dans quinze petits jours, et auquel ils participent d’une manière plus ou moins distanciée, à la voiture autonome, dont ils repoussent le niveau 5 aux calendes grecques. Surtout, les deux hommes ont échangé sur ce qui est sans aucun doute leur préoccupation essentielle du moment : la transition vers l’électrique totale et le couperet de 2035.

Carlos Tavares : "Si les électriques sont chères, la classe moyenne ne pourra pas y accéder, et nous aurons un problème de stabilité sociale."

Sur cette révolution, certainement la plus importante de toute l’histoire de l’automobile, Carlos Tavares et Luca De Meo sont exactement sur la même longueur d’onde et en déplorent les retombées négatives. Carlos Tavares que l’on savait déjà réservé sur le sujet en remet une couche, surtout en ce qui concerne son prix d'accès : « si les véhicules électriques sont chers, ils seront élitistes, la classe moyenne ne pourra pas y accéder, et nous aurons un problème de stabilité sociale. Au passage, faute d’obtenir les volumes suffisants, nous n’aurons pas non plus d’impact sur la planète. ».

Pour autant, il ne livre pas sa solution pour éviter le désastre et rendre les E plus accessibles. Luca De Meo est d’accord, ajoutant « qu’on ne leur a même pas laissé développer des plans B et C avec le moteur thermique. » Mais le boss de Renault est plus optimiste que son homologue, estimant qu’il arrivera « à démocratiser le véhicule électrique ».

Luca De Meo, s'il est d'accord avec son homologue et rival, se veut néanmoins plus optimiste.
Luca De Meo, s'il est d'accord avec son homologue et rival, se veut néanmoins plus optimiste.

Mais cette échéance de 2035, que les deux patrons ne portent pas franchement dans leur cœur, qui en est responsable ? Les pouvoirs publics européens, la vague écologiste, un complot international et souterrain ? Rien de tout cela. Si l’industrie doit basculer vers l’électrique, c’est de la faute à Volkswagen, et au dieselgate, pas moins. « Toute la profession a perdu sa crédibilité le jour où cet événement s’est produit avec l’un de nos concurrents allemands. Nous en avons tous payé le prix, et la société aussi » explique Carlos Tavares. Voilà qui devrait faire plaisir à Oliver Blume, le tout nouveau patron du groupe VW.

La bascule vers le tout électrique ? La faute à Volkswagen

À ce prix, très cher payé par l’industrie auto, selon le DG de Stellantis, s’ajoute un déferlement des constructeurs chinois en Europe. Toujours très remonté, Carlos Tavares évoque le traquenard tendu par l’Empire du milieu en matière d’électrification. « Les Européens, sachant pertinemment que les Chinois avaient démarré dix ans avant eux, ont bêtement suivi leurs réglementations. Puis nous avons ouvert une porte béante à leurs exportations. Et le piège s’est refermé sur l’industrie européenne ».

Toujours plus mesuré, et optimiste, Luca De Meo entend bien, quant à lui, « renverser la vapeur » pour éviter notamment la casse sociale. Une casse, que Carlos Tavares n’exclut pas. « Dans tous les cas, vous n’échapperez pas à la question », même s’il explique avoir voulu créer la galaxie Stellantis pour l’éviter, tout en prévenant, qu’à cause des marques chinoises, « Il ne faudra pas s’étonner, dans les prochaines années, que les constructeurs européens continuent à réduire leurs coûts de façon très importante. ».

l'électrique ? Ils y vont plein pot

On le voit, De Meo comme Tavares n’ont que de mauvaises nouvelles à annoncer en ce qui concerne l’avenir de l’automobile européenne. Et pourtant, à la question de savoir s’ils sont réticents à faire basculer leur entreprise à 100 % vers l’auto à watts, ils s’expriment comme un seul homme. « Nous sommes en train d’y aller très très vite », avoue De Meo. « on y va plein pot » surenchérit Tavares. Une marche forcée plutôt qu’un défilé la fleur au fusil.

Carlos Tavares embarque Luca De Meo dans son "forum de la liberté de mouvement".
Carlos Tavares embarque Luca De Meo dans son "forum de la liberté de mouvement".

Évidemment, les deux hommes sont bien tentés d’inverser la vapeur malgré tout, et souhaitent lutter contre l’autophobie ambiante, voir peut-être, qui sait, à infléchir quelque peu la volonté des pouvoirs publics en matière d’émissions de C02. Pour tenter de calmer le jeu, Carlos Tavares veut créer un « forum de la liberté de mouvement » auquel Luca De Meo entend bien participer. Une manière de recréer une ACEA bis puisque Stellantis a quitté l’Association des Constructeurs Européens d’Automobiles et d’inciter Renault qui y adhère toujours à faire de même ?

Toujours est-il que le fameux lobby de l’automobile, que l’on a dit si puissant en son temps, est en train de s’entre-déchirer entre ses différents acteurs, et que, lorsque la division règne d’un côté de l’échiquier, la partie est pratiquement gagnée de l’autre.

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