La rédaction de Caradisiac rend hommage à la merveilleuse Nissan GT-R
Nissan a annoncé cette semaine la fin de la production de la GT-R R35. C’est l’occasion pour les membres de la rédaction d'évoquer leurs souvenirs liés à ce modèle mythique, produit à 48 000 exemplaires en 18 ans de carrière.

Pierre-Olivier Marie : "avec elle, j’ai écopé du plus gros PV de ma vie"
"C’était en novembre 2013, je travaillais alors pour Car Life, un bimestriel haut de gamme. Nous avions programmé un numéro "spécial vitesse", ce qui supposait obligatoirement un détour par les autoroutes allemandes et le Nürburgring. Pour cet exercice, j’avais jeté mon dévolu sur la GT-R que je n’avais justement pas encore eu l’occasion de conduire. Je me souviens encore du moment où je l’avais récupérée au parc presse Nissan, en cette matinée grise et pluvieuse du 14 novembre 2013 (j’ai retrouvé le mail de mes échanges avec Nissan), et me reviennent en mémoire les "clongs" émis à froid par la transmission. Quel engin les amis ! Cap au nord-est, donc, avec des vitesses de croisière difficilement avouables une fois franchie la frontière. Je passerai toutefois sous silence mes maigres performances sur une Nordschleife qu’un temps froid et humide rendaient plus terrifiante encore, pour tout de suite passer au trajet retour.
À une cinquantaine de kilomètres avant la frontière, deux types à l’air patibulaire commencent à me coller au train au volant de leur Série 3 grise, et je prends le large d’un coup d’accélérateur, jusqu’à une vitesse…élevée, dirons-nous. Je reviens ensuite à une allure plus raisonnable, quand je vois revenir dans mon rétroviseur la BMW derrière le pare-brise de laquelle brille…un gyrophare ! Les types se portent à mon niveau, me font signe de les suivre, et nous nous arrêtons à la sortie suivante. À bord de la 330d, l’écran central multimédia est remplacé par un écran TV sur lequel je retrouve le film de mon infraction, avec la vitesse mesurée en temps réel qui s’affiche dans le coin inférieur. 150-160-170-180 km/h-etc. - etc. : j’étais fait ! Aimables mais impitoyables, mes deux amis de la polizei ont alors dégainé leur sabot à carte bleue et m’ont invité à me délester de la coquette somme de 650€… Inutile de dire que la fin du voyage s’opéra à des allures des plus raisonnables."

Eddy Clio: "Lancé à 280 km/h sur la piste du Mans, alors que je n'avais rien demandé…"
"J'étais au Mans Classic pour me balader, je ne bossais pas du tout. Je croise alors le responsable des relations presse Nissan qui me propose de venir faire un tour à son stand. Je lui dis que je ne bosse pas, mais pourquoi pas. J'y vais à l'heure prévu, il y a plein de GT-R. Au moment du départ, il me dit que je serai dans la voiture de tête, bien évidemment, je monte coté passager et il me dit "non, tu conduis !" Ah… c'était pas prévu, j'ai des amis photographes en bord de piste et je n'ai même pas le temps de les prévenir pour me faire des photos. Nous voilà partis et là, on me dit qu'il faut foncer, car je fais l'ouverture du roulage des clubs, en gros, une bonne centaine de voitures me suivent et personne ne doit me doubler eeeet… ils ont payé cher pour y aller fort ! Donc j'ai roulé vite, jusqu'à 280, mais au retour au bercail, beaucoup de gens m'ont reproché d'avoir été trop lent, ce à quoi j'ai répondu qu'à la base, je me promenais à pied et qu'on m'a proposé une balade en GTR…"
Manuel Cailliot : "Je n'ai essayé que… son moteur !"
"Pour moi, point d'essai de la Nissan GT-R. Enfin… Pas de la voiture au complet. Oui, cela mérite explication, devant votre air interrogateur. Car non, je n'ai pas posé mes pognes sur le volant d'une GT-R, mais je les ai posées sur le volant d'un Juke des plus particulier : le Juke-R !

En effet, en 2011, alors que je n'étais encore qu'un petit "jeunot" dans l'équipe Caradisiac, on m'envoyait en Angleterre, à Silverstone, pour une prise en main d'un véhicule hybride machiavélique. Hybride ? Oui. Une caisse de crossover urbain Juke d'un côté, un ensemble moteur/boîte/gestion électronique de GT-R de l'autre, et les ingénieurs de Nissan, en partenariat avec ceux des ateliers RML (une boîte bien connue Outre-Manche pour ses réalisations sportives), fabriquaient un monstre d'un peu plus de 4m de long, qui envoyait ses 485 ch aux quatre roues.
La greffe d'un groupe motopropulseur de GT-R dans un Juke ne s'était pas faite sans mal apparemment, et il avait fallu élargir le Juke de 13 cm pour faire passer les trains roulants et raccourcir la longueur des transmissions pour faire tenir le tout dans le court Juke. Mais ça fonctionnait ! Et même plutôt pas mal.

Sanglé dans un harnais 5 points, toisant une instrumentation reprise de la GT-R, palettes au volant comprises, j'ai dû apprendre en moins de 30 minutes à dompter une bête surpuissante, sur un circuit complètement détrempé par une typique pluie anglaise, sans risquer de casser un des deux seuls exemplaires au monde de SUV urbain à coeur de supercar. Oui, je vous le dis, j'ai serré les fesses. Mais ce fut mémorable. J'avais conduit le Juke le plus rapide du monde.
La prise en main complète de l'époque est à voir (ou revoir) ici : https://www.caradisiac.com/Essai-video-Le-Nissan-Juke-R-en-exclu-sur-Caradisiac-l-enfant-terrible-74523.htm
Michel Holtz : "à son volant, j’ai eu la frousse de ma vie"

"C’était il y a fort fort longtemps. J’étais parti de chez moi en Touraine, pour restituer la GT-R au siège de Nissan France dans les Yvelines après mon essai. Comme à mon habitude, j’ai emprunté l’autoroute A10 de fort bonne heure, du moins à l’heure où les radars mobiles sont encore au lit. Car c’est à l’aube où le jour pointe, que l’on peut effectuer quelques pointes.
D’autres automobilistes ont visiblement eu la même (bonne) idée que moi, comme cette Porsche 911 qui s’est collée devant moi, avant d’accélérer. 190, 200, 210 pourquoi pas puisque la route est large et sèche et que les pandores ne sont pas aux aguets ?
C’est du moins ce que le porschiste et moi imaginions. Jusqu’au moment où, dans mon rétro, j’aperçois un motard de la gendarmerie (ou de la police, j’avoue que ma vue s’est quelque peu brouillée). Toujours est-il que l’homme de loi me fait signe de me pousser. Nous roulions, honte à nous, mon compère et moi, sur la voie du milieu. Je passe, comme il se doit et comme la Porsche devant moi, sur la voie de droite en décélérant jusqu’à 130 km/h, évidemment. Je me voyais déjà, escorté jusqu’à la première sortie, avant de finir, au pire en garde à vue, et au mieux avec une Nissan GT-R confisquée, tout comme mon permis.
Il n’en a rien été, la maréchaussée motorisée nous a simplement dépassé, et gentiment salué, avant de filer à une vitesse ahurissante. En quelques secondes, il avait disparu de ma vue. Mais après cet épisode cauchemardesque et jusqu’au siège de Nissan, légèrement tremblant et prêt à me jeter sur le premier défibrillateur, j’ai roulé aux vitesses réglementaires, je vous le jure m’sieur l’agent."
Julien Bertaux : "Ma plus grande Vmax "

"Mon premier contact avec la GT-R fut assez déroutant. Les manœuvres nécessaires pour la sortir du souterrain dans lequel elle dormait paisiblement m’ont d’abord inquiété. Les bruits mécaniques et d’engrenages étaient tels que l’auto ne semblait pas lubrifiée. Manquait-elle d’huile dans la transmission et les différentiels ? Assurément non.
Les premiers mètres dans Paris et sa banlieue ne m’ont pas franchement convaincu non plus. Si les bruits mentionnés plus haut avaient disparu, la rudesse de la transmission et l’inconfort mécanique n’avaient d’égal que la finesse de sa ligne.
C’est en arrivant sur les autoroutes allemandes et ses portions illimitées que j’ai compris le fonctionnement de cette auto. Plus on va vite et on la sollicite, plus elle se sent à l’aise et procure du plaisir. Quel kif cette GT-R ! Alors, je ne suis pas fait prier pour effectuer une belle pointe de vitesse, atteignant 315 km/h compteur. Un chiffre que je n’ai pas eu l’occasion de dépasser à ce jour."
Olivier Pagès : "Deux souvenirs douloureux avec Soheil Ayari"
"Les deux fois où j'ai croisé la Nissan GT-R, c'était à l'occasion des essais de Soheil Ayari. La première fois, ça s'est déroulé sur le circuit de Dijon-Prenois. Le trajet sur autoroute a été interminable, car il fallait toujours rester le pied très léger pour respecter les limitations de vitesse. Arrivé sur place, on s'arrête à une station faire le plein et Soheil, qui avait dormi tout le trajet, me demande s'il est possible de prendre le volant. Naïf, je dis oui en me disant que la route n'est pas bien longue. Erreur de débutant, car celle-ci s'est transformée en une spéciale de rallye. La bouteille d'eau minérale que j'avais dans mes mains, n'a pas résisté.

La deuxième fois, c'est la version Nismo que nous avons choisi de tester sur le circuit de la Ferté Gaucher. Soheil savait que je détestais être passager et me dit " allez monte, je vais rouler cool". Je me demande encore pourquoi j'ai dit oui. Trois virages plus tard, j'avais l'estomac dans la bouche. Une chose est sûre, cette GT-R a gardé pendant très longtemps le meilleur chrono sur le circuit de la Ferté Gaucher, un tracé qui n'était à la base pas fait pour elle."

Alan Froli : "j'ai été l'un des premiers journalistes à l'essayer…"
"En 2008, j'étais journaliste pour ADDX, un magazine consacré à la personnalisation, en particulier des voitures japonaises. À la grande époque de Fast & Furious et de Gran Turismo les Nissan Skyline de toutes générations, de tout poil et de toutes nations étaient, sans surprise, notre fonds de commerce.
Forcément, le nouveau modèle "R35" était attendu avec impatience, et nous n'avions qu'une hâte : l'essayer le plus vite possible. L'occasion s'est présentée grâce à un photographe correspondant aux États-Unis qui avait réussi à en dégoter une à Los Angeles. Une aubaine puisque nous devions nous rendre au salon Sema Show de Las Vegas quelques jours plus tard : un petit crochet juste avant sur la côte ouest, et le tour était joué alors que peu de médias européens avaient pu s'installer derrière son volant jusqu'à ce moment.
Le hic, c'est qu'au moment de démarrer son V6 biturbo, l'équivalent des précipitations annuelles de la Californie s'abat en quelques minutes sur les routes environnantes. Difficile de mettre gaz en grand avec ce modèle si précieux malgré les quatre roues motrices. Mais j'ai pu, tout de même, avoir un aperçu du potentiel de l'auto durant une petite heure. De ses performances de feu, de sa transmission ultra-efficace, de sa boîte robotisée hyperrapide, de son instrumentation façon jeu vidéo… Une révolution dans le monde des sportives, même si j'étais peu sensible à l'effet "Godzilla". "
Alexandre Bataille : "Comme un recruteur devant Mbappé, tout le monde a vu son potentiel"

Quand Nissan était en bonne santé financière, le constructeur organisait ponctuellement le « Nissan 360 », un évènement mondial qui regroupe l’ensemble de la gamme européenne, asiatique et américaine. Imaginez, soixante modèles importés des quatre continents dans un seul et même lieu. Coup de bol, j’ai eu l’occasion d’y assister en 2008. En plein lancement de la GT-R en Europe. C’était au Portugal sur le circuit d’Estoril. Nous avons eu le droit de faire quelques tours de piste « à la cool » au volant de versions américaines. Gros souvenir : ce design de Manga, ce V6 plein de souffle et cette transmission intégrale qui passe toute la puissance au sol. Comme un recruteur devant Mbappé, tout le monde a vu, à l’époque, le potentiel de cette voiture. J’ai ensuite pu la tester aux côtés de Dirck Schoysman l'un des metteurs au point de la GT-R, dans des conditions « Racing » et quelle fusée ! Pas de doute, la GT-R est une voiture qui marquera l'histoire de l'automobile.
Stéphane Schlesinger : "Dans les virolos, elle est aussi agile qu'une GTI!"
"Je n'ai pu essayer la Nissan GT-R que longtemps après sa commercialisation, en 2010. A l'époque, je vivais à Marseille, et on m'a proposé de la tester dans le Var. Sur place, j'ai retrouvé l'ineffable Cédric Pinatel, déjà fou sous ses airs d'angelot, accompagné d'un certain Patrick Garcia, pour qui une voiture n'a d'existence que cravachée... Naturellement, j'étais aussi déjanté que ces deux-là, mais la GT-R m'a intimidé par son gabarit et sa réputation de tueuse de Porsche 911 Turbo. Impressionnante, elle l'était aussi par son air menaçant, moins par son intérieur assez banal, mais voilà, son tableau de bord permet de la configurer dans tous les sens. Honnêtement, je crois l'avoir paramétrée de façon assez neutre, car les routes des hauteurs de Draguignan sont étroites, donc ne laissent pas de place aux excentricités survireuses. Aussi pensais-je ne pas pouvoir exploiter dignement la supercar japonaise. A tort ! D'emblée, elle met en confiance par sa direction ferme et informative, qui permet de bien la sentir. Ensuite... Dire qu'elle marche extrêmement fort tient de la banalité. Là où elle surprend, c'est par sa maniabilité. Plus on va vite dans le sinueux, plus la Nissan semble rétrécir, c'est fou ! A l'attaque d'un virolo sur les freins, on sent sa poupe légèrement pivoter, et on peut remettre pleins gaz dès le point de corde passé. En clair, je l'ai conduite comme une GTI, vu qu'elle en a l'agilité et la facilité. Incroyable mise au point ! Cette GT-R est un monstre aussi gentil que fabuleusement efficace."

Je peux le dire maintenant, j'ai atteint des vitesses parfaitement indécentes sur ces routes désertes. Et pour cause... Il avait énormément plu la veille, et quand je suis redescendu dans la vallée, j'ai constaté les dégâts monstrueux provoqués par les glissements de terrain. Et à la radio, j'ai entendu que bien des pauvres gens avaient perdu la vie à Draguignan. L'eussé-je su le matin, je n'aurais pas osé m'amuser comme je l'ai fait."
Cédric Pinatel : "Cette voiture était une anomalie historique"

J’étais avec Stéphane Schlesinger (et Patrick Garcia) au moment de cet essai très bizarre de la GT-R dans un département ravagé par les eaux et effectivement, le rouquin roulait fort. Mais le souvenir le plus délirant avec cette auto reste celui du tout premier contact avec la bête, avec encore Patrick Garcia, lorsqu’on a récupéré la voiture en Suisse en 2009 pour la descendre dans le Sud. Comment cette énorme péniche pouvait-elle pousser aussi fort avec une telle masse et une puissance pas extravagante pour l’époque ? Et comment pouvait-elle rouler aussi facilement à des allures inimaginables sur la route malgré son gabarit ? Le tout en embarquant trois personnes et leurs bagages assez facilement ! Le pire, c’est qu’on ne s’ennuyait même à son volant : les critiques sur la sportive aseptisée façon « Playstation » étaient très largement exagérées. Je pense avoir dépassé les 2 000 kilomètres au volant de la GT-R toutes versions confondues. J’ai conduit l’ancienne voiture personnelle de Carlos Ghosn sur le grand Circuit du Mans au même moment qu’Eddy Clio, à 280 km/h sous la pluie. J’ai dépassé comme les autres 300 km/h sur l’autoroute. Je connais par cœur les bruits de sa transmission dans les manœuvres et le feulement si particulier de son V6 biturbo. Cette chose a vraiment marqué l’automobile ainsi que tous ceux qui ont pu l’expérimenter et j’espère que Nissan pourra un jour faire aussi fort. S'il parvient à éviter la faillite !
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