Voitures-radar privatisées : elles verbalisent… si peu !

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En huit gros mois en 2018, les voitures-radar de Normandie, celles dont la conduite a été confiée à une entreprise privée, n'auraient permis de dresser que 1 873 PV. C'est ce que l'on découvre dans une réponse publiée jeudi du ministère de l'Intérieur à un sénateur. C'est très loin des objectifs fixés.

Apparemment, l'externalisation de la conduite des voitures-radar est loin d'être une réussite ! Pour le moment, seule la Région Normandie en est pourvue. De cinq véhicules cantonnés à l'Eure et la Seine-Maritime, au printemps dernier, l'effectif est normalement passé à 26 sur les cinq départements normands fin 2018. Or, si l'on en croit la réponse apportée par le ministère de l'Intérieur à la question du sénateur (LR) Michel Raison publiée jeudi, ces voitures-radar sont à l'origine de moins de 2 000 PV l'an dernier !

"Au final, 2 248 messages d'infractions ont généré 1 873 amendes pour excès de vitesse pour un montant moyen de 135 euros par amende", répond ainsi Beauvau au sénateur de la Haute-Saône qui voulait connaître les statistiques de ces véhicules depuis leur mise en service le 23 avril 2018. Avec à peine plus de 70 prunes par appareil, c'est loin d'être le bilan attendu !

À titre de comparaison, en 2017 (derniers chiffres connus), les 383 radars mobiles en service ont enregistré 1 813 222 flashs, ce qui correspond avec un taux de conversion aux alentours de 83 % à environ 1 500 000 PV - soit 8 664 par unité. Il s'agit pourtant des mêmes machines, capables de flasher en roulant, dans le flot de la circulation. La seule différence, c'est qu'à la place du chauffeur privé, ce sont deux agents des forces de l'ordre qui officient à bord de ces véhicules banalisés…

Des contrats passés sans appel à concurrence

Et c'est justement parce qu'il a été considéré qu'avec ces derniers ces voitures étaient sous-utilisées que le ministère de l'Intérieur a décidé de les privatiser. En l'occurrence, c'est la société Mobiom, filiale de l'entreprise Challancin, spécialisée dans la sécurité et le nettoyage, qui a remporté ce marché public fin 2017, pour quelque 10,25 millions d'euros sur quatre ans.

Et, avant cela, il a fallu aussi adapter les véhicules, afin de les automatiser un peu plus, et que le chauffeur n'ait rien d'autre à faire qu'à conduire. Ces prestations ont fait l'objet d'un premier contrat à 2,67 millions d'euros, et ont été incluses parmi d'autres dans un second à près de 54 millions. Deux marchés passés avec la société Fareco, fournisseur des engins, sans appel à concurrence. C'est pourquoi l'association anticorruption Anticor a d'ailleurs déposé plainte pour favoritisme, ce qui a conduit la justice à ouvrir une enquête l'an dernier…

Aucun PV d'avril à septembre ?

Avec cette externalisation, le "temps d’utilisation quotidien" devait en tout cas passer officiellement "de 1 heure 30 en moyenne à 6, voire 8 heures". Or, à partir de la réponse faite ce jeudi par le ministère, on peut en déduire que les 26 voitures-radar normandes sont sorties moins de huit fois chacune en octobre dernier. "190 sorties de voitures radars ont été comptabilisées avec en moyenne 200 km de parcourus par sortie, soit 3 h 55 de contrôle par sortie", écrit-il précisément… Ce qui signifie que ces autos très spéciales ont roulé à une vitesse moyenne de 51 km/h. Auraient-elles majoritairement sévi en agglomération ? On en déduit surtout qu'elles ont tourné en moyenne 29 heures sur le mois, soit même pas une heure par jour !

Ceci dit, c'est toujours mieux que ce qui avait, semble-t-il, cours jusque-là. Dans une précédente réponse, en septembre dernier, donnée cette fois à une députée, on pouvait carrément comprendre en effet qu'aucun PV ne sortait de ces voitures externalisées ! "Actuellement sont menées, pendant plusieurs mois, les opérations de préparation à la mise en service opérationnel", indiquait alors Beauvau, comme si cette mise en service était donc toujours en attente… et non déjà effective depuis le 23 avril, contrairement à ce qu'il avait annoncé, en grande pompe, à ce moment-là.

Est-ce que les verbalisations n'ont vraiment commencé qu'en octobre ? Pourquoi tant de retard ? Comment justifier sinon cette si faible activité ? Autant de questions posées à la Sécurité routière, et dont on attend les réponses…

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