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Jean-Philippe Imparato, le dernier des Mohicans français, quitte Stellantis

Dans Economie / Politique / Personnalités

Michel Holtz

Le départ de Jean-Philippe Imparato n’est pas qu’un rebondissement dans la vie d’un cadre dirigeant. En poussant vers la sortie ce pilier historique et intime de Carlos 'Tavares, le géant automobile acte une reprise en main italienne. Face à un actionnariat français affaibli par les pertes de 2025, le clan transalpin de John Elkann vient définitivement de verrouiller les postes-clés d’un empire qui compte pourtant trois marques tricolores. Coulisses d’une éviction éminemment politique.

Jean-Philippe Imparato, le dernier des Mohicans français, quitte Stellantis
Il n'y a désormais plus aucun français à la direction du groupe. Photo : MaxPPP.

Il a beau avoir le nom qu’il faut, il n’est pas Italien. Jean-Philippe Imparato cumulait deux handicaps au sein du groupe Stellantis : Il n’est pas né de l’autre côté des Alpes et reste marqué au fer rouge d’un signe d’infamie puisque c’est un Tavares boy, proche de l’ancien patron. Deux handicaps qui l’on peut être poussé vers la sortie la semaine passée.

Mais peut-on être vraiment surpris de cette décision ? On aurait pourtant dû se douter de l’imminence de cette « éviction », appelons-la ainsi, dès le début du mois d’octobre dernier. Jean-Philippe Imparato était alors le très respecté patron de Stellantis Europe, et membre du comex du groupe.

Une marche arrière avant le grand départ

Et voilà qu’il est soudain rétrogradé à l’automne, perdant la direction de l’ensemble des marques sur le Vieux Continent, et se retrouvant boss de Stellantis & You, l’entité qui regroupe les succursales, les concessions appartenant en propre à Stellantis. Un poste qu’il avait déjà occupé quinze ans auparavant. Une promotion qui a une belle allure de marche arrière.

Pour la gloriole, on lui concède tout de même de conserver la direction de Maserati, une marque qui bat des quatre ailes. L’étape suivante, et finale, s’est donc déroulée la semaine passée : le départ pur et simple du groupe à compter du 1er juillet.

Évidemment, un cadre, même très supérieur, qui quitte une entreprise de manière volontaire ou contrainte, n’a rien d’une affaire exceptionnelle, c’est même une aventure que tous les cols blancs ont vécue ou vivront au cours de leur carrière. Mais la mise sur la touche, et le départ d’Imparato en dit beaucoup sur Stellantis, et même sur l’ensemble des grandes entreprises d’aujourd’hui.

Car l’homme, du temps de son règne européen, une Europe élargie au-delà de l’UE, était le dernier Français de poids au sein de la galaxie. C’est désormais fini. Car les deux principaux marchés du groupe, l’Amérique du Nord et le Vieux Continent, sont depuis quelques jours aux mains de deux Italiens. Antonio Filosa, d’abord, qui, en plus de ses fonctions de big boss, s’occupe des US et du Canada. De ce côté de l’Atlantique, c’est un autre transalpin qui tient les rênes : Emmanuele Capellano. Chez Maserati, le successeur d’Imparato est Santo Ficilli, déjà patron d’Alfa Romeo.

John Elkann a imposé l’Italian touch. Photo : MaxPPP.
John Elkann a imposé l’Italian touch. Photo : MaxPPP.

Voilà qui ressemble à une mainmise italienne sur un groupe qui compte, tout de même, trois marques françaises (Citroën, DS, Peugeot), une Allemande (Opel) et quatre Américaines (Chrysler, Dodge, Jeep et Ram). Huit marques non italiennes, contre quatre Transalpines (Alfa, Fiat, Lancia, Maserati). Le compte n’y est pas vraiment.

Pourquoi alors cette prépondérance transalpine ? Voyons plus loin, et plus haut, du côté du capital de Stellantis. L’actionnaire principal, avec 15 % de parts du capital n’est autre qu’Exor, la holding de la très italienne famille Agnelli représentée de tout son poids par John Elkann qui est le président du conseil d’administration. La famille Peugeot ne détient que la moitié de cette participation. L’Italie a donc gagné.

Sauf que l’histoire eût pu être écrite différemment, car en plus de la famille Peugeot et de ses 7,72 %, l’État français, par l’entremise de BPIFrance détient lui aussi 6,64 %. Du coup, en additionnant les voix des représentants hexagonaux, la France est au coude à coude avec les Italiens au conseil d’administration, et pouvait éviter de laisser filer la gouvernance de l’autre côté des Alpes.

La France a-t-elle jeté l’éponge ?

Sauf que BPIFrance, banque publique, a vu sa rentabilité chuter de 44 % sur son exercice 2025, à cause des pertes de Stellantis. Quant à la famille Peugeot, elle rêve à d’autres participations, en dehors de l’automobile, car elle aussi a pris un bouillon dans l’opération l’an passé.

Alors, John Elkann a la voie libre et impose, avec l’accord de Filosa qu’il a lui-même nommé, ses compatriotes. Pour donner le change et calmer les ardeurs américaines, le siège du groupe est aujourd’hui à Detroit, et l’usine française de Sochaux s’est vue doter d’un investissement d’1 milliard d’euros.

Mais l’éviction de Jean-Philippe Imparato, si elle est éminemment géopolitique, puisqu’elle repose sur les tractations entre les pays représentés au CA, est aussi représentative de la gouvernance des entreprises aujourd’hui.

Pas de cadres mono-entreprise

Car l’époque n’aime pas les seniors qui n’ont jamais changé de boite. C’est le cas du Français de 58 ans qui est entré chez PSA il y a 36 ans et qui a effectué l’intégralité de sa carrière dans le groupe.

Il faut du sang neuf, nous explique-t-on, des jeunes qui ont vu du pays et d’autres méthodes d’entreprises. Des jeunes capables de s’adapter au monde moderne. Dans l’automobile, ils doivent, en plus, connaître les arcanes du lobbying et comprendre l’électrique qui déboule à toute allure.

À ce propos, qui a milité à Bruxelles pendant deux ans pour faire accepter à la Commission l’idée des kei-cars, ces petites électriques à l’européenne ? Qui a remué ciel et terre pour obtenir, un moratoire concernant les sanctions sur les quotas de C02 pour les utilitaires ? Tiens, c’est un Français, un senior en plus. Il s’appelle Jean-Philippe Imparato.

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