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L’Autogrill de l’aire de Villoresi Ovest, Tour Eiffel des autoroutes italiennes

Dans Loisirs / Voyages

Michel Holtz

Avec son immense tripode de 51 mètres de haut visible à des kilomètres, l’aire de Villoresi Ovest sur l’autoroute entre Milan et Turin n’est pas une simple halte routière : c’est le phare du miracle économique italien des années 50. Imaginée par l’entrepreneur Mario Pavesi et l’architecte Angelo Bianchetti, cette cathédrale païenne a inventé l’art de la pause sur l’autoroute, bien avant que le concept ne traverse les Alpes pour s’installer en France. Plongée dans l’histoire d’un monument.

L’Autogrill de l’aire de Villoresi Ovest, Tour Eiffel des autoroutes italiennes
Impossible de rater cette aire d'autoroute entre Milan et Turin.

Tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont emprunté une autoroute italienne connaissent cette enseigne, synonyme du voyage en voiture transalpin. Car longtemps, les Autogrills étaient une spécialité italienne, jusqu’à ce qu’un Français, Jacques Borel, ne les importe dans l’hexagone à la fin des années 60, avec ses fameux autoponts qui surplombaient l’A6 et depuis lesquels on mangeait (mal) tout en contemplant les autos qui passaient sous nos pieds.

La promesse de l’autoroute

Mais avant la malbouffe, les autogrills étaient une performance entrepreneuriale, architecturale et le symbole d’une Italie qui sortait de son trauma et de l’après-guerre. Le pays commençait à revivre, la Fiat avait créé la 500 et Piaggio la Vespa. La botte circulait et pour elle, les autoroutes nouvellement construites, ou déjà anciennes, étaient une promesse de futur radieux.

C’est dans les années 50 que Mario Pavesi, un entrepreneur du Piémont, regarde passer les autos sur l’une d’entre elle, qui relie Milan à Turin. L’homme se dit qu’il faut bien nourrir et abreuver tous ces automobilistes et ouvre une buvette sur une aire qui n’est encore qu’un parking, près de la sortie Villoresi Ovest.

L’intérieur de l’Autogrill restauré.
L’intérieur de l’Autogrill restauré.

Le succès est tellement rapide qu’à peine trois ans plus tard, il voit plus grand, beaucoup plus grand. Il contacte alors le grand architecte Angelo Bianchetti et lui décrit son projet. L’homme a les doigts dans la prise de son époque et voit dans ce mode de restauration l’Italie du futur. Pour son premier Autogrill, un nom prédestiné, mais qui existe depuis 1928, Bianchetti explique à Pavesi que le futur bâtiment doit être vu de loin, pour qu’aucun automobiliste ne puisse le rater.

Une Tour Eiffel toujours intacte

Et il était impossible de passer à côté de l’énorme arche de 51 m de haut, un tripode qui se dresse sur cette aire de Villoresi Ovest dès 1959. L’immense Tour Eiffel ne sert strictement à rien, sauf à signaler aux conducteurs et à leurs passagers qu’il est l’heure de manger. Ils peuvent le faire dans un restaurant entièrement circulaire aux vastes baies vitrées, histoire de ne pas rater les dernières nouveautés sorties des chaînes de Milan, Turin, et plus rarement, de Maranello.

L’expérience géante ne sera pas reproduite à l’identique sur d’autres aires, mais les Autogrill vont se multiplier en Italie et à l’international. L’étrange tripode, quant à lui, est toujours debout, et rappelle aux Italiens les heures glorieuses. D’ailleurs, ils le voient encore mieux qu’avant, puisque les ampoules qui l’éclairaient la nuit sont devenus des leds.

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