Quand deux utilitaires bourrés d'explosifs sèment le chaos au Kenya et en Tanzanie
Le 7 août 1998, l'Afrique de l'Est est frappée par des attentats revendiqués par Al-Qaïda. Ce jour-là, vers 10h30 du matin, un Nissan Atlas et un Toyota Dyna densément piégés explosent dans le centre de Nairobi et de Dar-es-Salaam, au pied des ambassades des Etats-Unis. Bilan : 224 morts et plus de 4500 blessés.

28 ans après les faits, les attaques terroristes contre les représentations américaines locales hantent encore toutes les mémoires. Dans ces deux pays d'Afrique de l'Est, le traumatisme demeure en effet béant et intact pour les familles des victimes. Notamment au Kenya, à Nairobi, où l'attentat commis localement, particulièrement dévastateur, a entraîné la mort de 213 personnes (sur les 224 décès recensés sur les deux attaques), dont 201 parmi la population kenyane, sans compter les blessés civils, déplorés par milliers.
Ce jour-là, le vendredi 7 août 1998, l'onde de choc est fatalement immense. Les Etats-Unis, qui représentent les intérêts initialement ciblés, les Kenyans et les Tanzaniens, qui incarnent les premières victimes collatérales, réalisent avec effroi, comme le reste de la planète, la capacité de nuisance d'Al-Qaïda à l'international. Pour la première fois en effet, et trois ans avant les attentats du 11 septembre, l'organisation co-fondée par Oussama Ben Laden démontre son potentiel de destruction, qui plus est à grande échelle, hors de ses zones d'action habituelles, hors de ses fiefs régionaux pakistanais, afghans ou yéménites.
Pick-up acheté à un éleveur

L'origine de ce double attentat remonte au mois de mai 98, lorsque l'un des commanditaires, le Sheikh Ahmed Salim Swedan, loua pour 1000 dollars par mois une villa dans Runda, le quartier sécurisé et huppé de la capitale kenyane. Son projet : utiliser le garage de cette propriété pour assembler pièce par pièce une future bombe.
Mais avant cela, direction Mombasa, plus précisément une ferme établie dans la banlieue de cette métropole côtière. Swedan s'y déplace pour acheter cash, en shillings kenyans, le Toyota Dyna qu'un éleveur de volailles, un certain Omar, avait acquis quelques mois plus tôt. Il lui en donne deux fois le prix d'achat. Une bonne aubaine pour le fermier qui, selon le rapport d'enquête du FBI, ignorait tout du projet terroriste auquel son camion d'occasion était destiné.
Le Toyota Dyna est un petit camion japonais dont les premiers exemplaires remontent à la fin des années 50. C'est vraisemblablement un modèle de 5e génération, un VUL à simple cabine avec deux tonnes de charge utile dans sa benne et un moteur diesel de 3 litres 4 cylindres sous le capot. Un spécimen plutôt commun au Kenya, d'autant que Toyota y est la marque automobile la plus populaire, et que l'exemplaire acheté, de couleur beige, avait tout pour se fondre dans la circulation.
Scène de chaos à Nairobi

Le 7 août au matin, jour où les troupes US célèbrent le 8e anniversaire de leur présence en Arabie-Saoudite, le Toyota Dyna chargé d'explosifs (900 kilos de TNT) quitte sa planque située à Runda pour rejoindre l'Avenue Haile Selassie, au croisement de la Arap Moi Avenue, en plein centre de Nairobi, où se trouve l'ambassade des Etats-Unis.
Il est un peu plus de 10h30. L'utilitaire est résolu à passer en force les grilles situées à l'arrière. Après un échange de coups de feu avec les gardes (kenyans et US Marines) postés à l'entrée, le conducteur et son passager parviennent à déclencher la bombe à proximité directe des principaux bâtiments. Une explosion monstre se produit. Les murs de l'ambassade résistent tant bien que mal tandis que plusieurs immeubles voisins, en revanche, s'effondrent sous l'effet du blast.
A cette scène de guerre va s'ajouter bientôt une seconde déflagration... Cela se passe à 800 km plus au sud, à Dar-es-Salaam, la capitale tanzanienne, située au bord de l'Océan Indien. C'est ici en effet qu'Al-Qaïda a choisi de frapper quasi simultanément, quelques minutes seulement après l'attentat de Nairobi.
Le mode opératoire est le même. Il s'agit là-encore de kamikazes lancés à bord d'un fourgon suicide rempli d'une quantité d'explosifs similaire. C'est cette fois un Nissan Atlas année 87 qui est chargé d'effectuer la sale besogne. Ce camion léger acheté courant juin est resté camouflé durant plusieurs semaines dans le secteur d'Ilala, le quartier d'affaires.
Une 2e bombe de 900 kg

Ici aussi, c'est depuis une maison en location que l'équipée terroriste va recarosser à sa manière l'utilitaire et préparer sous sa bâche, jour après jour, l'attaque sur l'ambassade américaine de Tanzanie. Pour opérer discrètement, les co-auteurs de l'attentat auraient utilisé un petit 4x4 pour se déplacer dans la ville, un Suzuki Samourai, dont ils se seraient notamment servis pour transporter les composants de la bombe dans des sacs de riz.
Ils mettent ensuite leur plan à exécution, comme prévu. A la même heure que leurs complices dépêchés au Kenya, les individus recrutés par Al-Qaïda effectuent à bord du Nissan Atlas les 6 km qui séparent leur repaire de la délégation des Etats-Unis. Celle-ci est située à l'époque sur Laibon Road, bien à l'écart du centre-ville.
C'est manifestement cette situation géographique, mais également la présence d'un camion citerne stationné juste devant l'entrée de l'ambassade, qui auraient empêché les terroristes d'approcher davantage des grilles. Le FBI indique que les kamikazes ont déclenché leur bombe à 10h39 alors qu'ils se trouvaient à plus de 10 mètres des murs de la chancellerie. Selon les autorités américaines, ce contexte expliquerait, en dépit de dommages matériels lourds là-encore, le bilan humain bien moindre (11 morts et 70 blessés) à Dar-es-Salaam qu'à Nairobi.

















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