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Le juge Renaud, surnommé « le shérif », assassiné à Lyon à la sortie de sa BMW

Le 3 juillet 1975, vers 2h30 du matin, François Renaud est abattu par balles dans la Montée de l'Observance. Le juge lyonnais, que les figures locales du grand banditisme avaient surnommé « Le Shérif », venait de quitter sa BMW pour rejoindre à pied son domicile situé quelques mètres plus haut. 

Le juge Renaud, surnommé « le shérif », assassiné à Lyon à la sortie de sa BMW
Le magistrat François Renaud, 1er juge d'instruction du Palais de Justice de Lyon, enquêtait sur les liens supposés entre le grand banditisme et le pouvoir politique - Crédit Maxppp

« La veille de son assassinat, je déjeunais avec mon père. C’est la dernière fois que je l’ai vu, il m’a dit très calmement : écoute fiston, je dois te dire que je suis sur une grosse affaire en ce moment. Il est possible que je me fasse flinguer... »  Puis sans en dire davantage, il passa à un autre sujet, se souvient Francis, son fils cadet alors âgé de 20 ans.

Cette confidence faite sur un coin de table, entre l'entrée et le plat de résistance, s'annonçait malheureusement prémonitoire. Quelques heures plus tard en effet, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1975, le juge François Renaud est abattu quasiment au pied de son domicile. Le drame se noue près de la Basilique de Fourvière, dans le 9e arrondissement de Lyon, une ville que l'on surnomme à l'époque le « Chicago-sur-Rhône » en raison des réseaux mafieux qui y sévissent depuis plusieurs années, à coups de trafics, de braquages et de crimes crapuleux en tout genre. 

Le juge et son coupé BMW

Le juge Renaud était attaché à sa BMW 2002. Voici une illustration du modèle de l'époque, un coupé sportif et innovant qui l'accompagnait dans ses déplacements professionnels et personnels - Crédit BMW Media
Le juge Renaud était attaché à sa BMW 2002. Voici une illustration du modèle de l'époque, un coupé sportif et innovant qui l'accompagnait dans ses déplacements professionnels et personnels - Crédit BMW Media

Il est 2h30 du matin lorsque la berline allemande du magistrat débarque en provenance des quais de Saône. C'est une BMW 2002, un coupé sport avec selon les versions entre 100 et 170 chevaux sous le capot. Elle est doublée d'une belle allure esthétique. « La 2002 a fait de la marque ce qu’elle est aujourd’hui. Elle était notamment la première voiture européenne à être équipée de la technologie turbo », rappelaient en 2016, pour les 50 ans du modèle, des porte-paroles de Bmw.

L'exemplaire que possédait le juge Renaud était immatriculé dans le 71. Il adorait conduire cette voiture, pour le style qu'elle dégageait et pour les sensations de vitesse qu'elle procurait. Il l'avait acquise quelques années auparavant en Saône-et-Loire, son département de naissance et de cœur, là où, durant la Seconde Guerre mondiale, il avait pris les armes avec sa famille contre l’occupant nazi.

Après la guerre, l'ancien Résistant diplômé en droit était devenu magistrat, d’abord en tant que juge suppléant dans les colonies, en Indochine et en Afrique. Puis c’est au Palais de justice de Lyon qu’il avait posé ses valises en 1966, avant d’y être nommé 1er juge d’instruction six ans plus tard, en charge des affaires criminelles les plus sensibles.

Un magistrat dérangeant

François Renaud était un juge moderne aux méthodes anticonformistes, un homme de terrain au style à part, enquêtant de jour comme de nuit. Son allure de dandy et sa décontraction apparente allaient en réalité de pair avec une inflexibilité à toutes épreuves à l'égard des malfaiteurs. Une posture et des méthodes qui valurent à ce magistrat pugnace le surnom de  « Shérif »  et la haine des truands de l’époque, ceux du Gang des Lyonnais en premier lieu.  

Le juge venait en outre de mettre le doigt sur un sujet inflammable : les liens potentiels entre le grand banditisme et le pouvoir politique. Dans son viseur notamment, le SAC, le Service d’Action Civique, organisation de soutien mais aussi milice à la réputation sulfureuse, qui avait été fondée en 1960 pour « défendre les intérêts » du Général de Gaulle.

C’est dans ce contexte à haut risque que François Renaud évoluait, avec une épée de Damoclès de plus en plus perceptible au-dessus de la tête... 

Les tueurs roulaient en Audi

C'est à bord d'une Audi 80 GL de ce type, volée la veille, que les assassins du magistrat ont fait irruption en pleine nuit dans la Montée de l'Observance, à Lyon - Crédit Audi Media
C'est à bord d'une Audi 80 GL de ce type, volée la veille, que les assassins du magistrat ont fait irruption en pleine nuit dans la Montée de l'Observance, à Lyon - Crédit Audi Media

Cette nuit-là, sitôt claquées les portières de sa BMW, le juge remonte la rue avec Geneviève, sa compagne. Quand tout à coup, une berline roulant étrangement au pas attire leur curiosité.

On apprendra qu'il s'agissait d'une  Audi 80, aussi nommée « B1 », une berline compacte (4,20 mètres d’envergure) associant physionomie sportive et légèreté, apparue sur la route en 1972 à l’initiative de Ludwig Kraus. L'ingénieur en chef de la firme d’Ingolstadt voulait avant tout en faire une voiture frugale en carburant. Une initiative qui fut couronnée de succès en 1973, en plein choc pétrolier, par le prix « Car Of The Year ».

Dans l’assassinat du juge Renaud, c’est un spécimen resté donc tristement célèbre, une variante premium GL de 85 chevaux, qui assiste impuissante au drame. Volée par les gangsters la veille sur le parking d’une entreprise de l'agglomération, ce coupé de teinte crème se trouve soudain complice d’un règlement de compte retentissant.

En voyant l’Audi ralentir à leur approche, le juge et sa compagne pensent d’abord à un conducteur  perdu qui veut demander son chemin… Puis très vite, François Renaud s’aperçoit que les individus à bord sont cagoulés et armés.

Ces derniers tirent d'ailleurs sans préavis sur le juge, qui réussit à esquiver et à s’échapper, dévalant en courant la Montée de l’Observance, zigzaguant volontairement pour éviter les balles, et faisant tout pour mettre hors d'atteinte Geneviève.

Planqués derrière une Cox

Photo prise dans les heures suivant l'assassinat. Policiers et magistrats sont présents au pied de la Coccinelle derrière laquelle le juge et sa compagne ont tenté en vain de se cacher - Crédit Maxppp
Photo prise dans les heures suivant l'assassinat. Policiers et magistrats sont présents au pied de la Coccinelle derrière laquelle le juge et sa compagne ont tenté en vain de se cacher - Crédit Maxppp

Il sont hélas vite rattrapés… La berline fait marche arrière sans les perdre de vue, jusqu’à arriver à leur hauteur. Le juge et sa compagne sont blottis comme ils le peuvent le long du trottoir, derrière une Volkswagen Coccinelle blanche plaquée 1400 DJ 69, l'une des VW 1300 produites par le constructeur de Wolfsburg entre 1966 et 1976.

L’Audi freine d'un coup, au niveau du numéro 77. L'un des passagers du coupé 2 portes s’extrait alors du véhicule puis s’avance inexorablement vers le juge, sur lequel il va tirer à plusieurs reprises à bout portant, avec une arme de calibre 38 spécial.

Geneviève, que le juge avait protégée de son corps, s’en sort indemne. Dès le départ en trombe de l'Audi, elle s’empresse de rejoindre son domicile du 89 pour tambouriner à la porte de Francis, qui vit dans un studio attenant à leur appartement. 

Les secours sont alertés. Le juge, dont le corps baigne dans une mare de sang, décèdera dans l'ambulance qui le transporte vers l'hôpital Edouard-Herriot. 

Le pôle « Cold-Case » sollicité

Trois jours plus tard, l'Audi 80 utilisée par le tueur et son équipage est retrouvée par la police, abandonnée dans un parking du quartier de Vaise, non loin du lieu du crime.

L'enquête, pourtant, n'aboutira jamais, au grand regret des proches de la victime. En dépit de l'émoi national suscité sur l'instant et de l'indignation formulée par Jean Lecanuet, Garde des Sceaux au moment des faits, l'affaire piétinera en effet, transitant d'un bureau de juge à un autre durant 17 ans, pour se solder finalement par un non-lieu en 1992.

L’an dernier, lors d’une conférence de presse donnée à l’occasion de la commémoration des 50 ans de l’assassinat de son père, Francis Renaud lancait un appel à l’actuel Ministre de la justice Gérald Darmanin afin que le pôle « Cold Case »  du Tribunal judiciaire de Nanterre puisse relancer les investigations et parvenir enfin à la manifestation de la vérité.

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