Pénurie d’autos en vue
Depuis le Covid, avec la chute du marché automobile, environ trois millions de voitures neuves n’ont pas été vendues en France, trois millions d’autos qui ne deviendront jamais d’occasion. Après la pénurie de carburant, il faudra craindre le manque d’autos.

« Vendez votre voiture ! » J’ai eu du mal à m’habituer à ces publicités bizarres, des spots qui ne proposent pas d’acheter, mais de vendre ! Et puis je trouve ridicules ces jeunes couples extasiés devant leur smartphone, ravis de l’offre de rachat qu’on leur fait, avec la mine réjouie de qui découvre que la vieille croûte léguée par le Papé est un Rembrandt ou plus prosaïquement que leur bagnole vaut de l’or.
Parce qu’en fait, c’est le cas, elle vaut de l’or. Et que l’on dépense des millions en publicité pour convaincre des automobilistes de s’en débarrasser est un signe des temps : le marché de la voiture d’occasion manque cruellement de marchandise, au point qu’aujourd’hui, il se revend des Dacia de 5 ans, à peine 15 ou 20 % moins chère que le prix auquel elles avaient été achetées neuves. Je connais même des gens qui revendent leur deuxième main au prix qu’ils avaient payé en première main avant le Covid. Depuis 2019, le prix moyen d’une voiture d’occasion a augmenté de 30 %, pointant désormais à 21 000 €.
C’est ce que s’accordent à dire les pros du VO, mais ce chiffre prend en compte l’effondrement du prix des électriques d’occasion l’an passé, quand il a fallu écouler les coûteux stocks de VEO dont les valeurs résiduelles avaient été calculées avec optimisme. Si l’on s’en tient aux voitures thermiques, selon l’INC, l’augmentation est plutôt de l’ordre de 40 %.
Et cela, on ne le dit pas au jeune couple extasié devant son smartphone : s’ils se convertissent au vélo, excellente affaire. Mais s’ils comptent remplacer leur titine par une autre occasion, ils vont avoir une autre surprise, beaucoup moins bonne.
Le ruissellement de l’inflation des prix du neuf (+ 40 % depuis 2019 et + 85 % depuis 2010) sur les côtes de l’occasion n’explique pas tout : on manque de voitures d’occasion car depuis 2020, il se vend chaque année en France 400 000 à 600 000 voitures neuves de moins qu’en 2019. Soit, en six ans, environ trois millions de voitures qui n’alimenteront jamais le marché du VO.
Les prix n’augmentent plus, seulement l’âge…
Quand j’ai commencé à creuser le sujet pour une enquête, on m’a dit en gros « Vous arrivez après la bataille, tout est rentré dans l’ordre, il n’y a plus de pénurie de VO, et les prix sont revenus à la normale. »
À la normale ? Comprenez qu’ils n’augmentent plus beaucoup depuis 2023. Mais 21 000 €, c’était le prix moyen d’une voiture neuve il y a quinze ans ! (aujourd’hui, 37 000 €)
Et si effectivement, il n’y a plus pénurie, c’est parce qu’il y a moins d’acheteurs : 5,4 millions l’an passé contre 5,8 millions en 2019.
Donc, le prix des VO n’augmente plus, mais ce qui augmente encore, c’est leur âge moyen qui ne cesse de croître. Quand le prix des occasions récentes (2 à 5 ans) double quasiment comme entre 2021 et 2024, l’acheteur se rabat sur un peu plus ancien, toujours plus ancien à mesure que l’augmentation des cotes dégouline vers les plus vieux millésimes.
Au point que des vieilleries de la fin du siècle dernier ou du début de celui-ci, dont la valeur vénale se comptait en centaines d’euros avant le Covid, se revendent aujourd’hui pour quelques milliers si elles n’ont pas trop de kilomètres. Dans les statistiques, on voit que la part du marché VO des voitures de plus de 15 ans ne cesse de grossir quand celle des 2 à 5 ans diminue régulièrement, parallèlement à l’effondrement du marché du neuf ces dernières années.
Pour résumer, non seulement on paye sa belle occase 30 % plus cher qu’en 2019, mais en prime, elle a trois ans de plus.
Un chiffre résume tout : depuis 2015, l’âge moyen de mise à la casse des voitures a augmenté de 3 ans, passant de 17,5 ans à 20,5 ans.
Et l’embellie n’est pas en vue ; Selon le cabinet Moody’s Analytics, le prix moyen d’un VO devrait encore grimper de 20 % d’ici à 2035.

Les victimes de la prime à la casse
Et c’est là que j’ai une pensée émue pour ces centaines de milliers d’autos poussées au broyeur pendant toutes ces années de Prime à la conversion.
Des concessionnaires me l’ont confié, non seulement ces primes « à la casse » n’ont pas profité aux plus démunis des automobilistes - plus souvent à des retraités relativement aisés - mais en sus, les voitures qu’ils remplaçaient étaient rarement en bout de course, encore capables d’aligner plusieurs dizaines de milliers de km sans gros frais.
En clair, l’État français a subventionné la destruction de véhicules qui manquent aujourd’hui à une grande partie de sa population, celle pour qui son auto est l’équivalent du métro pour le parisien. À la différence qu’elle n’a que rarement l’alternative du vélo.
Quant à l’environnement, motif premier du grand broyage, je doute qu’il ait gagné à ce spectaculaire vieillissement du parc automobile.














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