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Dernière halte en R25 : Retour sur le suicide de l'ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy

Le 1er mai 1993 en soirée, les Français apprennent la mort de Pierre Bérégovoy. L'ancien Premier ministre socialiste avait passé la journée dans sa ville de Nevers, multipliant les allées et venues protocolaires et personnelles à bord de sa Renault 25 de fonction, avant de se tirer une balle dans la tête... 

Dernière halte en R25 : Retour sur le suicide de l'ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy
Le 1er mai 1993, en soirée, les Français apprennent la mort de Pierre Bérégovoy. L'ancien Premier ministre socialiste s'est donné la mort sur les bords du Canal de la Jonction, à Nevers - Crédit MaxPPP

Depuis un mois, la grande routière de fonction n’avait plus de « routière » que le nom. Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Finis pour elle les trajets longues distances à travers l’hexagone. Plus utile de faire ronfler les 200 chevaux de son V6 Turbo et bien moins besoin d’activer la sirène deux-tons pour se frayer un passage dans la circulation.

Assurément, les déplacements officiels n’avaient plus la même saveur, plus le même prestige, et à l’image de son passager, la berline de fonction, l’une de ces R25 haut de gamme qui avait brillée dans les flottes ministérielles de 1984 à 1992, faisait aujourd’hui intérieurement grise mine.

Alors certes, il restait cette cocarde tricolore encore apposée au pare-brise. Sauf que celle-ci ne renvoyait manifestement à son hôte plus aucun symbole légitime d’autorité publique. Au contraire, elle lui renvoyait avant tout un goût amer, celui de l’échec, doublé d’un profond sentiment de culpabilité.

Un homme seul 

Pierre Bérégovoy n’est plus Premier ministre depuis le 29 mars 1993, depuis que son parti, le Parti socialiste, a subi un revers cuisant au second tour des élections législatives. L’ex-Premier ministre, 67 ans, l’ouvrier ajusteur titulaire d'un CAP devenu l’une des grandes figures de la gauche à la fin des années 80, a dû se résoudre à quitter Matignon du jour au lendemain, un an tout juste après sa nomination par François Mitterrand, Président de la République.

Pour celui que l’on surnomme « Béré », le poids de la défaite est lourd, trop lourd à porter sans doute. La majorité de ses « amis » et soutiens politiques d'hier sont curieusement aux abonnés absents… Alors lui, l'homme simple au parcours peu formaté, facilement enclin à se voir en imposteur, se convainc intimement que tout est de sa faute.

Il est en effet persuadé que c’est le prêt d'1 million de francs sans intérêts (pour financer l’achat d’un appartement dans le 16e arrondissement de Paris) que lui avait consenti en 1986 un proche de Mitterrand, l'homme d'affaires Roger-Patrice Pelat (ndlr : inculpé en 1989 pour délit d’initié dans l’Affaire Pechiney), qui a entrainé, suite aux révélations du Canard Enchaîné à la veille des élections, la censure du PS et la large victoire de la droite avec Balladur en invité surprise. 

Plus que Bérégovoy le serviteur de l'Etat, c’est l’homme qui est atteint, son moral, sa probité, et son honneur surtout. Ce samedi 1er mai 1993, pourtant, il feint de faire comme si de rien n’était. Il est à Nevers, sa ville de cœur, un fief de gauche où la population lui a maintenu sa confiance en le réélisant député-maire dès le premier tour. Un vent de sympathie qui s'avère pour lui une trop mince consolation.

A l'arrière de la R25

C'est dans une Renault 25 haut de gamme que Pierre Bérégovoy, ex-Premier ministre redevenu député-maire, avait l'habitude d'effectuer ses déplacements officiels - Crédit Renault
C'est dans une Renault 25 haut de gamme que Pierre Bérégovoy, ex-Premier ministre redevenu député-maire, avait l'habitude d'effectuer ses déplacements officiels - Crédit Renault

Depuis la Renault 25 qui le conduit en ce jour de Fête du travail dans ses allées et venues, Pierre Bérégovoy guide son chauffeur Jean-François Ragouneau et son garde du corps Sylvain Lesport. A son agenda, plusieurs rendez-vous : des discussions, des lieux de cérémonies où il est attendu en tant qu’édile, mais aussi des instants personnels, étrangement pensifs, des instants d'errance...

La R25 le transporte d'abord à une réunion pour un échange avec les syndicats locaux de travailleurs. Une rencontre à laquelle l’ancien militant, celui qui a commencé sa carrière en tant que cheminot à la SNCF avant de grimper un à un les échelons chez Gaz de France, attache une importance naturelle. 

Dans l’après-midi, après avoir déjeuné chez sa sœur dans la station thermale de Pougues-les-Eaux, à environ 15 km de Nevers, en compagnie de son épouse Gilberte, le parlementaire est de retour dans la préfecture de la Nièvre avec son garde du corps et son chauffeur. La R25, fidèle au poste, assiste le trio dans la suite du programme. 

Revolver dans la boîte à gants

Pierre Bérégovoy profite de l'absence de son garde du corps pour s'asseoir sur le siège avant-droit et subtiliser l'arme de service de ce dernier, dissimulée dans la boîte à gants - Crédit Renault
Pierre Bérégovoy profite de l'absence de son garde du corps pour s'asseoir sur le siège avant-droit et subtiliser l'arme de service de ce dernier, dissimulée dans la boîte à gants - Crédit Renault

Pierre Bérégovoy rejoint son domicile, rue Saint-Martin, d’où il repart assez rapidement pour aller donner le départ d’une course cycliste vers 16 heures.

Il reste une vingtaine de minutes sur le parcours de la manifestation sportive. Après quoi, direction la gare, pour un mystérieux arrêt où l’élu demande à être déposé quelques minutes. Un regard sur les trains présents à quai, ainsi que sur le tableau affichant les horaires… Puis il ressort, silencieux.

Le conducteur de la Renault redémarre sans poser de questions. Avec Sylvain Lesport, il accompagne un peu plus tard son « patron » au camping municipal. Ce dernier participe là-bas à une remise de récompenses organisée par le club de Canoé-Kayak. Avant de s'éclipser vers 17h30.

Les faits se précipitent ensuite. Selon les témoignages rapportés à l’époque par le Procureur de la République de Nevers, Pierre Bérégovoy fait signe à son officier de sécurité de rester sur place et exprime à son chauffeur sa volonté de rester seul quelques instants dans la voiture pour utiliser le téléphone embarqué.

C’est à ce moment-là, assis dans le siège avant-droit de la Renault 25, qu’il aurait subtilisé dans la boîte à gants le 357 Magnum, l'arme de service de son garde du corps. Durant ce même laps de temps, il passe également un bref appel, tentant de joindre son directeur de Cabinet, en vain.

« Je vais faire quelques pas... »

Ce 1er mai 1993 vers 18h20, l'alerte est donnée. Pierre Bérégovoy s'est tiré une balle dans la tête. Son corps a été retrouvé sur le chemin de halage qui borde le Canal de la Jonction - Crédit DR A.news
Ce 1er mai 1993 vers 18h20, l'alerte est donnée. Pierre Bérégovoy s'est tiré une balle dans la tête. Son corps a été retrouvé sur le chemin de halage qui borde le Canal de la Jonction - Crédit DR A.news

Puis il rappelle son chauffeur et lui demande de rejoindre le centre-ville de Nevers. Pourtant, en chemin, il le fait stopper quelques minutes dans le sens opposé, au lieu-dit « Le Peuplier Seul » pour passer un autre coup de fil.

Après cette halte inopinée, le véhicule parcourt guère plus d'1 kilomètre. L’ancien Premier ministre souhaite en effet de nouveau s'arrêter, en bordure du Canal de la Jonction cette fois, sur la commune de Sermoise-sur-Loire, à 4 km au sud de Nevers. Il prétexte une promenade en solitaire sur le chemin de halage (« je vais faire quelques pas... »). Il invite son chauffeur, pendant ce temps, à aller récupérer le garde du corps resté au camping municipal.

La suite tragique, chacun la connaît. Il est 18h20 lorsque les secours sont alertés par Sylvain Lesport et Jean-François Ragouneau. Ils viennent de découvrir le corps de Pierre Bérégovoy le long de la berge. L’ ex-chef de gouvernement s’est suicidé en se tirant une balle dans la tête avec le 357 Magnum.

Grièvement blessé et dans le coma, il est transporté en urgence absolue à l’hôpital de Nevers. Il décèdera à 22h15, durant son transfert par hélicoptère vers l’hôpital militaire parisien du Val-de-Grâce. Sa mort provoquera une onde de choc nationale.

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