Doit-on vraiment envoyer quelqu'un en prison parce qu’il a donné envie à un autre conducteur de prendre des risques sur la route ?
Dans un accident dramatique de la route ayant entraîné la mort de deux personnes, le conducteur d’une Renault Clio RS a été condamné à de la prison ferme pour avoir « fait la course avec un autre automobiliste ». Pourtant, il n’a pas eu d’accident, ne le connaissait pas et a appelé lui-même les secours lorsqu’il a été témoins de sa sortie de route.

Les faits suivants remontent à la nuit du 3 septembre 2023, tels que rapportés par les journalistes de La Provence. Dans une station-service des Hautes-Alpes à Savines-le-Lac ce jour-là, une « Ford Fiesta de 125 chevaux » (probablement équipée d’un petit moteur 1,0 litre Ecoboost donc) démarre « en trombe ». Elle est suivie d’une Renault Clio de 200 chevaux (une RS de la troisième ou quatrième génération, comprend-on), dont le conducteur l’a doublée dans une double voie un peu plus loin.
Quelques instants plus tard (la temporalité exacte n’est pas précisée), la Ford Fiesta sort de la route et part en tonneaux. Le conducteur de la Renault Clio RS, témoin de la sortie d’après ce que l’on comprend, appelle immédiatement les secours. Dans l’accident de la Ford, deux des occupants ne portaient pas leur ceinture de sécurité et sont tués sur le coup (éjectés du véhicule). Le conducteur de la Fiesta et un autre passager sont blessés.
Les deux conducteurs poursuivis pour « homicides et blessures involontaires »
L’expertise judiciaire réalisée auprès du tribunal de Gap a ensuite démontré que la Ford circulait au moment de l’accident à une vitesse comprise « entre 166 et 171 km/h », sur une portion routière limitée à 90 km/h. Elle précisera aussi que la Ford Fiesta n’avait pas le contrôle technique à jour et possédait des pneus et des freins en mauvais état.
Le conducteur de la Ford Fiesta (20 ans au moment des faits) n’a depuis jamais été condamné car il est mort en janvier 2024 dans un autre accident de la route à Clermont-Ferrand dans le Puy-de-Dôme, alors qu’il n’était que passager. Mais celui de la Clio RS (23 ans), également pris dans un accident de la route en passager en février 2024 dans les Hautes-Alpes mais sans grosses blessures (!), vient d’être condamné par le tribunal de Gap à une peine de prison ferme d’un an assorti de trois ans de sursis probatoire, en plus d’une annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant 2 ans, de la confiscation du véhicule et obligation d’indemniser les victimes.
Une première ?
En l’occurrence, donc, la justice française a condamné un automobiliste à des peines gravissimes alors qu’il n’a techniquement commis aucun accident et qu’il a lui-même appelé les secours. A la barre du tribunal, il a assuré n’avoir eu aucun geste dangereux à l’encontre du conducteur de la Ford Fiesta et réfute le terme de « course-poursuite ». Au vu des éléments rapportés par les journalistes de La Provence, on voit mal comment on pourrait imputer à quelqu’un d’autre que le conducteur de la Ford Fiesta (et à ses passagers non attachés) la responsabilité de l’accident mortel. Le conducteur de la Ford Fiesta n’aurait-il tout simplement essayé de suivre à tout prix celui de la Renault Clio RS dans une scène assez classique du quotidien où un jeune homme se laisse aveugler par son ego ou son envie d’impressionner les autres ? Est-ce qu’un fait non rapporté permettrait d’avoir une autre lecture de la situation et des responsabilités à attribuer ?
« Cette course-poursuite est décidée par les deux conducteurs, mais constitue un risque infini. Il n’y a pas de malchance ni de hasard : il y a deux prises de risque qui aboutissent à un drame absolu », a déclaré la procureure de la République saisie de l’affaire, alors que l’avocat de la défense du propriétaire de la Renault Clio RS plaidait la relaxe.















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