Sébastien Ogier ? Connais pas
Il vient d’arracher son neuvième titre de champion du monde en WRC au bout d'un rallye épique et pourtant, le pilote n’est pas une star. Non parce qu’il se cache sous son casque façon Daft Punk, mais parce que la discipline ne suscite plus l’engouement du public. Comme l’ensemble du sport auto ?

Il y a quelques avantages à être nonuple champion du monde de WRC comme Sébastien Ogier. On gagne plutôt très bien sa vie, on voit du pays, on exerce un métier passionnant, et en plus, on n’est pas trop gêné par la notoriété.
Il n’a pas besoin de se cacher à Miami, car le pilote peut se promener tranquillement ou bon lui semble, hormis peut-être dans sa bonne ville de Gap, sans trop se voir assailli par des demandes de selfies. Aucune émeute sur son passage, pas le moindre grabuge lorsqu’il fait ses emplettes au supermarché. D’ailleurs, nombre de ses concitoyens ignorent jusqu’à son nom.
Une notoriété disparue
Que s’est-il passé ? Comment un sportif au palmarès aussi flamboyant, peut-il être aussi méconnu du grand public, qui de plus, ignore souvent qu’il pilote une Toyota Yaris (très très légèrement pimpée certes) ?
Pourquoi Sébastien Ogier, qui est désormais aussi titré en rallye que l’autre Sébastien et à peine moins que Teddy Riner, auréolé de 10 titres mondiaux, n’est-il pas une star ? C’est tout d’abord parce que la notoriété du WRC est à peu près du niveau de celle du curling.
Et pourtant, Canal + fait des efforts en mettant en place un dispositif particulier, à base de directs et de résumés, tout comme Toyota et Hyundai, l’autre team officiel du circuit, qui injectent chacun, bon en mal an, 50 millions d’euros dans leur écurie, sans oublier Ford au travers de M Sport. Certes, la somme est 10 fois moins importante qu’en F1, la seule discipline du sport auto qui génère des retombées média équivalentes aux investissements, et encore faut-il, pour en bénéficier, appartenir au cercle fermé des top teams.
Le WRC, tout le monde semble, au mieux, l’ignorer, comme tout le monde ignore son champion, tout français qu'il soit. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Et l’on en vient à se demander si Bernard Darniche ou Jean Ragnotti, dont les exploits remontent à plusieurs décennies ne sont pas plus connus aujourd’hui encore qu’Ogier.

Sans compter Sébastien Loeb évidemment, qui a non seulement dominé son sport, mais qui aura tourné des tonnes de pubs pour vanter les mérites d’un after-shave, d’un opérateur de téléphonie ou d’un robot de cuisine. Pas notre champion actuel. On ne prête qu’aux riches, et on ne starifie que ceux qui sont déjà des stars.
Pourquoi le champion du monde ne l’est pas ? Parce qu’on n’est plus en 1990, parce qu’aujourd’hui l’auto n’est plus, sauf pour ses passionnés, un objet de rêve, mais un instrument utilitaire. Il est certes indispensable et d’utilité public, mais ceux qui l’utilisent ne sont presque plus des conducteurs, et encore moins des pilotes, tout juste des utilisateurs qui n’ont pas envie de voir des autos, même si elles ressemblent aux leurs, faire des jumps de 35 m dans la neige suédoise, ou passer à 200 km/h au ras des sapins au cours d’une énième spéciale finlandaise.
Ce n’est pas la faute de Sébastien Ogier, qui n’a pas moins de charisme qu’un autre, c’est la faute au temps qui passe et qui met au rebut un sport d’avant. Et le WRC n’est pas la seule victime de cette mise à l’écart. Pourquoi le Dakar n’est-il plus couru (et gagné) que par quelques retraités des autres disciplines, en ce qui concerne les pilotes professionnels ? Pourquoi cette course n’est-elle plus diffusée par France 2 mais sur la chaîne l’Équipe, qui n’a pas trop le choix, puisqu’elle est également l’organisatrice de l’affaire à travers sa filiale ASO et que sans diffusion télé, la boutique serait fermée ?
Sébastien Ogier et Squeezie
Toutes ces questions n’ont qu’une réponse : la désaffection, celle qui touche le sport automobile dans son entier, et qui ne compte qu’une exception : la Formule 1 qui survit plutôt bien et qui a trouvé de nouveaux aficionados de l’autre côté de l’Atlantique notamment.
Mais on peut aussi se dire que tout n’est pas perdu, que la relève est assurée par le GP Explorer, cette « course » qui a réuni sur Twitch et à la télé, autant de téléspectateurs en France que le grand prix de F1 de Singapour qui se déroulait le même week-end. Les Formule 4 aussi puissantes médiatiquement que les Formule 1 ? Ce monde (à l’envers) est peut-être le nôtre. Un monde ou Squeezie est aussi connu que Max Verstappen. Et beaucoup plus que Sébastien Ogier.















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