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Enquête: votre département est-il "sur-fliqué"?

Dans Pratique / Sécurité

La sécurité routière en France ? Quelques 3286 radars automatiques déployés au bord des routes, et 36 000 points qui s’envolent chaque jour. Dans ce contexte, Caradisiac a cherché à voir s’il existait dans chaque département une corrélation entre le nombre de points retirés et les chiffres de l’accidentologie.

D'un département à l'autre, de fortes disparités en matière de répression et de statistiques de sécurité routière. Sans que se vérifie l'adage selon lequel une répression accrue entraîne systématiquement une amélioration de l'accidentalité.
D'un département à l'autre, de fortes disparités en matière de répression et de statistiques de sécurité routière. Sans que se vérifie l'adage selon lequel une répression accrue entraîne systématiquement une amélioration de l'accidentalité.

La sécurité routière, c’est - faussement - simple : toujours plus de flashs, toujours moins de points sur le permis mais, logiquement, (un peu) moins de victimes sur la route : 3 684 morts en 2017, chiffre en baisse de 1,4%. Ce qui n’empêche pas les Français, de tous bords politiques et de toutes catégories socio-professionnelles, de manifester un ras-le-bol croissant pour tout ce qui s’apparente à des entraves à leur liberté de rouler, lesquelles seraient édictées par des technocrates parisiens à la « France d’en bas ».

D’un sondage à l’autre, l’instauration des 80 km/h suscite invariablement l’ire de 70 à 80% d’entre nous. Une constance dans l’agacement que relaient des politiques de tous bords, à commencer par l’ex-ministre de l’Intérieur Gérard Collomb lui-même, qui avait préféré botter en touche quand Jean-Jacques Bourdin l’avait interrogé sur la question. Et quand ce ne sont pas des sénateurs qui présentent un rapport justifiant selon eux l’abandon de la mesure, ce sont des députés qui portent une demande identique devant le tribunal administratif.

Même si les manœuvres peuvent apparaître guidées par des  considérations politiques, elles se nourrissent bel et bien du goût amer ressenti par les automobilistes aux permis de conduire fragilisés et qui, à tort ou à raison, assimilent la sur-radarisation dont ils font l’objet à une sorte de racket. Rappelons que 13,2 millions de points de permis ont été retirés en 2016 (dernier bilan connu), soit plus de 36 000 chaque jour. Cette même année, les amendes (contrôle automatisé + police de circulation) ont permis aux pouvoirs publics de récolter 1,8 milliard d'euros, ainsi que précisé dans une annexe au projet de loi de finances 2018.

Moins de points = moins d’accidents ?

Dans ce contexte bouillonnant, Caradisiac a cherché à savoir quels étaient les départements les plus « sûrs » de France ? Y-a-t-il des zones où le permis est moins exposé que dans d'autres ? Et si tel est le cas, quelle influence sur les statistiques de sécurité routière ? A l’inverse, un « flicage » rigoureux est-il systématiquement le gage d’une sécurité accrue sur les routes ?

Sur les 95 départements que compte la métropole, 38 affichent sur la route une forme de sérénité supérieure à la moyenne, avec un rapport entre parc de voitures particulières et nombre d’infractions inférieur à 0,24. Si la Haute-Corse occupe la première place de notre classement, ce bon résultat est hélas contrebalancé par des statistiques assez catastrophiques en matière de sécurité routière : avec 109 tués pour 1 million d’habitants, elle est aussi l’une des zones les plus dangereuses de France ! Une situation que pourrait probablement améliorer une surveillance plus assidue des routes, même s’il n’est pas certain que ce soit l’une des priorités des autorités sur place. Il y aurait pourtant de quoi faire, sachant que la Corse du sud, où les retraits de points sont eux aussi peu nombreux, fait à peine mieux en matière de mortalité routière (84 tués par million d’habitants).

L’ouest à l’honneur

L’un des vrais « bons élèves » de notre enquête est notamment la Seine-Maritime (76), avec 135 000 points retirés pour 676 000 voitures particulières de moins de 15 ans recensées, le tout s’accompagnant d’une mortalité faible (40 par million, sachant que l’objectif des autorités est d’atteindre les 30 par million à l’échelle du pays en 2020). C’est donc la démonstration qu’il est possible d’obtenir de bons résultats sans forcément recourir à un flicage excessif au bord des routes. Haut-Rhin et Nord affichent des statistiques similaires, et la carte permet de constater que c’est dans la moitié ouest du pays que l’on observe le plus de bons résultats, et notamment dans un quart « centre-ouest » de 13 départements qui va de la Vendée (malgré de mauvais chiffres en matière d’alcoolémie) à la Lozère.

On note également que la plupart des départements du pourtour du pays se placent en « zone verte » sur notre carte, à l'exception de l’arc méditerranéen ou le taux d’infraction se montre à l’inverse très élevé. Ce « flicage » plus intense que la moyenne n’y produit toutefois pas de miracles en matière de sécurité routière, puisque les Gard, l’Hérault et l’Aude affichent une mortalité particulièrement préoccupante. Précisons qu’il s’agit de régions où les deux-roues sont nombreux, ce qui a hélas pour effet d’augmenter les (mauvaises) chiffres. Dans son dernier bilan annuel, la Sécurité routière précise  d’ailleurs que les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur regroupent 41 % du parc de deux-roues motorisé et 39 % des usagers de deux-roues motorisés tués sur la période 2013-2017.

L'Ile-de-France, cas à part

Quelques 36 départements affichent une mortalité supérieure à 70 par million d’habitants, (quand la moyenne nationale s’établit à 66 dans notre classement), et on relève de fortes disparités de l’un à l’autre, tant en matière que de relief que de trafic. En effet, hormis ces statistiques, quels points communs entre la  Charente-Maritime, la Lozère, la Meuse et les Alpes de Haute-Provence ? L’explication pourrait en partie se trouver du côté des routes bidirectionnelles hors agglomération, celles qui font justement l’objet de la nouvelle limitation à 80 km/h, et qui ont représenté 56% de la mortalité entre 2012 et 2016. Même si cette nouvelle réglementation peine à produire les effets escomptés, comme en attestent les mauvais résultats de septembre, cela n’enlève rien au caractère dangereux de ces routes. Les autres facteurs d’accidents sont l’alcoolémie excessive (plus de 0,5 g/litre de sang), qui représente 29% des morts sur la route. A cela s’ajoute, hélas, la part des jeunes conducteurs. Et la sécurité routière de préciser que « 22 % des personnes tuées le sont dans un accident impliquant un conducteur novice. Cette part varie de 14 % dans le Cher, la Dordogne et la Haute-Saône à 38 % dans le Val-de-Marne ».

Cet extrait de la carte officielle des radars montre à quel point l'Ile-de-France est "gâtée" en termes d'arsenal répressif.
Cet extrait de la carte officielle des radars montre à quel point l'Ile-de-France est "gâtée" en termes d'arsenal répressif.

L’Ile-de-France et certains de ses départements limitrophes (Eure, Loiret) apparaissent comme des cas à part dans notre étude : ces zones où les automobilistes sont particulièrement« vissés », comme en attestent des taux d’infraction particulièrement élevés, figurent aussi parmi les plus sûres, alors même qu’elles concentrent de très nombreux deux-roues.  Relation de cause à effet ? Voire. C’est aussi la région où la circulation se montre la plus dense, avec des véhicules particuliers qui parcourent seulement 15 km par jour en moyenne, et celle où la circulation se montre globalement la moins fluide. La pression à laquelle sont soumis les automobilistes (la région parisienne fait partie des zones concentrant le plus grand nombre de permis au solde nul) apparaît donc clairement excessive.

Ce croisement de chiffres à l’échelle nationale souligne plusieurs paradoxes. Ainsi, comme l’illustre le cas de la plupart des départements en vert sur notre carte, point n’est besoin de trop serrer la vis aux automobilistes pour obtenir des résultats satisfaisants en matière de sécurité routière. De même, un flicage fort n’est pas la garantie d’une sécurité accrue (Tarn-et-Garonne, Loir-et-Cher, Eure-et-Loir, etc.). C’est pourtant la voie que continuent de privilégier les autorités, sans résultats très probants ces dernières années, avec une mortalité routière qui ne baisse plus. Dans le même temps, l’argent généré par les radars ne bénéficie que très partiellement à la politique globale de sécurité routière. Et ça, ce n'est pas Caradisiac qui le dit, mais la très sérieuse Cour des comptes.

 

Comment nous avons procédé: nous avons rapporté le nombre d’infractions ayant entraîné un retrait de points au parc de voitures particulières de moins de 15 ans dans chacun des départements de métropole (chiffres 2016, par souci de cohérence avec le dernier bilan de retrait de points). De véritables différences apparaissent alors d’une zone à l’autre et, pour répondre à des objections qui ne manqueront pas d’apparaître, ce n’est pas dans les départements où les conducteurs seraient réputés avoir le « sang chaud » que les statistiques sont les plus mauvaises, ni dans ceux où les radars crépitent le moins que l’on meurt le plus (ni l’inverse, d’ailleurs)…

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Merci Caradisiac pour cet article.

On constate clairement que la région parisienne est une vache à lait. Peu d'accident, vitesse basse, et pourtant c'est la que l'on flash le plus...

La sécurité-rentière est une arnaque à but lucratif. Qui pourrait faire tellement mieux, si l'objectif premier n'était pas l'argent. Pour un organisme d'état, c'est un comble.

Caradisiac à quand un article sur les stages de récupération de point, qui n'ont aucun effet mesuré/mesurable et qui permettent à des milliers de gens de maintenir leur permis pour rester des vaches à lait pour l'état ? (Quand on perd son permis, on fait baisser le PIB (moins productif), et on ne se fait plus flasher, on achète plus d'essence taxée à 70% et on ne renouvelle pas son véhicule (TVA))

Par

La mienne oui

Par

Je peux témoigner pour 2 départements: la Seine-Maritime (76), où les flics sont nombreux et contrôlent (assez rarement, juste ce qu'il faut) principalement de réelles zones accidentogènes. Aussi le message étant passé, je ne m'étonne pas des relatifs bons chiffres. J'ai eu plusieurs fois aussi affaire aux gendarmes, qui eux visent plus les grands axes à circulation "possiblement rapide", ça rigole moins mais ma dernière fois avec eux, j'étais en haut de côte à 200 km/h et n'ai eu, lors du flash, que 141 retenu pour 110. 3 points, 90€ et c'était plié. Toujours de la courtoisie et au maximum un mélange de grand frère et de simple pro.

De bons gars chez les FdO. Qui tout simplement, ont de vraies priorités. De bons gars chez les FdO.

Je peux aussi conchier avec force les Gendarmes de l'Orne (61). Rien à dire sur la Police. Toujours occupée aux priorités vraies, tristes, de vrais Policiers, ça se raréfie.

Par contre les militaires du coin, on voit le tas de rebuts frustrés de ne pas être de vrais soldats, tireurs d'élite wannabees, mais ratés. Et qui rejettent toute leur frustration et leurs maigres qualités sur le bon peuple Normand.

Jamais perdu autant de points stupides (toujours 1 par 1, et en espace II diesoul en mode économie) que lors de mes années dans le coin. Incroyable de voir des FdO radar au bout de l'oeil allongés dans l'herbe, planquées derrière les haies, les routes en contrebas, voire CHEZ LES PARTICULIERS, et ce toujours dans de grandes les droites basiques avec visibilité, mais surtout avec des dévers. Jamais en haut des côtes bien sûr, toujours en bas où ils se sentent plus à leur place.

J'ai vu UN seul accident en 5 ans. Grave, sans doute avec victime. Un endroit réellement dangereux, à la sortie d'Argentan direction Flers. 10-30 km plus loin que leur zone de chasse habituelle.

Visiblement, le message n'est pas passé. Après, faut voir les routes là-bas, c'est un facteur considérable. Faut voir les bonnes capacités de conduite des gens du cru, c'en est un autre. La qualité des voitures moyenne en est encore un autre (rares sont les caisses à savon la-bas, même pour la populace). Et pour finir, la qualité des secours et hôpitaux. Respectivement sous-effective et pitoyable.

Malgré le harcèlement routier, les chiffres sont là. Où est la conclusion intelligente?

Par

1- le chiffrage est biaisé : "voitures particulières de moins de 15 ans recensées" et si une voiture a plus de 15 ans ? Et sinon département est plutôt pauvre et que les gens y gardent longtemps leurs voitures ?

2- le graphique final est biaisé : les départements "dans la moyenne" devraient être d'une couleur neutre, pas orange. Mais là, c'est sur ça serait moins spectaculaire.

Par

C'est curieux le choix de la statistique "taux moyen de tués" pour 1 million d'habitants. Par exemple le département 26 et 84 ne sont pas très peuplés. Par contre ils sont traversés par l'A7 et la N7 donc ça fait beaucoup de traffic et beaucoup d'accidents pour un département peu peuplé. A l'autre bout de la France, le 79 où il n'y a pas d'autoroute pour traverser le département donc que des nationales et départementales ce qui aggrave le nombre de tués

Par

Un radar est avant tout fait pour faire les poches des usagers de la route. Il ne sert qu'à ça et n'empêchera jamais les accidents. C'est donc une pompe à fric.

Par

J'ai passé ma vie dans le sud et maintenant dans le centre.

Si tu ne sors pas en dehors des heures de boulot il est presque impossible de voir un policier sur la voie publique.

Je n'ai pas le souvenir d'un tel abandon du domaine public il y a 25 ans quand j'ai eu mon permis.

C'est bien simple, entre 19h et 21h, on peut faire n'importe quoi sur la route sans risquer ou presque de se faire attraper.

Mais on me dira que les policier/gendarmes sont des êtres humains comme les autres et donc ont le droit d'avoir une vie (de famille). Oui, mais le délinquant (routier ou non), ne se lâche pas à 9h ou 15h, mais en soirée.

Il faut revoir la copie car les cartons violents se produisent quand la circulation s'éclaircie et que l'apéro et que plus largement la partie festive de la journée commence.

Alors où se concentre les effectifs ?

En tout cas les infos ne me prouvent pas le contraire.

Par

En réponse à Allavandrell

J'ai passé ma vie dans le sud et maintenant dans le centre.

Si tu ne sors pas en dehors des heures de boulot il est presque impossible de voir un policier sur la voie publique.

Je n'ai pas le souvenir d'un tel abandon du domaine public il y a 25 ans quand j'ai eu mon permis.

C'est bien simple, entre 19h et 21h, on peut faire n'importe quoi sur la route sans risquer ou presque de se faire attraper.

Mais on me dira que les policier/gendarmes sont des êtres humains comme les autres et donc ont le droit d'avoir une vie (de famille). Oui, mais le délinquant (routier ou non), ne se lâche pas à 9h ou 15h, mais en soirée.

Il faut revoir la copie car les cartons violents se produisent quand la circulation s'éclaircie et que l'apéro et que plus largement la partie festive de la journée commence.

Alors où se concentre les effectifs ?

En tout cas les infos ne me prouvent pas le contraire.

Peut-être que tu habites dans un coin où les conducteurs "habituels", voire "pros de la route" roulent en masse à ces horaires. Et peut-être que les pires sont justement les conducteurs "du dimanche", occasionnels...

Voire tout simplement moins rémunérateurs pour le département?

Cf les chiffres d'accidentologie de ton coin, tu peux juger, nous on les connait pas...

Peut-être aussi que comme dans le 76, les FdO du coin ont un peu de jugeotte et ciblent mieux leurs priorités...

Par

On fait dire ce que l'n veut aux chiffres.

Il est possible de faire la même chose avec les morts par noyade et en déduire qu'il ne savent pas nager en bord de mer ou dans les départements ou il fait chaud (piscine).

C'est bien le propre de la sécurité routière assisté de quelques attardés de nous servir des chiffres manipulés pour justifier de la nouvelle fiscalité.

Dans que les chiffres ne sont pas disséqués consciencieusement, il est impossible d'avoir une analyse objective de la situation. Il faudrait de multitudes de tranches de données pour faire une analyse correcte.

Par exemple, faire des analyses spécifiques pour les piétons, les cyclistes, les motos, les vp, les utilitaires et les poids lourds.Ensuite avoir les gens évoluant à moins de x km du domicile, les responsabilités, etc...

Tout cela avec les routes ou les accidents ont eu lieu etc...

Un travail de longue haleine, jamais effectué, car la soupe ne serait peut être pas au gout de tout le monde!

Par

En Corse on ne les emmerde pas trop appremment !

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