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Tuerie de Chevaline, 4 morts dont 3 occupants d’une BMW : l’enquête relancée ?

Le 20 août dernier, des touristes repêchaient une arme dans le lac d’Annecy. Cette découverte va-t-elle contribuer à résoudre l’énigme de la « tuerie de Chevaline » ? Il y a 14 ans, c’est sur une route de ce village que quatre personnes ont trouvé la mort, tuées par balles. Parmi elles, trois membres d’une famille britannique stationnée dans un break BMW.

Tuerie de Chevaline, 4 morts dont 3 occupants d’une BMW : l’enquête relancée ?
Au lendemain du crime, le 6 septembre 2012, la voiture de la famille britannique est transportée sur une dépanneuse, encadrée par plusieurs véhicules de Gendarmerie - Crédit Maxppp

Ce Cold Case, classé comme tel depuis qu’il a été confié en 2022 à la section adhoc du Tribunal de Nanterre, est l’une des grandes énigmes criminelles françaises de ces dernières décennies. Il faut remonter à tout juste quatorze ans en arrière, le 5 septembre 2012, pour se remémorer les faits et cette macabre histoire que l’on nomme « la tuerie de Chevaline ».

Ce mercredi-là, cette commune de Haute-Savoie, un village de 180 habitants situé en surplomb du lac d'Annecy, est le théâtre d'un quadruple meurtre. Une tragédie qui s'est déroulée à l'écart du bourg, en plein jour, le long de la Route forestière domaniale de la Combe d'Ire, au bout de cette voie qui serpente en marge d'un torrent, et qui n'est accessible aux véhicules que sur quelques kilomètres. 

C'est au fond de cette impasse, sur le parking du Martinet, qui sert généralement de point de départ aux randonneurs pédestres, que le drame s'est noué, en milieu d'après-midi. On déplore quatre victimes tuées par balles : Sylvain Mollier, un cycliste français habitant les environs, ainsi que trois membres des Al-Hilli, une famille britannique d'origine irakienne, venue en vacances dans la région, comme elle en a l'habitude depuis plusieurs années.

La Série 5 roule vers Annecy

C'est dans leur break BMW 530D Touring, un modèle semblable à celui-ci, de cette couleur et vraisemblablement de cette génération (2010), que la famille Al-Hilli voyageait lors de ce séjour en Haute-Savoie - Crédit BMW Media
C'est dans leur break BMW 530D Touring, un modèle semblable à celui-ci, de cette couleur et vraisemblablement de cette génération (2010), que la famille Al-Hilli voyageait lors de ce séjour en Haute-Savoie - Crédit BMW Media

Retour quelques jours avant. Le 29 août, afin de profiter pleinement des vacances avant la rentrée scolaire anglaise, les Al-Hilli avaient fait leurs valises et quitté leur maison de Claygate, une ville paisible de la banlieue sud de Londres. Au progamme : passer huit à dix jours en France, dont l'essentiel du séjour sur les bords du lac d'Annecy, dont ils adorent l'environnement, et où ils apprécient camper en été. 

La famille avait pour l'occasion ressorti sa caravane du garage puis pris place dans son break Bmw série 5, un modèle 530 D Touring immatriculé « 0E04 JWZ »  assez récent et de teinte Bordeaux. Saad, 50 ans, ingénieur travaillant dans la conception de satellites, et son épouse Iqbal, dentiste de 47 ans ; leurs filles Zainab et Zeena (7 et 4 ans), ainsi que la mère de Iqbal, 74 ans et de nationalité suédoise, prennent la direction de Douvres (Dover) pour prendre le ferry en soirée.

La traversée se déroule dans la nuit du 29 au 30 août. Elle se passe sans encombres, tout comme l'arrivée dans l'hexagone, marquée simplement par plusieurs haltes et deux nuitées intermédiaires (notamment près de Nevers, dans la Nièvre) avant d'arriver à destination, dans les Alpes, le samedi 1er septembre.

C'est à Saint-Jorioz, localité située sur la rive ouest du lac d'Annecy, que les Al-Hilli s'établissent d'abord, sur un emplacement du Village Camping Europa, qu'ils connaissent bien. Deux jours après pourtant (le 3.09), pour des raisons que l'on ignore, le père Saad décide de changer de terrain. Il décampe pour aller s'installer avec sa famille à 2,5 km de là, au camping Le Solitaire du Lac

La mort au bout du chemin

Le parking du Martinet, en haut de la Route forestière domaniale de la Combe d'Ire. C'est ici que la famille britannique, ainsi qu'un cycliste français habitant les environs, s'étaient arrêtés dans l'après-midi du 5 septembre 2012 - Crédit Maxppp
Le parking du Martinet, en haut de la Route forestière domaniale de la Combe d'Ire. C'est ici que la famille britannique, ainsi qu'un cycliste français habitant les environs, s'étaient arrêtés dans l'après-midi du 5 septembre 2012 - Crédit Maxppp

Deux jours plus tard, le 5 septembre, les Al-Hilli partent se promener en voiture depuis ce second camping. Ils embarquent dans leur BMW 530 vers 14 heures pour sillonner les paysages au sud-ouest du lac. D'après les photos prises sur l'un de leurs téléphones portables, ils ont marqué plusieurs arrêts, tout sourire à chaque fois, pour capturer ces moments de détente en famille.

Ils s'arrêtent notamment dans la commune de Doussard. Puis, à la sortie de Chevaline, ils passent devant une scierie et s'engagent sur cette Route forestière de la Combe d'Ire. Un chemin à sens unique au bord duquel ils décident de stationner. Saad et sa fille aînée sortent du véhicule. Quasiment au même moment, Sylvain Mollier, en congés ce jour-là, père de famille de 45 ans travaillant comme soudeur pour une filiale d'Areva, vient lui aussi de s'arrêter avec son vélo sur le parking du Martinet. 

Cette situation des plus banales pour une aire de repos va pourtant virer à l'horreur... Vers 15h30 en effet, un  tireur embusqué surgit des sous-bois. En moins de deux minutes, celui-ci abat frénétiquement Sylvain Mollier, qu'il atteint de plusieurs balles, ainsi que trois des cinq occupants de la BMW.

Selon le rapport de gendarmerie, Saad a tenté de protéger sa fille et de fuir dès les premiers tirs pour se réfugier dans la voiture. Il a essayé de quitter les lieux en effectuant dans un premier temps une marche arrière. Sauf que lors de cette manoeuvre, l'essieu arrière du break s'est embourbé dans un talus... Le tireur, manifestement tout sauf amateur, a alors tiré à nouveau dans la direction de la voiture. C'est ainsi qu'il a visé et abattu froidement Saad, son épouse et la mère de celle-ci, chacun de deux balles dans la tête. 

Peu après 15h40, un autre cycliste, William Brett Martin, 53 ans, qui se trouvait lui aussi sur la Route forestière de la Combe d'Ire, découvre la scène de crime, et le moteur de la voiture encore en marche.

La fillette oubliée pendant 8 heures...

Les gendarmes locaux avaient figé le cadre du quadruple meurtre dès leur arrivée, attendant que l'IRGN, installé en Seine-Saint-Denis, vienne effectuer des constatations approfondies. La fille cadette des Al-Hilli, Zeena, 4 ans, ne sera retrouvée dans le break de ses parents qu'aux alentours de minuit - Crédit Maxppp
Les gendarmes locaux avaient figé le cadre du quadruple meurtre dès leur arrivée, attendant que l'IRGN, installé en Seine-Saint-Denis, vienne effectuer des constatations approfondies. La fille cadette des Al-Hilli, Zeena, 4 ans, ne sera retrouvée dans le break de ses parents qu'aux alentours de minuit - Crédit Maxppp

Ce Britannique est un ancien militaire de la Royal Air Force. Il possède une résidence secondaire dans la région. Il dira notamment avoir découvert, encore en vie mais grièvement blessée (ndlr : par au moins un tir et par le coup de crosse d'un pistolet) la fille de 7 ans, Zainab, titubant sur le bitume avant de s'écrouler.

Peu après, voulant donner l'alerte mais n'ayant pas de réseau sur son téléphone, il redescend le chemin à vélo et interpelle la première voiture qu'il croise. C'est une fourgonnette Citroën qui s'arrête. Au volant, un guide de haute-montagne parti d'Annecy une demi-heure plus tôt, qui emmène deux amis randonner dans le Massif des Bauges. C'est cet homme qui va concrètement alerter les secours à 15h48. Il leur transmet les premières indications confuses que lui bredouillent le cycliste anglais.  Puis il se rend à son tour sur le lieu du drame, accompagné de ce cycliste.

Les sapeurs-pompiers et gendarmes locaux les rejoignent. Le périmètre est bouclé et la scène de crime est strictement figée en attendant des constatations approfondies par des équipes de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRGN), institut basé en Ile-de-France. La scène est figée cependant à un point tel que la fille cadette des Al-Hilli, 4 ans, ne sera découverte que 8 heures plus tard... 

Entre-temps, un voisin de camping du Solitaire du Lac a en effet indiqué aux autorités que les Al-Hilli voyageaient à cinq, et non à quatre. Par chance, Zeena est alors retrouvée vers minuit dans la BMW de ses parents. Elle est miraculeusement vivante, et indemne. Elle s'était repliée dans le véhicule, et était restée prostrée depuis les tirs au pied des sièges arrière, au pied des jambes de sa mère. 

Dès les premières heures, la section de recherche de la Gendarmerie de Chambéry est chargée d'enquêter sur ce quadruple homicide. Le 7 septembre 2012, deux informations judiciaires sont ouvertes par le Procureur de la République d'Annecy Eric Maillaud, à la fois pour chefs d'assassinat et de tentative d'assassinat. 

Le Luger du lac, mince espoir

Les investigations menées depuis 14 ans n'ont pas permis à ce jour d'identifier l'auteur de la tuerie de Chevaline. Parvenir à mettre la main sur l'arme à feu utilisée pourrait être un élément déclencheur  - Crédit Maxppp
Les investigations menées depuis 14 ans n'ont pas permis à ce jour d'identifier l'auteur de la tuerie de Chevaline. Parvenir à mettre la main sur l'arme à feu utilisée pourrait être un élément déclencheur  - Crédit Maxppp

Reste à savoir qui est l'assassin, qui ciblait-il initialement et quel était son mobile ? Quatorze ans après les faits, en dépit d'un intense travail mené par les juges et les forces de l'ordre en France et à l'international, le mystère qui entoure cette tragédie demeure entier.

Toutes les pistes étudiées (conflit d'héritage, différend familial, piste du motard, piste d'un SUV BMW X5 avec volant à droite, hypothèse du tireur isolé, d'un serial killer, etc.) se sont avérées vaines. Les investigations, auditions et perquisitions n'ont en effet rien donné à ce jour et tous les suspects potentiels ont été mis hors de cause. C'est ainsi qu'en 2022, les juges d'instruction du Tribunal d'Annecy ont confié le dossier à leurs collègues du Pôle Cold Case du Tribunal de Nanterre. 

Pour les enquêteurs et les proches des victimes, l'un des derniers espoirs de résoudre cette affaire serait de mettre la main sur l'arme du crime, qui a laissé derrière elle une vingtaine de douilles et un fragment de crosse. On sait qu'il s'agit d'un pisolet semi-automatique de collection, un Luger P06 de calibre 7,5 mm, l'un des ces modèles utilisés entre autres par l'Armée suisse dans la première partie du XXe siècle. 

La découverte par des vacanciers britanniques d'un exemplaire supposément similaire, le 20 août dernier dans le lac d'Annecy, à 2 mètres de profondeur, à proximité étrangement du camping Le Solitaire du Lac, à Saint-Jorioz, où les Al-Hilli s'étaient installés le 3 septembre 2012, pourra-t-elle permettre ou non de relancer l'enquête et de remonter enfin jusqu'à l'auteur de la tuerie ? Des analyses scientifiques et techniques sont actuellement en cours pour le déterminer officiellement.

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