Comment le créateur de la Peugeot 205 a sauvé la Citroën Visa
Particulièrement disgracieuse à sa naissance, la Citroën Visa a failli rater sa carrière. Mais Heuliez a su lui sauver la mise, ou plus précisément son équipe de designers qui comptait un certain Gérard Godfroy, auteur, sans le savoir des grandes lignes de la 205.

On se demande quelle déconnexion avec la réalité a poussé Citroën à sortir la Visa en l’état. L’idée de cette voiture n’était pourtant pas mauvaise : le constructeur du quai de Javel avait étudié une citadine prévue pour 1976, mais annulée par Peugeot quand il l’a repris en 1974. Néanmoins, tout n’a pas été perdu, au contraire, on en a récupéré les grandes lignes pour les adapter à une plate-forme de 104, et ça a donné une citadine très peu chère à développer : la Visa en 1978.

Mais pourquoi une ligne aussi peu aboutie ? Pourquoi cette invraisemblable calandre protubérante en plastique, vite surnommée « groin » ? Quoi qu’il en soit, la clientèle la rejette assez massivement. Dans l’urgence, il faut remédier à la situation. Problème, Peugeot a aussi racheté Chrysler Europe en 1978, et il n’y a plus un sou en caisse

Alors, on se tourne vers un partenaire fidèle, Heuliez qui à l’époque se mêle beaucoup de design. Ce qui a attiré un certain Gérard Godfroy, ancien de chez Peugeot chez qui il a créé la 205 à au moins 80 % avant de claquer la porte avec fracas suite à une altercation avec son chef, Gérard Welter.

Godfroy est habitué à travailler vite, et en accord avec Yves Dubernard, créateur mais aussi directeur du bureau de style Heuliez, il trouve là l’occasion d’utiliser ses travaux préliminaires sur la 205, ce qui transforme littéralement la Visa, comme on le voit sur les photos qu’il nous a très aimablement transmises. Il explique : « La filiation avec la 205 est évidente, alors que celle-ci est sortie 2 ou 3 ans plus tard. Je pensais que Welter avait abandonné mes travaux chez Peugeot, et je trouvais avec ce projet Visa une occasion de mettre en application mon travail de la Garenne. »

L’avant de ses maquettes semble plus abouti que celui de la 205, où les optiques semblent juste posées sur le pare-chocs. Ici, elles sont soulignées par une bande de couleur, ce qui donne une face bien plus soignée. On peut même trouver dans la forme des optiques un avant-goût de l’AX ! Malheureusement, Godfroy ne pourra pas mener à son terme ces études. Il explique pourquoi.

« La refonte complète des parties avant et arrière a été jugée trop chère et nous n'avons eu droit qu'à un maquillage. Mission accomplie quand même, puisque la Visa a fait une carrière honorable. Dans sa première version, j'avais appris que les concessionnaires se plaignaient, les clients Citroën ne voulaient même pas l'essayer ! ».

Effectivement, Godfroy et Dubernard ont joué de la peinture noire et du plastique de façon très adroite, tout en trompe-l’œil pour rendre valorisante cette carrosserie bien brute. Des enjoliveurs de montant arrière atténuent l’épaisseur de celui-ci, réduisent l’aspect bossu de la poupe, et semblent étirer le profil, ce que renforce peinture noire sur les encadrements de portière, qui en sus l'homogénéisent. Des baguettes de plastique viennent entourer le face avant afin de l'élargir visuellement, alors qu'une nouvelle grille remplace avantageusement le groin.
Résultat, en 1981, la Visa II donne l’impression de disposer d’une nouvelle carrosserie alors même que fondamentalement, elle n’a pas changé. Le tout pour une somme dérisoire. Les ventes décollent, et la Citroën est sauvée. "Le laid se vend mal", disait Raymond Loewy, un des pères du design. C'est particulièrement manifeste ici ! Par la suite, c’est ce même Godfroy qui dessinera le kit carrosserie de la Visa Chrono, très réussie. Mais il sera surtout connu pour celle qui sera la dernière sportive de luxe française : la superbe Venturi. Une autre histoire…



















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