Avec la disparition d’Eva Marie Saint, c’est un peu de la Mort aux trousses, et de sa course-poursuite, qui s’en va
Eva Marie Saint s’est éteinte à 102 ans, laissant derrière elle l’un des rôles féminins les plus fascinants et ambigus du cinéma d’Alfred Hitchcock. Entre le mystère d’Eve Kendall, l’héroïne qu’elle interprète, et le calvaire alcoolisé de Cary Grant à bord d’un cabriolet Mercedes de 1959, plonger dans La Mort aux trousses, c’est redécouvrir la magie d’un tournage où la tension automobile était du grand art sans les techniques d’aujourd’hui.

Le charme glacial, fatal et hitchcockien n’est pas incompatible avec une grande longévité. C’est ainsi qu’Eva Marie Saint, qui nous a quittés ce 6 octobre, a réussi à atteindre l’âge très respectable de 102 ans.
La comédienne américaine, qui a tourné 28 films au cours de sa longue carrière, a souvent incarné des faire-valoir, de mignonnes potiches ou des femmes au foyer sans trop de consistance.
Innocente ou fatale ?
Mais Alfred Hitchcock la voyait autrement et lui a demandé d’interpréter Eve Kendall, l’héroïne de La mort aux trousses. Qui était donc Eva Marie Saint aux yeux du cinéaste britannique, à la fois génial, redoutable autant que limite ? Comme il l’a expliqué à François Truffaut dans le livre d’entretien que ce dernier a publié, « avec son air d’institutrice, elle est capable de monter dans un taxi avec vous et, à votre grande surprise, de vous arracher votre braguette ».
Mais on retiendra de cette Mort aux trousses une scène sans taxi et sans elle. Une scène ou Cary Grant est prisonnier des sbires qui en veulent à sa peau. Pour le faire disparaître, ils le soûlent à grands coups de whisky, avant de le mettre au volant de son cabriolet Mercedes, un magnifique modèle 220 S de 1959. Une manière de simuler un accident sur la route escarpée de la corniche qui longe la côte californienne. Mais le bougre tente de sortir de sa torpeur alcoolisée. Il roule, manque de verser dans le ravin, essaie de se réveiller et confond les voitures des badauds qu’il croise avec celle des gangsters.

À l’époque du tournage, pas de caméras embarquées, pas de Gopro sur le capot. Mais Hitch sait y faire, même en studio, même à l’extérieur, même de nuit. Par son montage subtil, par la lumière des phares qui dramatise la scène, on est sur le siège passager, aux côtés du héros, en se demandant comment il va s’en tirer. Il est finalement arrêté par la police pour conduite en état d’ivresse, à la suite d’un carambolage.
Un train et un tunnel
Eva Marie Saint quant à elle, ambiguë comme jamais, se ralliera au héros, au cours d’une scène fameuse, au pied des statues des présidents américains au Mont Rushmore. Après la Mort aux trousses, la comédienne retournera à des rôles beaucoup plus simples, comme celui qu’elle a tenu aux côtés de Paul Newman dans Exodus d’Otto Preminger.
Mais on retiendra aussi d’elle, cette autre scène de La mort aux Trousses ou elle se retrouve, avec son amoureux Cary, dans le wagon couchette d’un train. Les deux amants se rapprochent et s’enlacent, et la scène se termine par un plan du fameux train entrant dans un tunnel. Clin d’œil et ambiguïté du maître Hitchcock, toujours.


















Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération