La voiture de luxe, ce n’est plus pour nous !
Le signal qu’envoie Renault en privant le marché français et européen de son nouveau grand et luxueux crossover Filante est-il un indice de notre déclin ? Peut-être bien, mais avons-nous besoin de ce char pour prospérer ?

Deux cent cinquante chevaux, quatre mètres quatre-vingt-douze, une silhouette racée à mi-chemin du break de chasse et du SUV, elle a de l’allure la Filante.
Cette grande Renault, dont le gabarit ferait passer l’Espace pour un genre de Scénic et le Rafale pour un Symbioz, reprend le patronyme de deux prototypes du losange ; la première qui battit plusieurs records de vitesse en 1956, la seconde, électrique, un record de distance sur une seule charge l’an passé. Elle est de loin la plus luxueuse voiture française jamais produite.

Française mais pas tout à fait, car elle ne sera ni produite ni vendue en France – pas plus qu’en Europe : trop grande et sans doute bien trop chère pour notre périclitant marché car bien qu’hybride, elle serait malussée de façon dissuasive pour ses émissions de CO2 et son poids… non communiqué.
Fabriquée à Busan en Corée dans une usine anciennement Samsung sur une base chinoise fournie par le partenaire Geely, elle n’est destinée qu’au marché local puis aux pays du Moyen Orient et d’Amérique Latine où Renault est bien implanté. En gros, à ce qu’on appelle les pays émergents.
Représentez-vous bien la chose : Renault produit en Corée une grosse voiture luxueusement équipée qui ne verra jamais la France ni l’Europe mais est destinée à ce qu’on nommait jadis le « tiers-monde ».
Il y a un quart de siècle, au début des années 2000, Citroën fabriquait en Chine des ZX dont on ne voulait plus chez nous. Et en France des XM que n’auraient pu s’offrir les Chinois. Petite illustration du monde à l’envers, il faudra que l’on s’y habitue.

Les trottoirs de Lille et de Manille
Pour en revenir à la Corée, on peut depuis un moment parler de pays « émergé » avec un marché comparable au notre : 1,25 million de voitures pour 52 millions de Coréens contre 1,63 million de plaques pour 69 millions de Français en 2025. Là où ce n’est plus du tout kif-kif, c’est la composition du marché : le quart des voitures achetées par les Coréens appartiennent au segment D des berlines familiales (feu la Laguna) et un autre quart au segment E des grandes berlines (feu la Vel Satis).
Le marché français boxe deux catégories en dessous avec 30 % de segment B (Clio-208), voire 38 % en y ajoutant le B-SUV (2008-Captur), 15 % de C (308-Mégane), 11 % de C-SUV (Peugeot 3008-Renault Austral) 8 % de segment A (Twingo) et le reste, environ un quart, de grosses berlines, gros SUV, coupés, pick-up, cabriolets, limousines…
On peut bien disserter sur les effets et méfaits du malus et de l’explosion des prix du neuf, reste que d’un point de vue automobile, si la Corée est un pays désormais bien émergé, on peut se demander si la France ne serait pas un pays « immergeant » autrement dit, en voie de sous-développement.
On pourrait aussi comparer avec la Chine mais j’ai la flemme de rechercher les statistiques : il suffit de regarder des photos du trafic à Pékin ou Shenzhen pour se dire que les rues de Paname feront bientôt penser à celles de la Havane et les trottoirs de Lille à ceux de Manille.
Au vrai chic parisien
Pardon pour cette crise de déclinite aiguë, j’ai dû trop respirer l’air du temps. Il faut que j’arrête les newsletters éco et les chaînes d’info en continews. Au fond tout ne va pas si mal chez nous et de toute manière, je préfère conduire une 208 à Limoges qu’une BYD Seal à Shangaï. Et ne me parlez pas d’une Mustang à Minneapolis, Minnesota.
Soyons positifs, reprenons une coupette, une part de galette et considérons qu’après tout, la grosse bagnole, c’est un truc de nouveau riche, de parvenu asiatique, moyen oriental ou latino-américain, pas bien raffiné et pas plus au fait du vrai chic parisien que de l’urgence climatique.
Considérons aussi, qu’après tout, elle – la grosse bagnole – ne fait aucunement partie de notre tradition nationale depuis que la IV ème république décida après-guerre, faute de matières premières et pour nous mettre sur la route, de la sacrifier sur l’autel de la petite voiture populaire, un format où sut s’exprimer, avec les 4 CV, 2CV, 4 L, R5, 205 et AX - sans oublier la 104 ZS cette merveille - notre génie national.
Pardon d’écrire comme un speaker de l’ORTF par un matin de 14 juillet à l’heure du défilé, c’est sans doute un réflexe quand la patrie est en danger.
Justement, j’entends dire que Stellantis mettrait (conditionnel car coupette + galette) les bouchées doubles sur ses futurs modèles Peugeot, Citroën, Fiat et Opel de « petites voitures électriques abordables », les M1E de leur petit nom, promises aux Européens par la commission de Bruxelles. Et mon petit doigt me dit que des versions hybrides (je n’ose dire thermique, c’est un gros mot) ne seraient pas exclues.
Prions pour qu’ils ne se loupent pas et que les Coréens, les Latino-Américains et les Moyen-Orientaux nous en réclament.













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