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Revelli-Beaumont : Retour sur le rapt de l'ex-DG de Fiat France 

Retour sur une affaire dont on parle peu. Il y a bientôt 50 ans, dans la soirée du 13 avril 1977, Luchino Revelli-Beaumont, Directeur général de Fiat France, était enlevé à la sortie de sa Fiat 132. Ses ravisseurs, se revendiquant d'un groupe révolutionnaire argentin, le précipitèrent sous la menace d'une arme à l'arrière d'une Renault 12. 

Revelli-Beaumont : Retour sur le rapt de l'ex-DG de Fiat France 
Reconduit à son domicile par son chauffeur à bord de sa Fiat 132 de fonction, Luchino Revelli-Beaumont est enlevé quelques secondes plus tard par un mystérieux commando argentin

13 avril 1977. Comme chaque soir depuis qu’il a été nommé Directeur général de Fiat France, Luchino Revelli-Beaumont quitte ses bureaux du 19, avenue Montaigne, qui est alors le siège social de la filiale française du constructeur turinois.

Le nez dans le journal, assis sur la banquette arrière de sa berline de fonction, une rutilante Fiat 132 GLS, ce proche de Gianni Agnelli (PDG de la firme italienne), s’apprête à regagner son domicile du 183, rue de la Pompe, dans le 16e arrondissement voisin.

Son chauffeur, Henri Millot, l'y dépose vers 21 heures, après 10 minutes de route. Avant de sortir de la voiture, Luchino Revelli-Beaumont observe un couple posté juste devant la porte de l’immeuble. Avec le recul, il trouvera étrange que les « tourtereaux » se soient embrassés juste au moment où il avait croisé leur regard… Sur le moment, il ne s’interrogera cependant pas davantage.

Tout va ensuite très vite. Il compose le code d’accès, entre dans le hall de l’immeuble puis appelle l’ascenseur. Quand soudain, plusieurs individus surgissent... L’un d’eux lui pointe un revolver derrière la tête. Et aussitôt, ces malfaiteurs le mettent au parfum : « Ils m’ont dit, vous êtes arrêtés au nom du peuple argentin » …

Ils lui ordonnent de les suivre. En quittant l’immeuble, le chauffeur Henri Millot, resté au volant de la Fiat 132, assiste à la scène, médusé. Il sort du véhicule et tente de s’interposer. Peine perdue. Le commando essaie d’ailleurs de l’emmener de force aussi. Il se débat comme il peut mais, dans la bataille, reçoit un coup de crosse qui le fait tomber sur le trottoir, le crâne sanguinolent.

Embarqué à l'arrière d'une R12

C'est à bord d'une Renault 12 de couleur jaune que le Directeur général de Fiat France sera emmené de force - Crédit Renault Média
C'est à bord d'une Renault 12 de couleur jaune que le Directeur général de Fiat France sera emmené de force - Crédit Renault Média

Pendant ce temps, son patron est embarqué à l’arrière d’une Renault 12, autre berline populaire des années 70. Il est encadré par deux colosses à moustache qui lui bandent immédiatement les yeux. La voiture démarre sans demander son reste. En théorie, sa couleur jaune et sa plaque d’immatriculation (bien que maquillée) auraient pu permettre de la repérer rapidement. Sans succès…

Alors que la R12 s’enfonce dans la nuit, jusqu’à un endroit jamais révélé officiellement, (potentiellement un manoir situé dans l'Essonne), l’interphone des Revelli-Beaumont retentit. C’est Henri, le chauffeur. Il est parvenu à se relever et à alerter la famille de l’enlèvement.

Le DG de Fiat France est déjà loin. Subitement, la Renault s’arrête dans une cour. Il est sorti du véhicule, marche sur des graviers, monte un escalier, puis en descend un second, intérieur celui-là, vraisemblablement celui d’une cave.

Très vite dans la soirée, l’ex-Directeur de Fiat Argentine, avocat de formation que l’on surnomme « le diplomate itinérant » du groupe, subit une torture psychologique de la part de ses ravisseurs. Comme le retrace un documentaire signé du réalisateur suisse Franck Garbery, ses geôliers improvisent d'emblée une glaçante parodie de procès et lui annoncent qu’il est condamné à mort. « L’accusation qui m’était formulée était d’être personnellement responsable d’actions qui lésaient les intérêts des pays du tiers-monde et de la classe ouvrière », révélera plus tard Luchino Revelli-Beaumont.

Au vu des menaces, le Génois de 58 ans, longtemps chargé de représenter Fiat aux quatre coins du monde dans des contextes souvent délicats, notamment en URSS mais donc aussi en Argentine (où il fut même chargé d'organiser le retour d'exil du Général Perón), pense que sa dernière heure est arrivée.

Pressions sur Fiat et ses proches

Lors de sa captivité, Luchino Revelli-Beaumont a été soumis à plusieurs mises en scène photographiques destinées à faire pression sur ses proches et sur le directoire du groupe Fiat - Crédit DR
Lors de sa captivité, Luchino Revelli-Beaumont a été soumis à plusieurs mises en scène photographiques destinées à faire pression sur ses proches et sur le directoire du groupe Fiat - Crédit DR

Quelques heures s'écoulent... L'un des gangsters contacte la radio Europe 1 pour revendiquer publiquement l’enlèvement. « Au nom des travailleurs italiens au chômage en France », dit-il étrangement, en contradiction avec le mouvement argentin dont ils s'étaient revendiqués auprès de leur otage.

« Je vais être très rapide car je ne veux pas que la police nous mette sur écoute », précise à la rédaction un mystérieux interlocuteur. « Nous exigeons une rançon de 30 millions de dollars », poursuit-il, avant de conclure : « je n’ai rien à ajouter, je vous rappelle demain matin à 6h30. »

Pour Luchino Revelli-Beaumont, 89 jours insoutenables de captivité suivront. Trois mois d’interrogatoires, d’intimidations et de simulacres d'exécutions incessants. Trois mois aussi durant lesquels des mises en scène photographiques seront destinées à faire pression directement sur Fiat et sur ses proches. Ce calvaire bouleversera à jamais sa vie...

Au-delà la foi, qu’il cultive depuis l’enfance, « ma force pour tenir durant ces trois mois a été de savoir que ma conscience était tranquille », témoignera-t-il. Durant cette période, l’enquête policière est confiée à la Brigade criminelle de Paris. Elle est chapeautée par le Commissaire Pierre Ottavioli et mobilise jusqu’à 600 agents. Sans toutefois jamais parvenir à remonter la piste de la Renault 12, sans jamais débusquer le lieu de la planque…

Entre-temps, pour des raisons que l'on ignore encore, la demande de rançon est passée de 30 millions à 3 millions de dollars. Au final, le commando devra se contenter de 2 millions de dollars. La transaction secrète se déroule le 8 juillet à Genève. 

Libre mais contraint à la retraite...

Luchino Revelli-Beaumont est relâché dans la nuit du 11 juillet 1977. Les yeux bandés, il est conduit en voiture jusqu’à Paris. Ses tortionnaires le déposent vers 3 ou 4 heures du matin au pied d’un escalier public, rue des Artistes, dans le 14e. Avant de partir, ils lui adressent une ultime mise en garde : « Si vous continuez à travailler pour Fiat ou toute autre organisation capitaliste, nous vous retrouverons et cette fois, nous vous tuerons ! »

La libération du DG de Fiat France fait la une des flashs radio, des JT et des quotidiens nationaux. Quelque temps après les faits, traumatisé au fer rouge par son enfermement, il fut contraint à une mise en retraite anticipée. Il quitta Paris sous escorte policière pour s’envoler avec sa famille vers l’Italie.

Côté enquête, la piste de révolutionnaires argentins s'est confirmée. Une semaine après avoir relâché leur otage, sept individus suspectés d’avoir participé à son rapt et à sa séquestration ont été arrêtés alors qu'ils étaient en cavale en Espagne. Deux d’entre eux ont ensuite été jugés quelques années plus tard en France.

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