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Peugeot en Iran, deux mariages, deux divorces mais pas (encore ?) un enterrement

Les bonnes années, Peugeot écoulait plus de 400 000 voitures en Iran, surtout des 405, avant que le constructeur ne soit obligé à deux reprises de quitter le pays. Mais l’affaire n’est peut-être pas pliée pour le constructeur français, très apprécié chez les Perses.

Peugeot en Iran, deux mariages, deux divorces mais pas (encore ?) un enterrement

Vous connaissez la Paykan ? Il s’agit d’une Hillman Hunter fabriquée en Iran de 1967 à 2005. Vous vous demanderez le rapport avec Peugeot. Eh bien, celui-ci, en rachetant Chrysler Europe en 1978, a récupéré les marques du groupe anglais Rootes, dont Hillman… Ainsi, le sochalien a pu se rapprocher d’Iran National (qui se renommera Iran Khodro, ou Ikco, lors de sa nationalisation suivant la révolution de 1979), la société qui produisait la Paykan sous licence.

Par conséquent, le sochalien s'est ouvert les portes du marché iranien, où la Paykan était très appréciée. Un peu comme la Lada 1200 (et ses dérivées) en URSS ! D’autres constructeurs français sont présents en Iran, comme  Citroën et Renault, qui y diffusent, via Saipa, des 2CV Dyane et R5… Mais leurs ventes n'ont rien à voir avec celles de la Paykan, qui domine commercialement.

Hillman Hunter produite sous licence en Iran, la Paykan y a été produite dès 1967, et son succès fut considérable.
Hillman Hunter produite sous licence en Iran, la Paykan y a été produite dès 1967, et son succès fut considérable.

Seulement, la Paykan vieillit, même si elle reçoit par la suite le moteur de la  504 et reste très demandée, et  Peugeot décide avec Ikco de produire la  405 en Iran. Ce qui débute dès 1991. Et la française connaît progressivement un vif succès dans l’ancien empire perse, produite en deux versions. La première est pratiquement conforme à celle que nous connaissons chez nous et pour cause : ses éléments sont fabriqués en France puis montés en Iran. La seconde, badgée RD, reprend les éléments techniques de la… Paykan ! C’est donc une propulsion, construite localement, elle. Signalons qu’Ikco noue aussi depuis longtemps des partenariats avec de nombreuses marques européennes, comme Mercedes.

Arrêtée en France dès 1996, la Peugeot 405 a continué en Iran, où on en a tiré la Pars en 1999, une version restylée. Elle était assemblée chez Icko en CKD principalement à partir de pièces envoyées de France.
Arrêtée en France dès 1996, la Peugeot 405 a continué en Iran, où on en a tiré la Pars en 1999, une version restylée. Elle était assemblée chez Icko en CKD principalement à partir de pièces envoyées de France.

Mais, alors qu'elle s’arrête en 1996 chez nous, la 405 poursuit sa carrière en Iran, où une variante restylée pour ressembler à la 406 apparaît en 1999 : la Pars. La 405 initiale, toujours populaire, continue en parallèle, alors qu’Ikco développe ses propres modèles à partir de la Peugeot : ce sont les Samand (utilisant aussi un moteur local) et Roa, une RD modernisée. Tout pourrait continuer son petit bonhomme de chemin (c’est-à-dire des ventes importantes, dépassant les 400 000 unités annuelles), sauf que PSA, en difficultés financières, s’allie à GM en 2012.

Bizarre, cette Peugeot 405, non ? En fait, il s'agit d'une Ikco Roa, qui reprend la mécanique, la transmission et la suspension de la... Paykan. Il s'agissait de la produire localement au maximum, au lieu d'utiliser des éléments venus de France.
Bizarre, cette Peugeot 405, non ? En fait, il s'agit d'une Ikco Roa, qui reprend la mécanique, la transmission et la suspension de la... Paykan. Il s'agissait de la produire localement au maximum, au lieu d'utiliser des éléments venus de France.

Et là, ça coince car le groupe US est soumis – officiellement – aux décisions politiques du Gouvernement américain, en conflit avec le régime iranien. En clair, embargo avec le régime des Mollahs. Ça vaut aussi pour son partenaire PSA, qui quitte l’Iran ! Lâché, Ikco continue pourtant à produire ses dérivés de 405, cette fois avec des pièces locales mais aussi chinoises, sans l’accord de Peugeot, qui ne touche donc aucune royaltie. De la contrefaçon en somme !

En 2001, Ikco lance la Samand, sur base Peugeot 405. Elle en utilise son moteur ainsi qu'un bloc spécifique fabriqué en Iran.
En 2001, Ikco lance la Samand, sur base Peugeot 405. Elle en utilise son moteur ainsi qu'un bloc spécifique fabriqué en Iran.

Toutefois, le français se garde bien de trop s’en offusquer, pour ne pas froisser Ikco. En effet, le lion compte bien retourner en Iran. En attendant, Icko commercialise des modèles sur base sochalienne, la Runna, une 206 à coffre largement relookée, l’Arisun, un pick-up sur base 405 (plus ou moins...), ou encore la Soren (une Samand recarossée). Surprise, Peugeot retourne en Iran en 2016, recréant une joint-venture 50/50 nommée Ikap avec Ikco pour écouler certes des 405, mais aussi des 206, 301 et des 2008. Et ça marche ! Les ventes repartent en flèche, des investissements ont lieu et des projets avancent.

Ces portières... Mais oui, il s'agit bien de celles de la Peugeot 206, qui sert de base à l'Ikco Runna, lancée en 2012. Il y aussi une 207i, une Runna avec un museau de Peugeot 207... Les deux utilisent des blocs TU5.
Ces portières... Mais oui, il s'agit bien de celles de la Peugeot 206, qui sert de base à l'Ikco Runna, lancée en 2012. Il y aussi une 207i, une Runna avec un museau de Peugeot 207... Les deux utilisent des blocs TU5.

Jusqu’en 2018, quand l’administration Trump impose de dures sanctions à l’Iran. Bis repetita ! Peugeot repart, et les Iraniens se débrouillent une fois de plus pour continuer avec ce qu’il leur reste de la marque tricolore et des pièces chinoises, mettent sur le marché notamment la Tara, une 301 à leur sauce ainsi que la 405 Pars.

Un pick-up 405 ? Non, une Ikco Arisun, qui certes part de la Peugeot, mais utilise un moteur iranien et envoie sa puissance aux roues arrière. Sa suspension avant McPherson n'a pourtant rien à voir avec celle de la Roa. 
Un pick-up 405 ? Non, une Ikco Arisun, qui certes part de la Peugeot, mais utilise un moteur iranien et envoie sa puissance aux roues arrière. Sa suspension avant McPherson n'a pourtant rien à voir avec celle de la Roa. 

Peugeot laisse faire, refusant de lâcher l’affaire. Qui sait, peut-être que le vent tournera à nouveau en sa faveur, d’autant que bien des Iraniens déplorent son départ, qui s’est soldé par une nette baisse de la qualité des autos, par ailleurs devenues bien moins raffinées. En attendant, on ne peut qu’espérer une issue clémente aux immenses soulèvements qui ont lieu en ce moment en Iran…

L'Ikco Pars en 2023, avec son tableau de bord iranien et ses moteurs... XU7 et TU5, de vieilles connaissances en France !
L'Ikco Pars en 2023, avec son tableau de bord iranien et ses moteurs... XU7 et TU5, de vieilles connaissances en France !

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