Le Maroc, va-t-il devenir le Cheval de Troie des constructeurs chinois pour contourner le nouveau protectionnisme européen automobile ?
Avec l’Industrial Accelerator Act (IAA), Bruxelles propose d’ériger une nouvelle muraille protectionniste. En imposant un minimum de contenu local dans les automobiles, l’UE entend protéger le Made in Europe de l’offensive chinoise. Une stratégie dont le Maroc pourrait être la faille.

Bruxelles a tranché. En ce 4 mars 2026, l’Union européenne a officiellement dévoilé l’Industrial Accelerator Act (IAA), texte fondateur de la nouvelle doctrine industrielle du Vieux Continent en terme de souveraineté industrielle.
En imposant des critères de contenu local pour les véhicules électriques et hybrides rechargeables, la Commission espère protéger le « Made in Europe » face au déferlement des modèles asiatiques.
L’IAA : un bouclier aux pieds d’argile ?
L’IAA propose que 70 % des composants d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable doivent être d’origine européenne pour accéder sans entrave au marché et aux aides publiques. Pour les batteries, le texte exige qu’au moins trois composants clés soient européens. Une notion d'Europe à prendre au sens large.
Le cadre de l‘accord dépasse les 27 États membres de l'UE pour s’étendre aux pays partenaires tels que la Norvège, le Canada, le Royaume-Uni… Bruxelles entend se laisser un peu de latitude et par là même élargir le « Made in Europe » au « Made with Europe ».
Le raisonnement suscite une levée de boucliers. " Le dispositif est insuffisant ", tempête Luc Chatel, président de la Plateforme automobile française (PFA). En ne ciblant que l’électrique et les hybrides rechargeables, le texte laisse de côté les deux tiers du marché actuel. Surtout, la définition géographique du contenu européen fait débat. "En ouvrant le « Made in Europe » aux pays tiers qui ont signé certains accords avec l’UE (libre-échange, union douanière, accord sur les marchés publics), la Commission en affaiblit grandement la portée" soulignent les fournisseurs automobiles (CLIFA). De son côté, la PFA parle de dissolution de "la notion même de préférence européenne."
Si Paris plaide pour une restriction stricte aux États membres de l'UE, Berlin, plus prudente, redoute des représailles commerciales de Pékin et entend intégrer dans l’accord jusqu’à 40 pays.
Le Maroc, nouveau hub de l'Empire du Milieu
Dans les couloirs de Bruxelles, comme dans les états-majors des constructeurs, un nom circule avec insistance : le Maroc. Depuis l’entrée en vigueur totale de l’accord d’association en 2012, les produits industriels circulent sans droits de douane entre le Maroc et l’Union européenne. Une situation privilégiée dont pourraient s’emparer les constructeurs chinois pour contourner la muraille protectionniste européenne.
Entre 2023 et 2025, près de la moitié des investissements chinois en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ont atterri au Maroc, selon les recensements d’investissements1. Des géants comme Gotion High Tech (constructeur de batterie dont Volkswagen détient 25 % du capital), BTR New Material Group (cathodes), Tianyouwei (Électronique auto)… y ont ou sont en train d’y poser leurs valises.
La stratégie de la porte dérobée
« Les entreprises vont chercher à optimiser leurs chaînes de production pour respecter les règles européennes tout en conservant des coûts compétitifs », analyse Stefan Sipka, du European Policy Centre. Le Maroc devient ainsi un « relais naturel. »
Les constructeurs chinois parient sur une négociation diplomatique où le Maroc obtiendrait un statut d’équivalence. Ils espèrent que les pièces produites à Tanger seront considérées comme Made with Europe.
En délocalisant une partie de la production de composants stratégiques (anodes, cathodes, etc.), la Chine déplace toute la chaîne de valeur au Maroc. Elle peut ensuite les exporter vers l’Europe. Une fois ces pièces intégrées dans un assemblage final sur le sol européen, le seuil des 70 % de contenu local devient beaucoup plus facile à atteindre.
Un défi de traçabilité pour Bruxelles
Face à cette externalisation intelligente, l’Europe est à la croisée des chemins. Pour Markus Ferber, député européen, l’isolement n’est pas la solution. " La force de l’Europe réside dans son excellence technologique. Les règles doivent être ambitieuses, mais réalistes." Reste à Bruxelles, de relever le défi de la traçabilité.
Le succès de l’IAA dépendra donc de la capacité des Vingts-Sept à surveiller non plus seulement leurs frontières, mais l’intégralité d’une chaîne de valeur mondialisée où le Maroc joue désormais les premiers rôles.
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1 : « fDi Report 2025/2026 : Middle East & Africa Investment Trends » publié par fDi Intelligence.














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