Mexique : « El ultimo Vocho », ou le dernier jour de la Coccinelle
La Coccinelle (Volkswagen Type 1), vendue à plus de 20 millions d'exemplaires dans le monde, a fait irruption sur la scène automobile mexicaine à la fin des années 50. Elle est ensuite devenue une enfant du pays, un best-seller local et régional assemblé jusqu'en 2003 sur le site de Puebla.

C’est sous les applaudissements nourris des ouvriers, bientôt couverts par les chants mélancoliques de « Las Golondrinas », un classique pour violons et guitares cher aux mariachis, que la dernière Coccinelle sort des lignes d’assemblage.
En ce mercredi 30 juillet 2003, dans l’usine de Puebla, métropole située à 120 km au sud de Mexico City, le rideau se referme sur l’une des productions automobiles les plus emblématiques du groupe allemand Volkswagen. Et c’est donc au Mexique paradoxalement, pays où elle a été fabriquée sans discontinuer durant 36 ans, que la citadine allemande VW ou « Type 1 » a idéalement choisi de tirer sa révérence au marché du neuf.
Mexico, mi corazon...

La Coccinelle et les Mexicains, c’est une romance débutée en réalité dès le milieu des années 50, à la suite d’une exposition venue vanter dans la capitale les mérites de l’industrie allemande. Les habitants du plus grand territoire d’Amérique centrale se sont peu à peu attachés à la bouille sympa et à l'agilité de cette voiture 4 places venue d’Europe qu’ils vont surnommer affectueusement « el Vocho », en référence à un diminutif de la marque Volkswagen en espagnol.
Ils sont également séduits par les caractéristiques mécaniques de la Coccinelle. Ils apprécient son moteur quatre cylindres à plat disposé en position arrière, d’autant que ce bloc est refroidi par air, une innovation pour l’époque. Ils apprécient en outre le murmure caractéristique de la machine et sa facilité d’entretien.
Enfin, dès les années 60, ils succombent à son prix d’appel relativement intéressant. Les premiers modèles commercialisés à travers le pays coûtent aux environs de 12 000 pesos, soit bien moins chers que les voitures américaines qui, depuis la fin de la 2nde Guerre mondiale, représentent la majorité du trafic sur les routes mexicaines.
« El Vocho » de Puebla

Face aux débuts prometteurs de cette « Vocho » et face à l'engouement croissant qu'elle suscite parmi la population , le gouvernement finit par opter pour une production de masse. A l’importation, il va désormais préférer l’implantation.
Dans ce contexte, en 1967, le président de la République Gustavo Diaz Ordaz déroule officiellement le tapis rouge à Volkswagen. Il inaugure avec la marque une usine dédiée à Puebla, ville de 380 000 habitants à l’époque (2 millions aujourd’hui).
C'est ainsi que « la voiture du peuple », celle qui avait été imaginée par Ferdinand Porsche à la demande d’Adolf Hitler à la fin des années 30, va connaître trente ans plus tard, grâce à l'accueil enthousiaste des Mexicains, un second souffle inattendu au cœur de l’Amérique.
Tandis qu’elle bat localement tous les records de production au début des années 70, que ce soit au service de la cible étudiante et autres jeunes conducteurs, au service des familles modestes et des sociétés de taxis qui en font leur outil de travail favori, la Coccinelle connaît parallèlement, à la même période, un intense moment de gloire de l’autre côté du Rio Grande, aux Etats-Unis.
Légende du 7e Art
Là-bas, « el Vocho » est perçue comme un symbole de la contre-culture tout en servant surtout à équiper de nombreux foyers en "seconde voiture" . Elle se taille aussi une réputation grâce au cinéma et notamment grâce à « Un amour de Coccinelle » sorti en 1968. Dans ce film en plusieurs volets produit par Walt Disney, le réalisateur Stevenson propulse joyeusement la cousine germaine sous les feux de la rampe. Il fait en effet de « Herbie » (modèle de 1963 aussi surnommé « Choupette »), une partenaire taillée pour les circuits avec son célèbre numéro 53 sur la grille de départ.
La notoriété, ou du moins la figuration sur grand écran, la Coccinelle l’a également connu à maintes reprises au Mexique dès 1978. En particulier grâce à la comédie « Patrullero 777 », ainsi qu'en 2000, dans une situation toute autre cette fois où, telle une citoyenne mexicaine et observatrice d’un quotidien hélas aussi terriblement violent, cette urbaine pacifique dans l'âme assiste impuissante au scénario dramatique du film « Amores Perros ». De quoi la faire entrer dès lors un peu plus dans la légende nationale.
Cet attachement presque patriotique des Mexicains pour « el Vocho » a perduré plus qu’ailleurs. Ainsi, tandis que la production de la Coccinelle Type 1 s’est arrêtée en 1978 en Allemagne, avec des volumes de ventes déjà au sommet du marché automobile, la plus mexicaine des voitures allemandes a tenu à faire durer le plaisir de longues années sur sa terre adoptive, faisant de la résistance en solo jusqu’à ce 30 juillet 2003, jour où elle est devenue une héroïne pour l’éternité.
A jamais sur la carte postale

Ce jour-là, le dernier exemplaire de l'égérie, le numéro 21 529 464 de la saga mondiale Coccinelle (dont 16 millions pour le marché allemand et près de 2 millions fabriqués à Puebla pour le Mexique et l'Amérique), s'accorde comme un tour d’honneur dans la peau d’une édition d’adieu fabriquée à 3000 unités, dans une carrosserie plutôt sobre, une livrée bleu ciel avec un capot orné de fleurs aux couleurs du drapeau mexicain.
L’aventure, pour cette « Cox » et toutes ses prédécesseuses, se poursuit aujourd’hui sur le marché de l’occasion et de la collection, avec pour certains modèles plusieurs tours de compteurs et pour la majorité de ses propriétaires un plaisir à la conduire resté intact.
Sur les pentes de Mexico comme sur l'Avenue Costera Miguel Alemán qui coiffe le littoral d’Acapulco, les yeux doux de la moderne New Beetle, la descendante assemblée jusqu’en 2019 sur ce même site Volkswagen de Puebla, n’a jamais réellement su faire de l’ombre à « el Vocho originel » et à quatre décennies d'un règne automobile local historique et quasi sans partage.















Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération