Quelles conséquences pour Stellantis après la perte de 22,3 milliards d’euros ?

Le record n’est pas battu et les 23,5 milliards de pertes de Vivendi en 2002 reste, à ce jour, le plus gros gadin d’une entreprise française. Il n’empêche : les 22,3 milliards de pertes enregistrées par Stellantis pour son exercice 2025 sont un séisme, même s’il était attendu, voir annoncé depuis trois semaines.
L’explication de ce désastre financier tient, comme annoncé, dans la charge exceptionnelle de 25 milliards lié, en grande partie, au ralentissement électrique, mais aussi, dans une bien moindre mesure, aux airbags Takata (590 millions) et à l’abandon de l’hydrogène (1 milliard). Au vu de ces résultats, il n’y aura, évidemment, pas de distribution de dividendes cette année.
Un tacle supplémentaire à Carlos Tavares
Tous les chiffres sont donc dans le rouge très foncé. La marge opérationnelle a fondu, passant de 13,4 % en 2022, un record, à 5,5 % en 2024, pour finir à – 0,5 % l’an passé. Un plongeon imputable à quoi, ou à qui plutôt ? Dans le communiqué annonçant ses résultats, Antonio Filosa continue d’accuser sans le nommer, son prédécesseur Carlos Tavares. Et le nouveau patron d’expliquer qu’il va s’employer, cette année, « à combler les lacunes du passé en matière d’exécution ». Les oreilles sifflent au Portugal.
Mais que compte faire le nouveau boss cette année pour redresser la barre de l’énorme vaisseau ? Du côté de Detroit émergent quelques signaux de fumée encourageants. Les marques américaines (Dodge, Jeep et dans une bien moindre mesure Chrysler) ont enregistré une hausse de leurs ventes de 39 % au second semestre. La remise en route des modèles thermiques, hybrides mais aussi V8, lié également à une baisse du prix de l’essence aux US, a eu son petit effet.

Mais cette envolée est freinée par l’Europe, ou la remontée, malgré une politique de baisse des prix, ne dépasse pas 10 %, possiblement liée à des problèmes récurrents de fiabilité. Résultat : la hausse totale en cette fin d’année s’affiche à 11 %. Insuffisant pour tirer le groupe d’affaire.
Mais Filosa garde espoir. Il explique que son fameux « reset » est en bonne voie et que 2026 sera l’année du renouveau. La marge opérationnelle devrait retourner dans le vert et, sans renouer avec la manne d’antan, elle devrait se situer entre 1 et 4 % à la fin de cette année.
Comment compte-t-il procéder ? En continuant les opérations engagées depuis plusieurs mois et notamment en abandonnant ses participations dans les gigafactorys, celle de NextStar Energy au Canada et en quittant la coentreprise fondée avec Samsung, qui devait construire deux usines de batteries aux Etats-Unis.
Le thermique sera donc prédominant de l’autre côté de l’Atlantique, mais aussi en Europe ou même le bon vieux diesel fait son retour. Cela suffira-t-il ? Pour le moment, il n’est pas question de céder DS ou Maserati, les marques en difficulté du groupe, comme il n’est pas question de fermer une ou plusieurs usines en Europe, du moins pour le moment, même si celles-ci ont été mises au chômage technique à l’automne dernier.
Sauf que dans le même temps, l’unité de production de Kenitra au Maroc a bénéficié d’un investissement de 300 millions d’Europe pour porter ses capacités à 535 000 voitures par an. De plus, selon le Financial Times, la production en France du groupe devrait baisser de 11 % de plus d’ici 2028.
Des salariés inquiets
De quoi inquiéter les salariés des sites français autant qu’italiens, d’autant que l’Europe est de moins aux commandes de la galaxie. Si quelques décisions se prennent encore à Turin, la stratégie se décide plutôt à Auburn Hill.
C’est d’ailleurs dans cette banlieue de Detroit qu’Antonio Filosa présentera dans deux mois son plan stratégique, ce « reset » qui ne se veut pas un plan de sauvetage, même si, dans les faits, il risque d’être rebaptisé ainsi.
Pour autant, l’histoire économique ne se répète pas et Stellantis ne risque pas, comme son prédécesseur au classement des plus grosses pertes annuelles, de disparaître. En 2002, après l’annonce de son déficit abyssal a été, du moins grande partie, démentelé.














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